Arnaques

On pensait l'arnaque à la location de vacances réservée aux locataires : le faux vacancier vous réclame 53 euros pour rien du tout

Par | Publié le 10/08/2026 à 08:31

Un propriétaire angoumoisin reçoit fin juillet une demande de réservation impeccable pour son studio. Quelques jours plus tard, un second numéro lui adresse le même texte, signé du même nom. Derrière cette politesse recopiée se cache une arnaque à la location qui vise les loueurs, et non les vacanciers.

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Un écran de smartphone affichant deux fois le même message de réservation - Illustration générée par IA
Un écran de smartphone affichant deux fois le même message de réservation - Illustration générée par IA

Deux fois le même message, deux numéros différents

Le 28 juillet, ce propriétaire d'un studio d'Angoulême reçoit un SMS. Un certain « Marcelin Caron » souhaite réserver du 17 au 24 octobre pour deux personnes, au tarif affiché de 350 euros. Le ton est courtois, les dates sont précises, le futur locataire réclame même un contrat en bonne et due forme. Le loueur répond, détaille ses conditions et annonce 50 % d'acompte par virement.
 

Le formulaire de contact comme porte d'entrée

Quelques jours plus tard, un autre numéro le relance, cette fois par WhatsApp, avec presque mot pour mot le même texte et la même identité. Or ce copier-coller n'a rien d'un hasard : l'office de tourisme du Pays d'Angoulême avait adressé courant juillet un courriel d'alerte à l'ensemble de ses adhérents, pour signaler une tentative d'escroquerie en cours sur des sites de destinations touristiques, ciblant les hébergeurs.

Le mode opératoire décrit par cet office est rodé : les fraudeurs empruntent les formulaires de contact des sites touristiques et se présentent en clients ordinaires, intéressés par une location. Les demandes seraient passées à la main, et non par des robots, ce qui rend leur détection et leur blocage nettement plus difficiles. Une fois le premier contact noué, l'échange bascule sur votre messagerie personnelle : le faux client demande un contrat, insiste pour régler tout de suite son séjour, et peut même transmettre une pièce d'identité d'apparence authentique.
 

Payer pour encaisser un acompte qui n'existe pas

C'est ensuite que le scénario bascule.

Le prétendu locataire annonce avoir réglé son acompte et adresse une fausse attestation de transfert MoneyGram ou La Poste. Dans un exemple d'échange signalé par l'office de tourisme, il affirme même avoir ajouté 53 euros de « frais de validation du transfert en ligne ». Reste à récupérer l'argent : l'hébergeur doit alors joindre par téléphone un prétendu « directeur » chargé de débloquer les fonds, qui lui demandera de régler des frais.

Sauf qu'aucun acompte n'a jamais été versé.

Rapportons ces frais au dossier angoumoisin : les 350 euros annoncés couvrent sept nuits, du 17 au 24 octobre, soit 50 euros la nuit : la somme réclamée pour débloquer le virement dépasse donc le prix d'une nuit entière dans le studio, et pèse 30 % de l'acompte de 175 euros censé être arrivé. Le loueur avance de sa poche l'équivalent d'une nuit pleine pour toucher un argent qui n'a jamais quitté le moindre compte.

Ce renversement fonctionne parce qu'il retourne votre vigilance contre vous : vous surveillez ce que vous versez, rarement ce que vous recevez. Cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif public d'assistance aux victimes, décrit d'ailleurs le même ressort dans sa fiche consacrée à la fraude au virement : l'escroc usurpe l'identité d'un interlocuteur légitime pour provoquer un mouvement d'argent. Et son rapport d'activité 2025 en chiffre la progression : les fraudes au virement ont augmenté de 170 % en un an, sur une plateforme qui a assisté plus de 500 000 victimes, soit 20 % de plus qu'en 2024.
 

Votre annonce recopiée, d'autres victimes derrière

L'arnaque poursuit parfois un second objectif, et celui-là ne s'arrête pas à votre compte bancaire : en collectant vos échanges, les escrocs récupèrent la description du logement, vos conditions de location, vos photos et votre identité de loueur : de quoi fabriquer une fausse annonce ailleurs. Ce sont alors de vrais vacanciers qui paient pour un hébergement qu'ils ne verront jamais, et c'est votre bien qui figure sur l'annonce piégée.

Une variante de cette arnaque circule en parallèle depuis le début de l'été : le faux locataire annonce cette fois un virement instantané, puis vous adresse un message imitant une notification de paiement, avec un lien à ouvrir pour récupérer les fonds. Le site au bout du lien réclame vos coordonnées bancaires, et le prétendu séjour n'a évidemment jamais existé.

Et ce détournement ne se limite pas à la Charente. L'agence de tourisme des Ardennes a ainsi signalé des tentatives passant par le formulaire de contact de son site, et des offices normands invitent désormais leurs hébergeurs à signaler ces messages sur Cybermalveillance.gouv.fr.

Le ressort du faux justificatif de paiement, lui, dépasse largement la location saisonnière : c'est le même qui piège les vendeurs particuliers sur les sites de petites annonces, avec un courriel de confirmation imité à la perfection.
 

Les trois vérifications qui font tomber le montage

Trois réflexes suffisent à désamorcer cette arnaque :
 
  • Le premier : un virement se constate sur votre compte bancaire, jamais sur une attestation transmise par celui qui prétend l'avoir fait.
  • Le deuxième : aucun organisme ne réclame de frais pour vous remettre un argent qui vous est dû, et une demande de ce type suffit à qualifier la tentative d'arnaque.
  • Le troisième : un message reçu deux fois, de deux numéros différents et sous la même signature, ne mérite pas de réponse mais une capture d'écran.
 
Ces réflexes valent aussi quand tout paraît normal.

La plateforme Info Escroqueries du ministère de l'Intérieur répond gratuitement au 0 805 805 817, du lundi au vendredi de 9h à 18h30, et un SMS suspect se transfère au 33700 en quelques secondes. Prenez ce réflexe avant la saison d'automne, pas après le premier virement fantôme.

Si vous avez déjà avancé une somme, alertez votre banque, conservez les messages et déposez plainte sans attendre. L'escroquerie est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 375 000 euros d'amende par l'article 313-1 du code pénal, et la plainte peut se déposer en ligne sur la plateforme THESEE du ministère de l'Intérieur, réservée aux particuliers : un loueur exerçant à titre professionnel devra, lui, se rendre au commissariat ou à la gendarmerie.

La meilleure protection tient en une phrase : la demande de réservation la mieux formulée ne vaut rien tant que votre relevé de compte ne l'a pas confirmée.

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