Retraite

Retraite au Portugal : l'exonération fiscale qui attirait les Français n'existe plus

Plus d'un million de retraités français touchent leur pension depuis l'étranger. Beaucoup sont partis pour payer moins d'impôts. Certains en paient davantage qu'en restant en France.


  1. La destination préférée des retraités français pour fuir l'impôt a supprimé son avantage fiscal — sans prévenir la plupart des partants
  2. Plus d'un million de retraités du régime général résident aujourd'hui à l'étranger, dont beaucoup ignorent leur réel taux d'imposition
  3. Un mécanisme fiscal peu connu peut vous obliger à payer 20 % d'impôt en France même depuis l'étranger — et certains pays aggravent encore la situation
Une retraitée française en terrasse au Portugal, face à la disparition de l'avantage fiscal qui attirait les expatriés © SeniorActu
Une retraitée française en terrasse au Portugal, face à la disparition de l'avantage fiscal qui attirait les expatriés © SeniorActu

Un eldorado fiscal qui a disparu sans bruit

Pendant quinze ans, la recette était connue. Partir au Portugal. Profiter du régime fiscal spécial réservé aux étrangers, le statut de Résident Non Habituel (RNH). Ne plus payer d'impôt sur sa pension française pendant dix ans.

Des dizaines de milliers de retraités français ont fait ce choix. Certains ont vendu leur maison. D'autres ont quitté famille et médecin pour s'installer à Lisbonne, à Porto ou dans l'Algarve. Le calcul semblait imparable.

Sauf que le régime RNH a été supprimé pour les nouveaux arrivants depuis le 1er janvier 2024. Plus aucun retraité français s'installant au Portugal depuis cette date ne peut en bénéficier. L'information est passée presque inaperçue en France. Et les conséquences pour ceux qui ont quand même fait le saut sont réelles.

Selon les données officielles de la Caisse nationale d'assurance vieillesse, plus d'un million de retraités du régime général résident aujourd'hui à l'étranger. Parmi eux, beaucoup ont choisi leur destination en croyant à un avantage fiscal qui n'existe plus, ou qui cache des conditions que personne ne leur avait clairement expliquées.

Ce que le Portugal offre encore — et ce qu'il ne dit plus

La situation actuelle au Portugal est simple à résumer : sans le RNH, les retraités français qui s'y installent sont soumis au barème progressif portugais. Ce barème peut atteindre jusqu'à 48 % d'imposition pour les revenus les plus élevés.

Pour une retraite française de 2 000 euros par mois — soit 24 000 euros annuels —, la facture fiscale portugaise sans le RNH peut dépasser ce que vous auriez payé en restant en France. Le calcul favorable ne tient plus.

Les retraités qui avaient obtenu le statut RNH avant le 31 décembre 2023 conservent leurs avantages jusqu'à l'expiration de leurs dix ans. Mais pour tous les autres, la donne a fondamentalement changé. Le Portugal reste une belle destination. Il n'est plus un paradis fiscal.
 
Avant 2024 Statut RNH
📊
Taux d'imposition pension privée
0 % pendant 10 ans
📅
Durée de l'avantage
10 ans garantis
Depuis 2024 Régime standard
📊
Taux d'imposition pension privée
Jusqu'à 48 % (barème progressif)
⚠️
Statut RNH accessible aux retraités
Fermé depuis jan. 2024

Et en France, que paye-t-on vraiment depuis l'étranger ?

Voilà ce que beaucoup ignorent. Partir à l'étranger ne signifie pas automatiquement ne plus payer d'impôt en France sur sa pension.

Dès lors que votre caisse de retraite est établie en France — ce qui est le cas pour la quasi-totalité des retraités français expatriés —, votre pension reste un revenu de source française. Elle est soumise à une retenue à la source spécifique aux non-résidents, prélevée directement par votre caisse de retraite.

Ce barème, fixé par les impôts français, s'applique après un abattement de 10 %. Il comporte trois tranches pour les revenus perçus en 2025 :
 
  • 0 % pour la fraction de pension inférieure à 17 122 € par an (après abattement)
  • 12 % entre 17 122 € et 49 667 €
  • 20 % au-delà de 49 667 €
Mais il y a plus important encore. Si vous n'optez pas pour le dispositif du taux moyen lors de votre déclaration annuelle, l'administration fiscale française applique un taux minimum de 20 % sur votre revenu imposable — jusqu'à 29 315 euros (revenus 2024), puis 30 % au-delà.

Ce taux minimum peut être plus élevé que ce que vous auriez payé en restant en France. Un retraité qui perçoit 1 800 euros nets par mois et qui reste à Bordeaux paiera souvent moins d'impôt qu'un retraité qui s'est installé à Séville en croyant échapper au fisc français.

Pays par pays : ce que les brochures ne disent pas

Chaque destination a ses propres règles. Et chaque règle a ses conditions que les comparatifs enthousiastes omettent souvent de mentionner.
 
