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Restaurer l'audition : cette découverte sur les cellules de l'oreille interne change la donne

Par | Publié le 13/07/2026 à 09:46

Un Français de plus de 65 ans sur trois entend mal. Pour la quasi-totalité d'entre eux, la sentence est définitive : les cellules qui transforment le son en signal électrique ne repoussent pas. Une équipe de Tel-Aviv vient de trouver, dans la cochlée humaine, les rares cellules capables de contredire ce dogme.

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Une cochlée en coupe avec un grossissement des cellules ciliées
Une cochlée en coupe avec un grossissement des cellules ciliées

Un tiers des plus de 65 ans, et aucun traitement curatif

La presbyacousie avance sans bruit. Après 65 ans, vous perdez en moyenne 0,5 décibel par an. Après 75 ans, 1 décibel. Après 85 ans, 2 décibels.

En France, 6 millions de personnes sont touchées. La médecine sait compenser la perte avec des prothèses ou des implants cochléaires, mais elle ne sait pas la réparer.

Les cellules ciliées de la cochlée, les capteurs qui convertissent le son en signal électrique, ne repoussent pas chez l'être humain adulte.

Ce que la cochlée cachait : des cellules de réserve capables de se transformer

L'étude publiée dans la revue Science Advances par l'équipe de la professeure Karen Avraham, doyenne de la faculté de médecine de l'Université de Tel-Aviv, bouleverse ce constat. En utilisant l'imagerie tissulaire en temps réel et des techniques d'analyse multi-omiques à l'échelle de la cellule individuelle, les chercheurs ont inhibé la voie de signalisation Notch, un système de communication cellulaire déjà connu pour son rôle dans le développement embryonnaire.

Le résultat a surpris les chercheurs eux-mêmes. Les cellules de soutien de la cochlée, celles qui entourent et maintiennent les cellules ciliées, n'ont pas toutes réagi de la même manière.

Seul un sous-groupe très rare a entamé une transformation : ces cellules, baptisées cellules de Deiters transdifférenciantes (tDC), ont commencé à se convertir en nouvelles cellules ciliées.

Ces tDC possèdent des caractéristiques génétiques et épigénétiques distinctes qui les rendent aptes à franchir la barrière de la différenciation terminale. Elles disposent d'un potentiel de régénération que les autres cellules de soutien n'ont pas.

L'obstacle principal n'est donc pas l'impossibilité biologique de la régénération, comme on le pensait depuis des décennies. C'est le fait que seule une infime fraction des cellules de soutien possède cette capacité, et que le mécanisme reste trop limité pour compenser une perte massive.

Identifier ces cellules, comprendre ce qui les distingue : c'est la première étape vers un traitement qui activerait cette capacité dans un plus grand nombre de cellules.

Pourquoi on en est encore aux prothèses

Chez les oiseaux et les amphibiens, les cellules ciliées endommagées se régénèrent naturellement tout au long de la vie. Chez les mammifères, ce mécanisme se bloque après la période néonatale.

Les cellules de soutien de la cochlée sortent définitivement du cycle cellulaire et restent figées dans un état de différenciation terminale.

Les implants cochléaires, qui stimulent directement les fibres du nerf auditif par des électrodes insérées dans la cochlée, restent la solution la plus avancée pour les surdités profondes. Mais avec une vingtaine d'électrodes seulement, les conversations en milieu bruyant et l'écoute musicale demeurent difficiles pour la plupart des patients implantés.

Quant aux prothèses auditives classiques, elles amplifient le signal sonore sans restaurer la finesse de perception. L'OMS note que seuls 17 % des personnes qui pourraient bénéficier d'une aide auditive en utilisent effectivement une.

En France, le dispositif 100 % Santé entré en vigueur en 2021 a permis à 300 000 personnes de s'équiper sans reste à charge, mais la démarche reste freinée par la stigmatisation et le sentiment que l'appareil ne rend pas l'audition d'avant.

Une injection dans la cochlée : la piste concrète

Le professeur David Sprinzak, co-auteur de l'étude et biologiste à la faculté des sciences de la vie de Tel-Aviv, a précisé la direction que pourrait prendre un futur traitement. L'approche envisagée consisterait en une injection locale dans la cochlée, ciblant les cellules de soutien avec des agents pharmacologiques et génétiques conçus pour activer leur capacité de régénération.

L'idée n'est pas de remplacer les prothèses du jour au lendemain, mais de restaurer un nombre suffisant de cellules ciliées pour améliorer significativement la perception sonore. Les données disponibles, rappelées par l'Inserm dans son dossier sur les troubles de l'audition, indiquent que la régénération de quelques dizaines de cellules sensorielles pourrait suffire à transformer les performances d'un implant cochléaire.

Sprinzak a toutefois rappelé que toute application clinique reste éloignée de plusieurs années. Les prochaines étapes consistent à comprendre les mécanismes génétiques et épigénétiques qui permettent aux tDC de se transformer, puis à trouver comment élargir cette capacité à d'autres cellules de soutien chez l'adulte.

Ce que ça change pour vous

Si vous portez des appareils auditifs ou si vous repoussez un bilan d'audition, cette découverte ne modifie pas votre quotidien immédiat. Mais elle change la perspective.
  Jusqu'ici, la recherche sur la surdité oscillait entre deux pôles : améliorer les prothèses existantes ou développer des thérapies géniques ciblant des surdités héréditaires rares. L'identification des tDC ouvre une troisième voie, celle de la médecine régénérative, applicable potentiellement à toutes les formes de surdité liées à la destruction des cellules ciliées, y compris la presbyacousie.

Reste à savoir si cette capacité de régénération, très limitée à l'état naturel, peut être amplifiée de manière sûre chez l'être humain adulte, et à quel horizon un traitement pourrait être proposé aux patients.

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