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Ménopause et Alzheimer : l'étude qui inquiète les femmes de plus de 50 ans

Par | Publié le 28/01/2026 à 07:00

Une vaste étude britannique publiée ce lundi 27 janvier 2026 établit un lien troublant entre la ménopause et les modifications cérébrales observées dans la maladie d'Alzheimer. Les chercheurs de l'université de Cambridge ont analysé les données de près de 125 000 femmes. Leurs conclusions pourraient expliquer pourquoi les femmes représentent deux tiers des malades d'Alzheimer.


Ce qu'il faut retenir

  1. La ménopause entraîne une perte de matière grise dans les mêmes zones du cerveau que celles touchées par Alzheimer
  2. Trois régions sont concernées : l'hippocampe (mémoire), le cortex entorhinal (transmission des informations) et le cortex cingulaire antérieur (émotions)
  3. Le traitement hormonal substitutif (THS) ne prévient pas cette perte de matière grise
  4. Les femmes représentent deux tiers des malades d'Alzheimer en France, soit près de 900 000 personnes
  5. L'étude a porté sur 125 000 femmes dont 11 000 ont passé une IRM cérébrale
  6. Un mode de vie sain (activité physique, alimentation équilibrée) reste le meilleur moyen de protéger son cerveau à la ménopause
IRM cérébrale montrant les zones du cerveau affectées par la ménopause © SeniorActu
IRM cérébrale montrant les zones du cerveau affectées par la ménopause © SeniorActu

Une découverte majeure sur le cerveau féminin

Les résultats de cette étude, publiée dans la revue scientifique Psychological Medicine, sont sans appel. Les chercheurs de l'université de Cambridge ont analysé les données de 124 780 femmes issues de la UK Biobank, dont environ 11 000 ont passé une IRM cérébrale. Ces participantes ont été réparties en trois groupes : femmes pré-ménopausées, femmes post-ménopausées sans traitement hormonal, et femmes post-ménopausées sous traitement hormonal substitutif.

Leur constat est préoccupant : après la ménopause, les femmes présentent une réduction significative du volume de matière grise dans des régions cérébrales essentielles. Or, ces mêmes zones sont précisément celles qui sont les premières touchées par la maladie d'Alzheimer. La matière grise, qui contient les corps cellulaires des neurones, joue un rôle crucial dans le traitement de l'information, le contrôle des mouvements et la gestion de la mémoire.

« Les régions cérébrales où nous avons observé ces différences sont celles qui ont tendance à être affectées par la maladie d'Alzheimer », explique le professeur Barbara Sahakian, auteure principale de l'étude. « La ménopause pourrait rendre ces femmes vulnérables par la suite. Bien que ce ne soit pas la seule explication, cela pourrait contribuer à expliquer pourquoi nous observons près de deux fois plus de cas de démence chez les femmes que chez les hommes. »

En France, la maladie d'Alzheimer touche environ 1,4 million de personnes, dont près de 65 % sont des femmes. Cette surreprésentation féminine a longtemps été attribuée à la seule espérance de vie plus longue des femmes. Mais cette nouvelle étude suggère que des facteurs biologiques liés à la ménopause pourraient également jouer un rôle déterminant.

Trois zones du cerveau particulièrement touchées

L'imagerie cérébrale a permis d'identifier précisément les régions où la matière grise diminue après la ménopause :
 
🧠 Hippocampe
📍
Fonction principale
Formation et stockage des souvenirs
⚠️
Impact Alzheimer
Première zone atteinte par la maladie
🧠 Cortex entorhinal
📍
Fonction principale
Passerelle entre hippocampe et cerveau
⚠️
Impact Alzheimer
Essentiel pour la navigation spatiale
🧠 Cortex cingulaire antérieur
📍
Fonction principale
Gestion des émotions et décisions
⚠️
Impact Alzheimer
Contrôle de l'attention et concentration

Ces modifications structurelles s'accompagnent d'autres symptômes bien connus des femmes ménopausées : augmentation de l'anxiété, de la dépression et des troubles du sommeil. L'étude confirme que les femmes post-ménopausées sont plus susceptibles de consulter leur médecin pour des problèmes d'anxiété ou de dépression, et de se voir prescrire des antidépresseurs.

Le traitement hormonal ne protège pas le cerveau

L'une des révélations les plus surprenantes de cette étude concerne le traitement hormonal substitutif (THS). Contrairement à ce que certains espéraient, il ne semble pas prévenir la perte de matière grise observée après la ménopause. Cette découverte remet en question l'hypothèse selon laquelle les œstrogènes auraient un effet protecteur direct sur le cerveau.

En France, environ 6 % des femmes se voient prescrire un THS pour soulager les symptômes de la ménopause. Or, l'étude de Cambridge montre que les femmes sous THS présentent des volumes de matière grise similaires, voire légèrement inférieurs, à celles qui n'en prennent pas. Les chercheurs précisent toutefois que les femmes sous THS avaient souvent des symptômes plus sévères avant le traitement.

Seul point positif : le THS semble ralentir le déclin des temps de réaction qui accompagne naturellement le vieillissement. « Avec l'âge, nos temps de réaction ont tendance à ralentir. La ménopause semble accélérer ce processus, mais le THS semble freiner ce vieillissement », précise le Dr Katharina Zühlsdorff, co-auteure de l'étude.

Les chercheurs soulignent que ces résultats nécessitent des études complémentaires pour déterminer si les modifications cérébrales observées à la ménopause augmentent réellement le risque de développer une démence. À ce stade, aucun lien de causalité direct n'a été établi.

Ce qu'il faut faire pour protéger son cerveau

Face à ces constats, les chercheurs rappellent l'importance d'adopter un mode de vie sain à la ménopause. Le Dr Christelle Langley insiste : « La plupart des femmes traverseront la ménopause, et cela peut être un événement qui change la vie. Un mode de vie sain – faire de l'exercice, rester active et manger sainement – est particulièrement important pendant cette période pour aider à atténuer certains de ses effets. »

En France, la ménopause survient en moyenne vers 51 ans, touchant chaque année environ 500 000 nouvelles femmes. Plus de 14 millions de Françaises sont actuellement ménopausées. Avec une espérance de vie de 85 ans, elles passeront plus d'un tiers de leur existence dans cette période post-ménopausique, ce qui souligne l'importance de préserver sa santé cérébrale.

Les spécialistes recommandent de ne pas hésiter à consulter son médecin en cas de symptômes gênants, qu'ils soient physiques ou psychologiques. « Nous devons tous être plus sensibles non seulement à la santé physique, mais aussi à la santé mentale des femmes pendant la ménopause », conclut le Dr Langley.

Pour plus d'informations sur la ménopause, consultez le site Ameli.fr.

Sources :
- University of Cambridge, communiqué de presse, 27 janvier 2026
- Zühlsdorff K. et al., Psychological Medicine, 27 janvier 2026
- France Alzheimer, janvier 2026
- Ameli.fr, janvier 2026



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