Argent et patrimoine

Retrait d'espèces : où trouver du liquide en 2026 quand votre distributeur aura fermé ?

Les distributeurs de billets continuent de disparaître à grande vitesse. Mais plusieurs solutions alternatives arrivent en 2026 pour maintenir l'accès aux espèces, notamment chez les commerçants. Voici ce qui va changer et comment vous adapter.

Senior retirant de l'argent liquide dans l'un des derniers DAB de sa commune © SeniorActu
Senior retirant de l'argent liquide dans l'un des derniers DAB de sa commune © SeniorActu

11 000 distributeurs en moins depuis 2018

Le constat est sans appel. Selon le dernier rapport du Comité national des moyens de paiement publié en juillet 2025, la France ne comptait plus que 42 578 distributeurs automatiques de billets fin 2024. Une chute de 3,5 % en un an, et de près de 19 % depuis 2018. En six ans, ce sont environ 11 000 automates qui ont disparu du paysage français.

Cette érosion frappe principalement les communes de plus de 2 000 habitants, où les banques jugent certains distributeurs peu rentables. Résultat : 56 % des communes françaises sont désormais dépourvues de distributeur, selon les chiffres de la Banque de France. Et le mouvement devrait s'accélérer : la mutualisation des réseaux entre BNP Paribas, Société Générale et Crédit Mutuel-CIC pourrait entraîner la suppression de 7 500 DAB supplémentaires dans les prochains mois.

Pourtant, les Français restent attachés à l'argent liquide. Si la part des paiements en espèces a reculé à 19 % des dépenses courantes en 2024 (contre 33 % en 2012), 80 % des Français se déclarent encore très attachés aux espèces, selon la Fédération bancaire française. Un paradoxe qui inquiète, alors même que le gouvernement recommande désormais d'intégrer du liquide dans son kit d'urgence familial.

Bientôt possible de retirer chez n'importe quel commerçant

Face à cette hémorragie, les pouvoirs publics misent sur une alternative : le retrait d'espèces directement chez les commerçants. Ce service, appelé cashback, existe en France depuis 2018 mais reste confidentiel. Fin 2024, environ 28 500 commerces le proposaient, essentiellement des supérettes, boulangeries et bureaux de tabac.

Le problème : ces points de retrait sont actuellement réservés aux clients d'une même banque. Si votre boulanger est partenaire du Crédit Agricole et que vous êtes client de la Société Générale, vous ne pouvez pas y retirer d'argent. Cette restriction va bientôt sauter.

Dès le premier semestre 2026, La Banque Postale et le Crédit Agricole lanceront les premiers tests pour ouvrir leurs points de retrait à tous les porteurs de cartes bancaires CB, soit 77 millions de cartes en circulation. Les relais CA du Crédit Agricole, présents dans 6 000 commerces de proximité, ainsi que les bureaux de poste seront les premiers concernés. À terme, l'ensemble des 27 000 points de retrait privatifs pourrait devenir accessible à tous les Français, quelle que soit leur banque.

Un plafond de retrait qui pourrait tripler

Autre frein au développement du cashback : son plafond actuel, limité à 60 euros par opération. Une somme souvent jugée insuffisante pour les besoins courants. La donne pourrait changer grâce à une proposition de loi portée par le député socialiste Pierrick Courbon.

Adoptée en commission des finances de l'Assemblée nationale début décembre 2025, ce texte prévoit de relever le plafond à 150 euros. Il propose également d'accorder des incitations fiscales aux commerçants qui acceptent de jouer le rôle de relais bancaire. Le texte devait être examiné en séance publique le 11 décembre dernier mais n'a pas pu être discuté faute de temps. Son parcours parlementaire devrait se poursuivre en 2026.

En parallèle, une directive européenne sur les services de paiement (DSP3) a fait l'objet d'un accord entre le Parlement et le Conseil européens le 28 novembre 2024. Elle autorisera les magasins à fournir entre 100 et 150 euros en espèces, et ce sans obligation d'achat préalable. Aujourd'hui, le cashback impose de réaliser un achat pour pouvoir retirer du liquide. Cette contrainte disparaîtra une fois la directive transposée en droit français, probablement fin 2026.

Comment ça marche concrètement

Le principe du retrait chez le commerçant reste simple. Vous réglez vos achats par carte bancaire en demandant un montant supérieur au prix de vos courses. Le commerçant vous remet alors la différence en espèces. Par exemple, vous achetez du pain pour 5 euros, vous payez 55 euros par carte, et le commerçant vous rend 50 euros en billets.

À partir de 2026, la procédure sera encore plus directe dans les commerces partenaires. Il suffira d'insérer sa carte bancaire dans le terminal, d'indiquer le montant souhaité et de valider avec son code. Le commerçant remettra alors la somme demandée, dans la limite de ses fonds disponibles en caisse et des plafonds autorisés.

Bonne nouvelle : ce service devrait rester gratuit pour les clients dans la plupart des cas. Seules certaines banques pourraient appliquer des frais similaires à ceux des retraits hors réseau sur DAB. Les commerçants, eux, ne factureront pas ce service de dépannage. Comme le précise le groupement Cartes Bancaires, il s'agit d'« un dispositif de dépannage qui n'a pas vocation à remplacer les DAB ni à transformer les magasins en distributeurs ».

La Poste bientôt garante de l'accès aux espèces

Dernier volet des évolutions attendues : le rôle renforcé de La Poste. La proposition de loi Courbon prévoit de confier à l'opérateur public une nouvelle mission de service universel de la monnaie fiduciaire. Concrètement, La Poste serait chargée d'installer, d'approvisionner et d'entretenir des distributeurs dans les zones où les banques privées se désengagent.

L'objectif est clair : qu'aucune commune ne se retrouve sans solution physique pour accéder aux espèces. Cette mesure répond directement à l'inquiétude des habitants des territoires ruraux, souvent les premiers touchés par la fermeture des automates. Les seniors, particulièrement attachés au paiement en liquide, figurent parmi les premiers concernés.

En attendant ces évolutions, la Banque de France rappelle que 98,8 % des Français vivent à moins de 15 minutes en voiture d'un distributeur ou d'un point de retrait alternatif. Un chiffre rassurant en apparence, mais qui masque des disparités locales importantes. Dans certaines zones rurales, cette accessibilité implique encore un trajet de plusieurs kilomètres pour trouver le seul DAB de la région.

Sources
- Comité national des moyens de paiement (Banque de France), Rapport annuel sur l'accès du public aux espèces, 24 juillet 2025
- Proposition de loi visant à garantir l'accès à l'argent liquide dans tous les territoires, déposée par Pierrick Courbon, adoptée en commission des finances le 3 décembre 2025
- Directive européenne sur les services de paiement (DSP3), accord Parlement-Conseil européen du 28 novembre 2024

Par | Publié le 29/12/2025 à 17:50

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