Pourquoi vous vous méfiez de ces hormones
Cette méfiance tient dans une date : en 2002, une vaste étude américaine alerte sur les risques du traitement hormonal, la prescription s'effondre en France comme ailleurs, et le doute gagne le cerveau. Personne n'était allé vérifier ce que les hormones laissaient, ou non, dans le tissu cérébral lui-même. Une équipe de Stanford Medicine s'y est collée, à l'heure où la prescription française a déjà changé de molécule et de mode d'emploi.
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Ce que 258 cerveaux ont livré
Les chercheurs ont repris deux grandes bases américaines de recherche sur Alzheimer, qui rassemblent 21 462 femmes de 50 ans et plus. Parmi elles, 258 avaient déclaré prendre des œstrogènes seuls et ont donné leur cerveau à la science. Leurs plaques amyloïdes et leurs enchevêtrements de tau ont pu être ainsi comparés à ceux de 2 701 femmes n'ayant jamais pris d'hormones.
Le résultat, publié le 12 août dans Neurology, tient en deux chiffres. Ces utilisatrices affichaient 35 % de risque en moins de porter dans le cerveau les lésions qui signent la maladie d'Alzheimer, et 39 % de risque en moins d'avoir reçu un diagnostic de démence de leur vivant.
Or ces pourcentages décrivent une association, pas une cause. Les calculs ont été corrigés pour le niveau d'études, mais aussi pour l'âge, la tension et le gène APOE4, les trois facteurs de risque les mieux établis. Une femme sous hormones dans les années 1990 n'avait toutefois ni le même suivi ni le même mode de vie que celle qui n'en prenait pas, et aucun ajustement n'efface tout à fait cet écart.
Le résultat, publié le 12 août dans Neurology, tient en deux chiffres. Ces utilisatrices affichaient 35 % de risque en moins de porter dans le cerveau les lésions qui signent la maladie d'Alzheimer, et 39 % de risque en moins d'avoir reçu un diagnostic de démence de leur vivant.
Or ces pourcentages décrivent une association, pas une cause. Les calculs ont été corrigés pour le niveau d'études, mais aussi pour l'âge, la tension et le gène APOE4, les trois facteurs de risque les mieux établis. Une femme sous hormones dans les années 1990 n'avait toutefois ni le même suivi ni le même mode de vie que celle qui n'en prenait pas, et aucun ajustement n'efface tout à fait cet écart.
L'essai tiré au sort disait l'inverse
Ce résultat contredit l'essai qui a fait référence pendant vingt ans.
En 2004, WHIMS, publié dans le JAMA, avait tiré au sort 2 947 femmes de 65 à 79 ans, toutes hystérectomisées, pour leur donner un comprimé d'œstrogènes ou un placebo. Après cinq ans, 28 démences étaient apparues dans le groupe traité contre 19 sous placebo, un écart trop faible pour conclure, mais orienté du mauvais côté.
Sauf que les deux travaux ne se comparent pas terme à terme. Le tirage au sort de WHIMS reste le niveau de preuve le plus élevé, et l'étude de Stanford ne l'a pas : elle observe des femmes qui ont choisi, avec leur médecin, de prendre ou non des hormones. En revanche, WHIMS s'arrêtait aux diagnostics posés du vivant, quand ces autopsies regardent le tissu lui-même.
Nous sommes donc devant deux vérités partielles, dont aucune ne tranche réellement la question. Les organismes britanniques de recherche sur Alzheimer tiennent la même ligne : ces chiffres ne constituent une raison ni de commencer ni d'arrêter un traitement hormonal dans l'espoir de préserver sa mémoire.
En 2004, WHIMS, publié dans le JAMA, avait tiré au sort 2 947 femmes de 65 à 79 ans, toutes hystérectomisées, pour leur donner un comprimé d'œstrogènes ou un placebo. Après cinq ans, 28 démences étaient apparues dans le groupe traité contre 19 sous placebo, un écart trop faible pour conclure, mais orienté du mauvais côté.
Sauf que les deux travaux ne se comparent pas terme à terme. Le tirage au sort de WHIMS reste le niveau de preuve le plus élevé, et l'étude de Stanford ne l'a pas : elle observe des femmes qui ont choisi, avec leur médecin, de prendre ou non des hormones. En revanche, WHIMS s'arrêtait aux diagnostics posés du vivant, quand ces autopsies regardent le tissu lui-même.
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Vos hormones ne sont pas les leurs
Reste que le traitement mesuré à Stanford n'est pas celui qu'on prescrit en France.
Les participantes avalaient leurs œstrogènes en comprimés, et les utilisatrices de gels ou de patchs n'ont pas été retenues dans l'analyse. Un détail qui n'en est pas un, car la France a basculé dans l'autre sens depuis 2012.
Les chiffres publiés en juin par le groupement EPI-PHARE, qui réunit l'Agence du médicament et l'Assurance maladie, mesurent l'écart : la voie transdermique représentait 87 % des prescriptions d'œstrogènes en 2024. Si vous suivez un traitement hormonal, vous portez très probablement un patch ou vous étalez un gel le matin, soit exactement la forme que cette étude n'a pas regardée.
