Nutrition

Nutri-Score obligatoire : la pétition dépasse 100 000 signatures, alors que le logo a déjà disparu de certains yaourts et céréales de vos courses

Vous posez un pot de yaourt dans votre chariot et cherchez du regard la petite échelle de couleurs, du A vert foncé au E rouge. Sur certains emballages, elle n'apparaît plus. Au même moment, la pétition qui réclame un Nutri-Score obligatoire sur tous les produits de vos courses vient de franchir la barre des 100 000 signatures. Un cap symbolique, qui n'oblige pourtant les députés à rien.

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Par | Publié le 26 Septembre 2026 à 16:18 | mis à jour le 26 Septembre 2026 à 16:18
Une retraitée compare deux pots de yaourt devant son réfrigérateur - Illustration générée par IA
Une retraitée compare deux pots de yaourt devant son réfrigérateur - Illustration générée par IA

Cent mille signatures, et après ?

Le compteur a dépassé la barre des 100 000 signatures vendredi 25 septembre, sur la plateforme des pétitions de l'Assemblée nationale. Le texte, enregistré le 20 novembre 2025, réclame l'affichage obligatoire du Nutri-Score sur les emballages de tous les aliments vendus en France. Il est porté par Serge Hercberg, professeur émérite de nutrition et cocréateur du logo, qui a salué auprès de franceinfo une forte mobilisation citoyenne.

Mais que change concrètement ce seuil ? Moins qu'on ne l'imagine. Comme le précise la page officielle de la pétition, un texte qui dépasse 100 000 signatures est mis en avant sur le site de l'Assemblée pour gagner en visibilité. La commission des affaires sociales, à laquelle il a été attribué, désigne un député-rapporteur. Celui-ci propose soit un examen assorti d'un rapport parlementaire, soit un classement.

Pour obtenir un débat en séance publique, il faudrait réunir 500 000 signatures, venues d'au moins trente départements ou collectivités d'outre-mer. Nous en sommes encore loin. Le professeur Hercberg entend désormais amplifier la mobilisation.
 
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Pourquoi le logo manque sur vos yaourts du matin

Cette pétition arrive au moment où le Nutri-Score recule dans les rayons. Sa diffusion a baissé pour la première fois depuis 2017, selon l'étude annuelle de l'Observatoire de l'alimentation (Oqali), piloté par l'Inrae et l'Anses. Les marques engagées dans la démarche représentaient 64 % des volumes de produits transformés vendus en grandes surfaces et magasins spécialisés en 2023 et 2024. Elles n'en pèsent plus que 63 % en 2025.

Un point de moins, direz-vous. Sauf que ce recul cache deux mouvements contraires. D'un côté, le nombre d'entreprises inscrites continue de grimper : 1 462 en juin 2025, contre 1 377 un an plus tôt. De l'autre, quelques grandes marques nationales sont parties, et elles pèsent plus lourd que tous les nouveaux venus. Chez ces marques nationales, la part engagée est tombée de 39 % à 37 % en un an.

Les rayons les plus touchés sont justement ceux de votre petit déjeuner. L'Oqali relève une baisse de 4 points dans les céréales du petit déjeuner et de 3 points dans les produits laitiers et desserts frais. D'après une comparaison des listes de Santé publique France menée par Que Choisir, 86 entreprises ont effacé le Nutri-Score d'au moins une de leurs marques entre 2025 et 2026. Parmi elles figurent les céréales Kellogg's et les crèmes dessert Danette, après le retrait du logo de plusieurs yaourts Danone.

Pourquoi ce mouvement maintenant ? Le calcul du logo a changé. Depuis l'arrêté du 14 mars 2025, il sanctionne plus durement le sucre et le sel, et range les laits et les yaourts à boire parmi les boissons. Certains produits ont ainsi perdu une ou deux lettres. Le volontariat laisse alors à chaque fabricant une porte de sortie : quand la note se dégrade, le logo peut disparaître.

Le calcul est le nôtre : 37 % des volumes de produits transformés, soit plus d'un tiers, viennent de marques qui ne se sont pas engagées. Chez les seules marques nationales, cette proportion grimpe à 63 %. Voilà pourquoi, au rayon frais, deux pots voisins ne vous disent pas toujours la même chose.
 

Trois voix ont manqué en décembre 2025

Ce n'est pas la première tentative. Le 7 novembre 2025, lors de l'examen du budget de la Sécurité sociale, les députés avaient adopté des amendements rendant le Nutri-Score obligatoire, à l'initiative de la socialiste Sandrine Runel, contre l'avis du gouvernement. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, jugeait la mesure contraire au droit européen.

Le Sénat a ensuite supprimé l'article par 212 voix contre 117, comme l'a rapporté Public Sénat. De retour à l'Assemblée en décembre, le dispositif a été rejeté par 120 voix contre 117. Trois voix d'écart, pour 237 suffrages exprimés sur 577 députés.

Je retiens surtout ceci : la mesure n'a pas manqué de partisans, elle a manqué d'une majorité le jour du vote. C'est cet écart que la pétition cherche à combler. Sandrine Runel a d'ailleurs présenté au printemps une proposition de loi transpartisane, qui étend l'obligation aux supports publicitaires, jusque dans le métro et sur les abribus. L'examen du budget de la Sécurité sociale pour 2027, cet automne, devrait offrir une nouvelle occasion de défendre la mesure par amendement.
 

Le dernier mot se joue aussi à Luxembourg

Un autre front s'est ouvert devant les juges. Saisi par le groupe laitier Lactalis contre l'arrêté de mars 2025, le Conseil d'État a transmis le 16 juin 2026 une question à la Cour de justice de l'Union européenne. Celle-ci devra dire si un pays peut recommander un logo aussi synthétique qu'une lettre associée à une couleur. Sa réponse pèsera sur toute obligation votée à Paris.
 

Deux repères pour ne pas vous tromper de note au rayon

En attendant les députés et les juges, les règles de votre panier ne bougent pas. Deux repères aident toutefois à y voir clair dès vos prochaines courses.

Le premier consiste à regarder le logo de près. Un encadré « Nouveau calcul », facultatif, signale les produits notés selon le nouvel algorithme, comme l'indique le site officiel sante.fr. Or les fabricants disposent de deux ans pour mettre leurs emballages à jour, soit jusqu'en mars 2027. D'ici là, deux yaourts voisins peuvent afficher des notes établies selon des règles différentes. Quand l'encadré figure sur les deux pots, la comparaison est sûre ; quand il manque, la note peut relever de l'ancien calcul.

Le second sert quand le logo a disparu. L'application gratuite Open Food Facts, soutenue par Santé publique France depuis 2018, calcule le Nutri-Score à partir des informations nutritionnelles enregistrées pour chaque produit. Si le produit figure dans sa base, il suffit de scanner le code-barres pour retrouver la lettre que la marque n'imprime plus. Rappelons enfin que la note compare les produits d'une même famille : elle vous aide à choisir entre deux céréales, pas entre un bol de céréales et une tranche de jambon.
  Cent mille personnes ont signé pour que ce détour par le téléphone devienne inutile. Tant que la loi n'aura pas tranché, c'est à vous de retrouver ce que certains emballages ont choisi de taire.

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