Les résultats de cette étude, publiée dans la revue scientifique Psychological Medicine, sont sans appel. Les chercheurs de l'université de Cambridge ont analysé les données de 124 780 femmes issues de la UK Biobank, dont environ 11 000 ont passé une IRM cérébrale. Ces participantes ont été réparties en trois groupes : femmes pré-ménopausées, femmes post-ménopausées sans traitement hormonal, et femmes post-ménopausées sous traitement hormonal substitutif.
Leur constat est préoccupant : après la ménopause, les femmes présentent une réduction significative du volume de matière grise dans des régions cérébrales essentielles. Or, ces mêmes zones sont précisément celles qui sont les premières touchées par la maladie d'Alzheimer. La matière grise, qui contient les corps cellulaires des neurones, joue un rôle crucial dans le traitement de l'information, le contrôle des mouvements et la gestion de la mémoire.
« Les régions cérébrales où nous avons observé ces différences sont celles qui ont tendance à être affectées par la maladie d'Alzheimer », explique le professeur Barbara Sahakian, auteure principale de l'étude. « La ménopause pourrait rendre ces femmes vulnérables par la suite. Bien que ce ne soit pas la seule explication, cela pourrait contribuer à expliquer pourquoi nous observons près de deux fois plus de cas de démence chez les femmes que chez les hommes. »
En France, la maladie d'Alzheimer touche environ 1,4 million de personnes, dont près de 65 % sont des femmes. Cette surreprésentation féminine a longtemps été attribuée à la seule espérance de vie plus longue des femmes. Mais cette nouvelle étude suggère que des facteurs biologiques liés à la ménopause pourraient également jouer un rôle déterminant.
L'une des révélations les plus surprenantes de cette étude concerne le traitement hormonal substitutif (THS). Contrairement à ce que certains espéraient, il ne semble pas prévenir la perte de matière grise observée après la ménopause. Cette découverte remet en question l'hypothèse selon laquelle les œstrogènes auraient un effet protecteur direct sur le cerveau.
En France, environ 6 % des femmes se voient prescrire un THS pour soulager les symptômes de la ménopause. Or, l'étude de Cambridge montre que les femmes sous THS présentent des volumes de matière grise similaires, voire légèrement inférieurs, à celles qui n'en prennent pas. Les chercheurs précisent toutefois que les femmes sous THS avaient souvent des symptômes plus sévères avant le traitement.
Seul point positif : le THS semble ralentir le déclin des temps de réaction qui accompagne naturellement le vieillissement. « Avec l'âge, nos temps de réaction ont tendance à ralentir. La ménopause semble accélérer ce processus, mais le THS semble freiner ce vieillissement », précise le Dr Katharina Zühlsdorff, co-auteure de l'étude.
Les chercheurs soulignent que ces résultats nécessitent des études complémentaires pour déterminer si les modifications cérébrales observées à la ménopause augmentent réellement le risque de développer une démence. À ce stade, aucun lien de causalité direct n'a été établi.