Le second écart porte sur l'utérus. Les œstrogènes seuls ne se prescrivent normalement qu'aux femmes hystérectomisées, faute de quoi ils exposent la muqueuse utérine à un cancer de l'endomètre. Mais ils ne pesaient que 19,8 % des initiations en 2024, et dans 6 cas sur 10, les remboursements ne portent trace d'aucune hystérectomie : ces ordonnances devraient donc comporter un progestatif.
Combien de lectrices sont concernées ? Appliquée aux 496 245 femmes traitées en 2025, la part d'œstrogènes seuls relevée en 2024 chez les nouvelles utilisatrices, ramenée aux quatre sur dix qui sont sans utérus, donne environ 39 000 femmes, soit huit sur cent. L'estimation vient de nous, pas d'EPI-PHARE, et elle suppose ces proportions réparties uniformément. Retirez encore les comprimés, devenus minoritaires, et le noyau vraiment concerné se compte en milliers.
Les participantes avalaient leurs œstrogènes en comprimés, et les utilisatrices de gels ou de patchs n'ont pas été retenues dans l'analyse. Un détail qui n'en est pas un, car la France a basculé dans l'autre sens depuis 2012.
Les chiffres publiés en juin par le groupement EPI-PHARE, qui réunit l'Agence du médicament et l'Assurance maladie, mesurent l'écart : la voie transdermique représentait 87 % des prescriptions d'œstrogènes en 2024. Si vous suivez un traitement hormonal, vous portez très probablement un patch ou vous étalez un gel le matin, soit exactement la forme que cette étude n'a pas regardée.
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Combien de lectrices sont concernées ? Appliquée aux 496 245 femmes traitées en 2025, la part d'œstrogènes seuls relevée en 2024 chez les nouvelles utilisatrices, ramenée aux quatre sur dix qui sont sans utérus, donne environ 39 000 femmes, soit huit sur cent. L'estimation vient de nous, pas d'EPI-PHARE, et elle suppose ces proportions réparties uniformément. Retirez encore les comprimés, devenus minoritaires, et le noyau vraiment concerné se compte en milliers.
Si vous prenez des œstrogènes seuls
Si vous prenez des œstrogènes seuls, la question soulevée par cette étude n'est pas la première à traiter. EPI-PHARE le dit sans détour : leur nombre est trop élevé au regard de celui des femmes hystérectomisées, ce qui suggère des prescriptions en contradiction avec les recommandations. Le risque en jeu n'est alors pas la mémoire dans trente ans, c'est la muqueuse de l'utérus à l'instant ou nous en parlons.
D'ailleurs la vérification prend une minute. Regardez votre ordonnance : s'il n'y figure qu'un œstrogène, sans progestérone ni dérivé, et que vous avez toujours votre utérus, posez la question au prochain rendez-vous. Il se pose même si ce traitement vous convient depuis des années, parce que la protection manquante ne se ressent pas. Je retiens de ce dossier une asymétrie : le bénéfice sur la mémoire reste une hypothèse tirée de 258 cerveaux, quand le risque sur l'endomètre est documenté depuis un demi-siècle.
D'ailleurs la vérification prend une minute. Regardez votre ordonnance : s'il n'y figure qu'un œstrogène, sans progestérone ni dérivé, et que vous avez toujours votre utérus, posez la question au prochain rendez-vous. Il se pose même si ce traitement vous convient depuis des années, parce que la protection manquante ne se ressent pas. Je retiens de ce dossier une asymétrie : le bénéfice sur la mémoire reste une hypothèse tirée de 258 cerveaux, quand le risque sur l'endomètre est documenté depuis un demi-siècle.
Ce que la loi vous ouvre, et ce qui manque
Alors que faire de ce chiffre ? Le plus utile se joue une fois encore devant votre médecin, avec vos propres antécédents.
La loi de financement de la Sécurité sociale a ouvert le 1er avril 2026 le principe d'une consultation longue dédiée à la ménopause pour les femmes de 45 à 65 ans, prise en charge par l'assurance maladie, chez un généraliste, un gynécologue ou une sage-femme.
Tarif et code de facturation restent suspendus aux négociations entre l'Assurance maladie et les médecins, dont l'avenant a été rejeté en juin. Le droit existe dans la loi, la ligne de facturation manque au cabinet. Rien n'empêche pour autant d'ouvrir le sujet lors d'une consultation ordinaire, et les femmes de 45 à 50 ans disposent déjà de Mon bilan prévention, pris en charge à 100 %.
Si vous avez passé 65 ans avec des hormones prises il y a vingt ans, cette publication ne change rien à votre prescription actuelle, elle vous donne en revanche un sujet à mettre sur la table pour votre prochain bilan de mémoire.
Pour le reste, nous saurons réellement à quoi nous en tenir le jour où un essai tiré au sort suivra cette fois des femmes hystérectomisées, mesures cérébrales à l'appui.
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