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Article publié le 05/11/2020 à 11:02 | Lu 2036 fois

Rencontres familiales virtuelles : des personnes âgées peu emballées...




A l’heure où le virtuel prend de plus en plus de place dans nos vies (et bien évidemment, le Covid-19 ne fait qu’amplifier le phénomène) et qu’il est souvent présenté comme étant « la » solution pour maintenir le lien entre nous, une étude OpinionWay pour le groupe de maisons de retraite Médicharme indique que les personnes âgées ne veulent pas être envahies par le virtuel.


D'après les résultats de ce nouveau sondage mené en septembre dernier, plus de la moitié (57%) des Français estime que les nouvelles technologies et les visioconférences, en favorisant les contacts virtuels avec les personnes âgées, limitent en revanche les rencontres avec eux en réel.
 
« L'interposition de technologie entre nous et nos aînés via les écrans, les visioconférences, etc. si elles permettent un maintien du contact, créent aussi une illusion de proximité qui est factice, un manque d'humain et d'être en chair et en os. Lequel est renforcé de façon dramatique par le Covid, qui interdit le contact direct avec les proches » explique le sociologue Ronan Chastellier.
 
Toujours selon ce sondage, une large majorité (81%) des sondés considère que de nos jours en France, on a tendance à oublier les ainés car on est trop tourné vers la modernité, les réseaux sociaux et la technologie.
 
« Il existe une vraie désynchronisation entre, d'un côté, ceux qui sont dans l'hyperactivité et le temps court et les personnes âgées qui incarnent le temps long. Si les ainés ont le sentiment d'être un peu dépassés, c'est aussi que cette course à la technologie et à la modernité pousse à "oublier", ce qui est plus ancien, ce qui est de l'ordre du passé. Être « dépassé » est un signe de vieillesse dans un monde nécessairement jeune. Il y a un besoin de jeunisme, une idéologie de la jeunesse qui pousse à oublier ou à mettre entre parenthèses les personnes âgées » poursuit le sociologue.
 
En conséquence et selon cette enquête, la majorité (59%) des Français estime qu'on s'occupe moins bien des anciens de nos jours qu'autrefois…

« L'impression est celle d'une moindre présence auprès des anciens, moins de temps et d'attention ; et une tradition d'écoute des anciens peut-être un peu perdue… La focalisation sur la technologie, la modernité, etc. ne pousse pas à prendre beaucoup en considération les ainés et le monde d'avant ; cela créant un hiatus. Peut-être que les personnes âgées font aussi les frais d'une forme d'égoïsme économique, d'un engagement dans la vie économique et d'hyper-activité qui leur laisse peu de temps.  Il y a aussi l'éloignement et la dispersion géographique des proches (enfants/petits-enfants), liés aux contraintes professionnelles » précise encore le sociologue.
 
« Les personnes âgées sont dans une certaine invisibilité et marginalisation sociale. Avec la crise du coronavirus, le fait de devoir les isoler encore plus pour les protéger a fait prendre fortement conscience de leur isolement et a montré de manière crue et médiatique leur vulnérabilité. Comme à chaque crise d’ailleurs » insiste Ronan Chastellier.
 
De fait, avec ce virus, près des deux-tiers (64%) des Français ont pu mesurer la difficulté de s'occuper de personnes âgées.
 
« A la fois la fragilité des personnes âgées et la difficulté à s'en occuper ont été montrées, comme régulièrement à chaque crise sanitaire. Cette façon de donner un coup de projecteur sur une population fragile, a dramatisé ponctuellement le sujet sans pour autant permettre une vraie prise de conscience de la situation des ainés et de l'enjeu de la dépendance. Il y a un effet de bienveillance généralisée, mais in fine, en fait-on assez pour le 4ème âge ? » s'interroge le sociologue.
 
Toujours selon ce sondage, 64% des personnes interrogées  auraient mauvaise conscience à l’idée de placer une personne âgée dans un Ehpad… « Toujours ressenti comme une décision difficile à prendre et un arrachement… Jusqu'à quand peut-on prendre soin de ses aînés à domicile, jusqu'à quel niveau de soin. Il s’agit là, probablement d’une lutte entre ce qu'on pense pouvoir faire par soi-même et la réalité des soins ».
 
Plutôt un point positif : il semblerait, selon cette étude, que pour 57% des 18/34 ans, la crise du coronavirus ait renforcé le lien générationnel entre les plus âgés et les plus jeunes… Et le sociologue de commenter : « s'il y a eu un sentiment de relégation et d'infantilisation pour les plus âgés, brutalement projetés dans la catégorie des personnes vulnérables et donc d'une certaine manière "diminuées" et "minorées", la crise Covid-19 a aussi polarisé l'attention sur les plus fragiles, les a remis au centre de l'attention. Les plus jeunes se protégeant pour ne pas faire courir de risque aux plus âgés, ayant créé une véritable "chaine" générationnelle ».
 
Enfin, plus des trois-quarts (76%) des sondés estiment qu'on n'écoute pas assez la parole et les conseils des ainés pourtant réputés plus sages (un sentiment qui revient régulièrement dans les études d’ailleurs).
 
« Il y a un désir d'authenticité fort dans notre société. Les aînés incarnent la tradition, le bon sens, la sagesse et l'expérience. Autant de qualités dont on se souvient dès lors qu'on est dans une période difficile. Les anciens constituent une "autorité", qui va au-delà du présent, qui joue le rôle d'une continuité, si bien que le côté intergénérationnel est recherché pour ses bonnes valeurs, la vertu au sens un peu antique du terme ; les moments passés avec les aînés ou les anciens sont considérés comme vrais, authentiques, d'une simplicité positive » conclut le spécialiste.
 
*Les Français et les Personnes Âgées - Sondage Opinion Way pour Medicharme - 16 et 17 septembre 2020 - Échantillon de 1002 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.