Retraite

Retraite : Papin veut geler les pensions au-dessus de 3 000 € et personne ne chiffre la facture

Par | Publié le 05/06/2026 à 09:10

Un ministre de 70 ans explique à la radio que les retraités les mieux lotis n'ont pas besoin de voir leur pension suivre l'inflation. Le seuil qu'il fixe est simple : 3 000 euros bruts par mois. Au-dessus, votre pension ne bougera plus quand les prix monteront. Ce mécanisme porte un nom, il a un précédent récent, et un coût que personne dans le débat actuel n'a pris la peine de calculer.

Partager : W f X in @
Ce retraité calcul le manque à gagner annuel qu'impliquerait une indexation de sa retraite
Ce retraité calcul le manque à gagner annuel qu'impliquerait une indexation de sa retraite

Un seuil à 3 000 €, deux mesures, et un micro de Sud Radio

Que se passe-t-il quand votre pension reste figée alors que tout le reste augmente ? C'est la question que pose, sans la formuler, Serge Papin. Le ministre du Commerce et du Pouvoir d'achat, invité sur Sud Radio le 29 mai 2026, a détaillé deux propositions visant les retraités :

- La première : supprimer ou réduire la CSG sur les salaires des jeunes actifs, en la maintenant sur les pensions.
- La seconde, plus brutale : ne plus revaloriser les pensions de retraite supérieures à 3 000 euros bruts par mois.

L'argument tient en une phrase, que le ministre a livrée sans détour : en clair, les retraités les mieux lotis n'ont pas besoin de la hausse annuelle et devraient la céder aux jeunes générations.

Serge Papin, 70 ans, ancien patron de Système U, se dit lui-même membre d'une génération qui a eu plus de chance. Il parle de solidarité transgénérationnelle. Mais dans le détail, le mécanisme qu'il décrit a un nom technique : la désindexation.

En 2019, la même mécanique a coûté 3 milliards aux retraités

La désindexation n'est pas une idée neuve. En 2019, le gouvernement d'Édouard Philippe a fait exactement cela : les pensions de retraite de base ont été revalorisées de 0,3 % alors que l'inflation atteignait 1,8 %. La perte était immédiate.

Sur une pension de 1 500 euros bruts, la hausse réelle aurait dû être de 27 euros par mois. Les retraités n'en ont touché que 4,50 euros. La différence, multipliée par 17 millions de pensions, a produit 3 milliards d'euros d'économies pour la Sécurité sociale.

L'année suivante, le dispositif a été modulé après la crise des Gilets jaunes. Les pensions inférieures à 2 000 euros bruts ont retrouvé une revalorisation de 1 %, alignée sur l'inflation. Celles au-dessus sont restées à 0,3 %. François Hollande, avant cela, avait carrément gelé les pensions en 2014 et en 2016.
 
Le point commun de ces épisodes : chaque fois, le recul de pouvoir d'achat s'est avéré permanent. Car la pension repart ensuite d'un montant plus bas, et les revalorisations suivantes s'appliquent sur cette base réduite.

Le manque à gagner ne se rattrape jamais.

Ce que la désindexation retirerait à votre pension chaque année

Prenons un cas concret : vous percevez une pension totale de 3 200 euros bruts par mois, légèrement au-dessus du seuil évoqué par Papin. L'inflation se maintient à 2 % par an, soit le rythme moyen observé en zone euro ces dernières années.

Avec la revalorisation annuelle prévue par le Code de la Sécurité sociale, votre pension passerait à 3 264 euros la première année. Sans indexation, elle reste à 3 200 euros.

La différence : 64 euros par mois, soit 768 euros sur l'année.

La deuxième année, l'écart se creuse. Votre pension indexée atteindrait 3 329 euros, la gelée reste à 3 200 euros.

La perte mensuelle passe à 129 euros, soit 1 551 euros sur l'année.

Au bout de trois ans, le cumul atteint 4 669 euros de pouvoir d'achat en moins par rapport à un retraité dont la pension aurait suivi les prix. Et ce calcul ne porte que sur la pension de base.

Or la proposition Papin ne précise pas si la complémentaire Agirc-Arrco serait concernée. Si les partenaires sociaux s'alignaient sur le gel de la base, la facture doublerait.

Le mécanisme est d'autant plus sournois qu'il est cumulatif et irréversible. Même si l'indexation reprend après trois ans, votre pension repart d'un montant inférieur à celui qu'elle aurait atteint. Chaque année de gel creuse un écart qui ne se referme plus : nous payons encore, en 2026, les conséquences de la sous-indexation de 2019...

Qui touche vraiment plus de 3 000 € de retraite en France

La DREES a publié le 26 mai 2026 ses derniers chiffres : la France compte 17,3 millions de retraités, avec une pension moyenne de droit direct de 1 705 euros bruts. Nous sommes loin des 3 000 euros.

Le seuil fixé par Papin vise le décile supérieur. Les 10 % de retraités les mieux lotis perçoivent des pensions dépassant souvent ce montant. Cela représente environ 1,7 million de personnes.

Mais ce ne sont pas des rentiers. Un fonctionnaire de catégorie A en fin de carrière touche en moyenne 2 850 euros bruts de pension de base, auxquels s'ajoute la RAFP.

Un cadre supérieur du privé cumule sa pension de base et sa complémentaire Agirc-Arrco. Pour un salaire de fin de carrière à 5 000 euros bruts après 42 ans de cotisations, la pension totale dépasse facilement les 3 000 euros.

Le seuil de 3 000 euros ne sépare pas les retraités riches des autres. Il sépare ceux qui ont cotisé longtemps et bien de ceux qui ont cotisé moins ou sur des salaires plus bas.

La solidarité transgénérationnelle invoquée par Papin se financerait sur les pensions les plus longtemps cotisées.

Aucun texte, aucun calendrier, mais un signal

Aucun projet de loi ne porte cette mesure. Serge Papin a lancé une idée au micro, pas déposé un amendement. Le gouvernement Lecornu n'a pris lui non plus aucun engagement formel. Mais le contexte rend l'hypothèse plus que sérieuse.

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 prévoyait déjà un gel total des pensions de base, finalement rejeté par le Parlement en décembre 2025. Le rapport du COR attendu le 11 juin 2026 remettra les projections d'équilibre sur la table.

Pour nous qui lisons ces signaux depuis vingt-deux ans, la mécanique est familière : un ministre teste une idée en fin de semaine, les médias la relaient, l'opinion se forme, et six mois plus tard le PLFSS l'intègre en variante adoucie. En 2019, c'est exactement ce qui s'est passé.

Votre pension ne sera pas gelée demain matin. Mais si vous êtes au-dessus de 3 000 euros, la seule question qui vaille est celle que personne ne vous posera dans les prochains mois : avez-vous vérifié, euro par euro, ce que vous perdriez ?

Partager cet article
W f X in @

Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité des seniors de la semaine dans votre boite mail !
Facebook
X