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Mort numérique : ce que deviennent vraiment vos comptes si vous ne faites rien

Par | Publié le 22/03/2024 à 01:00 | mis à jour le 28/12/2025 à 17:21

Un tiers des Français a déjà vu des publications provenant de comptes de personnes décédées sur les réseaux sociaux. D'ici 2070, les profils de défunts pourraient même être plus nombreux que ceux des vivants sur certaines plateformes. Que se passe-t-il réellement si aucune précaution n'est prise de son vivant ?

Un homme de 65 ans devant son ordinateur, préoccupé par la gestion de ses comptes numériques après son décès © SeniorActu
Un homme de 65 ans devant son ordinateur, préoccupé par la gestion de ses comptes numériques après son décès © SeniorActu

Des millions de comptes fantômes sur les réseaux sociaux

Selon une enquête Harris Interactive réalisée pour la CNIL en novembre 2024, près d'un tiers des Français déclare avoir déjà été confronté à des contenus provenant de comptes de personnes décédées sur les réseaux sociaux. Une situation qui peut être troublante pour les proches, notamment lorsque les plateformes affichent des rappels d'anniversaire ou des « souvenirs » du défunt.

Ce phénomène est appelé à s'amplifier considérablement. Une étude de l'Oxford Internet Institute estime qu'à l'horizon 2070, le nombre de comptes appartenant à des personnes décédées pourrait dépasser celui des utilisateurs vivants sur certaines plateformes. À titre d'exemple, environ 8 000 titulaires de comptes Facebook décèdent chaque jour dans le monde.

Pourtant, lorsqu'on interroge les Français sur le devenir de leurs propres publications après leur mort, les avis divergent : 50% souhaiteraient qu'elles soient supprimées, 26% préféreraient qu'un tri soit effectué entre les contenus à conserver et ceux à effacer, tandis que 21% voudraient que leurs publications restent visibles indéfiniment.

Sans instructions, vos profils restent en ligne indéfiniment

Si vous n'avez donné aucune directive de votre vivant et que vos héritiers n'entreprennent aucune démarche, vos profils sur les réseaux sociaux restent en ligne. La CNIL le rappelle clairement dans sa fiche pratique mise à jour le 31 octobre 2025 : les plateformes ne peuvent pas distinguer un compte inactif parce que son titulaire ne l'utilise plus d'un compte inactif parce que son titulaire est décédé.

Cette situation peut avoir des conséquences concrètes pour les proches. D'abord, des rappels automatiques d'anniversaire ou des suggestions de « souvenirs » peuvent surgir à tout moment, ravivant la douleur du deuil. Ensuite, un compte laissé sans surveillance devient une cible potentielle pour les pirates informatiques. Les escrocs peuvent alors utiliser l'identité du défunt pour contacter ses proches, demander de l'argent ou diffuser des contenus frauduleux.

Enfin, les données personnelles stockées sur ces comptes (photos, messages, informations bancaires liées) restent accessibles à quiconque parviendrait à pirater le compte, augmentant les risques d'usurpation d'identité.

Les options proposées par les principales plateformes

La plupart des grandes plateformes numériques proposent désormais des fonctionnalités permettant de paramétrer le devenir de son compte après son décès. Encore faut-il les connaître et les activer de son vivant.
 
  • Facebook et Instagram permettent de désigner un « contact légataire » qui pourra gérer certaines fonctionnalités du compte après le signalement du décès, ou de demander la transformation du profil en « compte commémoratif ». Il est également possible de programmer la suppression automatique du compte.
  • Google propose un « gestionnaire de compte inactif » qui permet de définir un délai d'inactivité (de 3 mois à 1 an) à l'issue duquel le compte sera automatiquement supprimé, ou dont certaines données seront transmises à des contacts de confiance préalablement désignés.
  • Apple a mis en place le service « Digital Legacy » (contact légataire) qui permet de désigner jusqu'à cinq personnes de confiance ayant accès aux données stockées dans iCloud après le décès.
  • LinkedIn, X (ex-Twitter), TikTok et WhatsApp proposent également des procédures de signalement et de suppression, mais sans possibilité de paramétrage anticipé aussi poussé.

Ce que la loi permet à vos héritiers

En France, le cadre juridique est fixé par l'article 85 de la loi Informatique et Libertés. Contrairement au RGPD qui ne s'applique pas aux personnes décédées, cette loi consacre des droits spécifiques pour les données post mortem.

Deux types de directives peuvent être prévues de son vivant. Les directives générales, qui s'apparentent à un testament numérique et peuvent être enregistrées auprès d'un notaire. Et les directives particulières, qui concernent un service précis (un réseau social, une messagerie) et doivent être communiquées directement à l'organisme concerné.

En l'absence de toute directive, les héritiers peuvent néanmoins agir dans un cadre strict. Ils peuvent demander la clôture des comptes du défunt, s'opposer à la poursuite des traitements de données, obtenir communication des informations utiles au règlement de la succession, ou encore récupérer les données s'apparentant à des souvenirs de famille (photos, vidéos).

Pour effectuer ces démarches, les héritiers devront généralement fournir un certificat de décès, une pièce d'identité et parfois un acte de notoriété prouvant leur qualité d'ayant droit.

Comment anticiper dès maintenant

  • La première étape consiste à dresser un inventaire de l'ensemble des comptes en ligne que vous utilisez : réseaux sociaux, messageries, services bancaires en ligne, plateformes de streaming, sites marchands, néo-banques, cryptomonnaies éventuelles. Cet inventaire doit mentionner le nom de chaque service et l'adresse e-mail de connexion associée.
  • Ensuite, pour chaque compte important, activez les paramètres post mortem lorsqu'ils existent : désignation d'un contact légataire sur Facebook, Apple ou Google, programmation de la suppression après inactivité, etc.
  • Enfin, vous pouvez formaliser vos directives numériques dans un testament ou les confier à un notaire. Cette démarche garantit que vos volontés seront respectées et facilite considérablement les démarches de vos proches le moment venu.
Ne pas anticiper sa mort numérique, c'est prendre le risque de laisser derrière soi des comptes vulnérables aux pirates, des données personnelles exposées et des proches confrontés à des rappels douloureux ou à des procédures administratives complexes.

Sources
- CNIL, Mort numérique : quels sont vos droits ? Quels sont les droits des héritiers ?, 31 octobre 2025, https://www.cnil.fr/fr/mort-numerique-effacement-informations-personne-decedee
- Enquête Harris Interactive-CNIL sur les données post mortem, novembre 2024
- Article 85 de la loi Informatique et Libertés



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