Grèce Taux forfaitaire
📊
Taux sur pensions étrangères
7 % pendant 15 ans
⚠️
Condition principale
183 jours/an sur place
📅
Après 15 ans
Barème standard grec
Maroc Abattement conditionnel
📊
Réduction d'impôt possible
Importante sous conditions
⚠️
Condition principale
Pension convertie en dirhams non convertibles
📄
À vérifier
Convention fiscale franco-marocaine selon votre situation
Italie Vigilance requise
📊
Taux spécial (certaines régions)
7 % pendant 10 ans
⚠️
Risque signalé
Impositions rétroactives signalées par des retraités français
Zone UE/EEE Avantage réel
CSG et CRDS
Exonération totale
📊
Gain net annuel possible
Jusqu'à plusieurs centaines d'euros

Un avantage fiscal réel existe cependant pour les retraités résidant dans un pays de l'Union européenne ou de l'Espace économique européen : ils sont exonérés de CSG et de CRDS sur leur pension. C'est un gain concret, que les résidents en France ne peuvent pas obtenir. Mais il ne compense pas, à lui seul, un taux d'imposition sur le revenu plus élevé qu'en France.

Ce qu'il faut vérifier avant de partir — ou avant la prochaine déclaration

Si vous envisagez de vous installer à l'étranger, ou si vous y vivez déjà, deux vérifications s'imposent.

La première : consulter le tableau des conventions fiscales bilatérales entre la France et votre pays de résidence. Ce tableau, disponible sur impots.gouv.fr, indique si votre pension est imposable en France, dans le pays d'accueil, ou dans les deux. La nature de votre pension — privée ou publique (fonctionnaire) — change tout : les règles ne sont pas les mêmes.

La seconde vérification : si vous êtes déjà non-résident et que vous déclarez vos revenus en France, vérifiez que vous avez bien opté pour le taux moyen (case 8TM de votre déclaration). Sans cette option, le taux minimum de 20 % ou 30 % s'applique automatiquement. Ce simple oubli peut représenter plusieurs centaines d'euros d'impôt payé en trop chaque année.

Enfin, si vous percevez l'allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), sachez qu'une règle entrée en vigueur le 1er septembre 2023 impose désormais une présence en France d'au moins 9 mois par an pour continuer à la percevoir, contre 6 mois auparavant. Un séjour prolongé à l'étranger peut entraîner la suspension de cette aide.

Ce détail que la plupart laissent passer avant de signer le bail

Le piège le plus fréquent n'est pas fiscal au sens strict. Il est administratif.

Pour continuer à percevoir votre pension française depuis l'étranger, vous devez fournir chaque année un certificat de vie à votre caisse de retraite. Ce document, établi par les autorités locales du pays d'accueil, prouve que vous êtes toujours en vie. Sans lui, les versements peuvent être suspendus.

Depuis 2026, les caisses de retraite renforcent leurs contrôles sur les pensions versées à l'étranger. L'Assurance retraite a réalisé plus de 6 700 contrôles en 2024, détectant 188 millions d'euros de fraudes — dont des pensions versées à des personnes décédées ou à des bénéficiaires ne résidant plus dans le pays déclaré.

La conséquence pour les retraités de bonne foi : des demandes de justificatifs plus fréquentes, des délais de traitement allongés, et parfois des suspensions temporaires de pension pendant la vérification. Prévoir ces contraintes administratives avant de prendre sa décision est aussi important que le calcul fiscal.

Ce qu'il faut retenir

  1. Le régime RNH portugais, principal avantage fiscal pour les retraités français expatriés, est fermé aux nouveaux arrivants depuis le 1er janvier 2024.
  2. Votre pension française reste imposable en France même depuis l'étranger, selon un barème spécifique aux non-résidents — sauf convention fiscale contraire avec le pays d'accueil.
  3. Sans option pour le taux moyen (case 8TM), un taux minimum de 20 % s'applique automatiquement sur votre revenu imposable.
  4. Les retraités résidant en zone UE/EEE sont exonérés de CSG et CRDS — un avantage réel, mais qui ne compense pas toujours un barème local plus élevé.
  5. Le certificat de vie annuel est obligatoire pour continuer à percevoir votre pension depuis l'étranger. Son absence peut entraîner une suspension des versements.

 
Sources :
- Caisse nationale d'assurance vieillesse (CNAV), Recueil statistique du régime général – données 2024, septembre 2025
- Direction générale des Finances publiques (impots.gouv.fr), page "Je suis non-résident. Dois-je déclarer mes revenus et payer des impôts en France ?", mise à jour février 2026
- Service des Retraites de l'État (retraitesdeletat.gouv.fr), page "Les prélèvements", 2026
- Gouvernement portugais, suppression du statut RNH pour les retraités, effective au 1er janvier 2024


Par | Publié le 19/03/2026 à 08:00

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