Retraite

Retraite des mères : cette surcote de 80 € par mois que la génération 1964 ne touchera jamais

Par | Publié le 08/06/2026 à 09:06

Tous les articles publiés en ce moment parlent de bonnes nouvelles : les mères de famille vont pouvoir partir plus tôt, les décrets arrivent enfin, la pension sera mieux calculée... Sauf que pour 50 000 à 80 000 femmes nées en 1964 et début 1965, la suspension de la réforme vient d'effacer un bonus qu'elles croyaient acquis.

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Femme active de 60 ans découvre sa surcote à zéro sur un simulateur retraite
Femme active de 60 ans découvre sa surcote à zéro sur un simulateur retraite

Deux décrets, beaucoup d'applaudissements

La presse grand public jubile. Depuis une semaine, les articles se bousculent dans Google Actualités sous le cluster « Les changements à la retraite » : bonnes nouvelles pour les mères, pension recalculée sur 23 ou 24 ans au lieu de 25, deux trimestres enfants intégrés aux carrières longues.

Deux projets de décret, transmis au conseil d'administration de la Cnav, doivent paraître au Journal officiel courant juin 2026. Le premier intègre deux trimestres liés aux enfants (maternité, éducation, adoption) dans la durée cotisée retenue pour le départ anticipé.

Le second recalcule le salaire annuel moyen sur les 23 ou 24 meilleures années selon le nombre d'enfants. L'ensemble s'appliquera aux pensions prenant effet à partir du 1er septembre 2026.

Sur le papier, c'est un rattrapage attendu depuis trois ans.

Pourquoi l'âge légal à 62 ans et 9 mois change tout

La réforme de 2023 avait créé un dispositif de compensation pour les parents : la surcote parentale. Le principe est simple.

Chaque trimestre cotisé dans l'année précédant l'âge légal de départ, au-delà de la durée requise pour le taux plein, majore la pension de base de 1,25 %, dans la limite de quatre trimestres, soit +5 % à vie. La condition d'entrée tient en un chiffre : il faut que votre âge légal de départ soit fixé à 63 ans ou plus.

Avant la suspension de la réforme, les personnes nées en 1964 remplissaient cette condition (âge légal porté à 63 ans par la réforme Borne). La fenêtre de surcote s'ouvrait entre 62 et 63 ans.

Or la LFSS 2026 a suspendu le calendrier. Conséquence mécanique : l'âge légal des personnes nées en 1964 et au premier trimestre 1965 est redescendu à 62 ans et 9 mois.

La CNRACL l'a confirmé dans une note publiée fin mai 2026 : « Ces agents ne peuvent donc plus bénéficier de la surcote parentale, la condition d'âge légal supérieur ou égal à 63 ans n'étant plus remplie. »

Le calcul que personne ne pose

Prenons le cas d'une femme née en mars 1964, deux enfants, 183 trimestres validés à 62 ans et 9 mois. Sous l'ancien calendrier (âge légal à 63 ans), elle aurait travaillé quatre trimestres supplémentaires entre 62 et 63 ans en bénéficiant de la surcote parentale.

Sur une pension de base de 1 600 € par mois, quatre trimestres à 1,25 % représentent une majoration de 5 %, soit 80 € par mois. Sur vingt-cinq ans d'espérance de vie à la retraite, c'est 24 000 € cumulés.

Avec la suspension, son âge légal passe à 62 ans et 9 mois. Elle part trois mois plus tôt.

Mais la fenêtre de surcote parentale ne s'ouvre jamais, puisque l'âge légal est inférieur à 63 ans. Le bilan est cruel : elle gagne un trimestre de départ anticipé et perd quatre trimestres de surcote.

En euros, le gain du départ avancé (trois mois de pension non perçue en moins, soit environ 4 800 € de revenus préservés) ne compense pas la perte de 960 € par an, chaque année, jusqu'à la fin de sa vie. Le différentiel atteint zéro exactement à cinq ans.

À partir du 61e mois, la perte nette commence et ne s'arrête plus. La surcote parentale, contrairement au trimestre gagné, est indexée sur les revalorisations : elle aurait grossi avec le temps.

Une mère dont la pension de base est de 1 200 € perd 60 € par mois, celle qui touche 1 800 € en perd 90 €. Le mécanisme est proportionnel, et il est définitif : une fois la retraite liquidée sans surcote parentale, il n'y a pas de rattrapage possible.

Les pères aussi, mais presque personne ne le sait

Les articles d'actualités parlent exclusivement de « retraite des mères ». C'est une erreur.

La surcote parentale est ouverte indifféremment aux mères et aux pères, à condition de justifier d'au moins un trimestre de majoration pour enfant.

En pratique, les pères y accèdent par deux voies : le partage des trimestres « éducation » (deux sur quatre peuvent être attribués au père pour les enfants nés après 2010) ou le congé parental d'éducation.

Depuis 2023, la mère conserve automatiquement deux trimestres d'éducation par enfant, mais les deux autres restent partageables. Or dans l'immense majorité des couples, ce partage n'a jamais été demandé.

Le délai pour le faire court jusqu'aux quatre ans et demi de l'enfant, et beaucoup de parents l'ont laissé passer sans connaître l'enjeu. Pour les pères nés à partir d'avril 1965 (âge légal à 63 ans), la surcote parentale est encore accessible.

Encore faut-il que le trimestre « enfant » figure sur leur relevé de carrière, ce qui suppose d'avoir formalisé le partage en temps voulu.

Trois vérifications à faire avant septembre

Première urgence : connectez-vous à votre espace personnel sur info-retraite.fr et vérifiez que vos trimestres de majoration pour enfant apparaissent bien sur votre relevé de carrière. Des trimestres mal reportés ou absents sont fréquents, et ils conditionnent l'accès à la surcote.

Deuxième point : identifiez votre âge légal exact. Si vous êtes né entre avril 1964 et mars 1965, il est fixé à 62 ans et 9 mois. Si vous êtes né à partir d'avril 1965, il remonte à 63 ans, et la surcote parentale reste ouverte.

Troisième point : demandez une simulation officielle à votre caisse (Cnav, Carsat, MSA selon votre régime) en précisant votre intention de prolonger votre activité au-delà du taux plein.

Les délais d'instruction atteignent actuellement cinq à six mois : déposer la demande avant septembre 2026 n'est donc pas de la prudence, c'est un minimum.
 

Nous couvrons ce dossier depuis décembre 2025. La suspension de la réforme a redistribué les cartes, et ceux qui en font les frais aujourd'hui sont exactement ceux à qui elle promettait de rendre un trimestre.

La question reste ouverte : un correctif est-il envisageable avant la publication définitive des décrets de juin, ou bien la génération 1964 devra-t-elle choisir entre partir plus tôt et toucher moins, sans filet ?

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