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Maladies cardiovasculaires : pourquoi les femmes en meurent six fois plus que du cancer du sein

Six millions de Français vivent avec une tension trop élevée sans le savoir. L'Assemblée nationale examine cette semaine une proposition de loi qui pourrait changer la donne : votre pharmacien, et non plus seulement votre médecin, serait habilité à la mesurer.



140 000 morts par an, et presque personne ne se fait dépister

En 2022, les maladies cardio-neuro-vasculaires ont provoqué 140 000 décès et 1,2 million d'hospitalisations chez les adultes en France, selon le bulletin épidémiologique de Santé publique France publié en mars 2025. C'est plus d'un décès sur cinq, toutes causes confondues.

Et pourtant, seulement 11 % des Français présentent ce que les épidémiologistes appellent une « santé cardiovasculaire idéale », c'est-à-dire des indicateurs corrects sur sept critères : tabac, alimentation, activité physique et sédentarité, surpoids, hypertension, diabète et cholestérol.

Le chiffre le plus brutal, c'est celui-ci : 6 millions de personnes vivent avec une hypertension artérielle sans le savoir. Aucun symptôme, aucune alerte, jusqu'au jour où le cœur ou le cerveau lâche.

Or 8 décès cardiovasculaires sur 10 sont évitables par la détection précoce des facteurs de risque et un changement de mode de vie, selon l'Organisation mondiale de la santé. L'équation est brutale pour ceux qui passent entre les mailles du filet : pas de dépistage, pas de diagnostic, pas de prévention.

Pourquoi les femmes paient le prix fort

Vous pensez peut-être, si vous avez comme moi grandi avec cette idée, que l'infarctus est une affaire d'hommes stressés au bureau. C'est faux depuis longtemps, et les données le confirment chaque année un peu plus.

200 femmes meurent chaque jour d'une maladie cardiovasculaire en France, soit une toutes les sept minutes, selon le ministère de la Santé. À titre de comparaison, le cancer du sein provoque 35 décès féminins par jour.

Les maladies du cœur et des vaisseaux tuent donc six fois plus de femmes que le cancer le plus médiatisé.

Sauf que les symptômes féminins ne ressemblent pas au scénario classique. Là où un homme ressent une douleur en étau dans la poitrine qui irradie dans le bras, une femme sur deux présente des signes atypiques : essoufflement à l'effort, fatigue inhabituelle, douleurs entre les omoplates, troubles digestifs.

Des signaux que votre médecin peut attribuer au stress ou à la ménopause, et que nous avons tendance à minimiser nous-mêmes.

Reste que le facteur aggravant est aussi hormonal. Après la ménopause, la chute des œstrogènes fait disparaître une protection naturelle contre l'athérosclérose, et le risque cardiovasculaire rejoint celui des hommes en quelques années.

Un infarctus sur quatre chez la femme survient désormais avant 65 ans, contre un sur six il y a vingt ans.

Ce que la loi Neuder change pour vous

C'est dans ce contexte que le député Yannick Neuder, cardiologue de formation et ancien ministre de la Santé, a déposé une proposition de loi transpartisane adoptée à l'unanimité par la commission des Affaires sociales le 1er avril 2026, et débattue en séance publique à l'Assemblée nationale depuis le 7 avril.

Le texte ne crée pas un examen de plus. Il inscrit la prévention cardiovasculaire dans les dispositifs existants, ce qui change tout : les rendez-vous de prévention aux âges clés de la vie devront systématiquement évaluer votre risque cardiovasculaire (tension, glycémie, cholestérol, antécédents familiaux).

Jugez-en plutôt. Le texte prévoit un bilan cardiovasculaire obligatoire à la visite de mi-carrière (entre 45 et 50 ans), un dépistage de l'hypercholestérolémie familiale proposé dès l'âge de 6 ans (cette maladie génétique silencieuse touche 1 personne sur 250), et surtout une évaluation systématique du risque cardio-gynécologique lors des rendez-vous de prévention des femmes.

Et voici le changement le plus concret : votre pharmacien et votre kinésithérapeute seront habilités à mesurer votre pression artérielle. Quand vous savez que 6 millions de Français ignorent qu'ils sont hypertendus et que la file d'attente chez le généraliste s'allonge, le fait de pouvoir se faire dépister en bas de chez vous, sans rendez-vous, n'est pas un détail.
 
Avant la loi ⚠️ Situation actuelle
💶
Dépistage cardiovasculaire
Optionnel, au bon vouloir du médecin
🩺
Prise de tension
Médecin ou infirmier uniquement
📅
Bilan mi-carrière
Pas de volet cardiovasculaire obligatoire
Après la loi Neuder ✅ Ce qui change
Dépistage cardiovasculaire
Intégré dans les rendez-vous de prévention
Prise de tension
Pharmacien et kiné habilités
Bilan mi-carrière
Évaluation cardiovasculaire obligatoire (45-50 ans)

La France dépense deux fois moins que l'Allemagne en prévention

Vous l'avez compris, le problème n'est pas médical. Les cardiologues savent détecter et traiter l'hypertension, le diabète, le cholestérol.

Le problème est structurel : la France consacre 186 euros par habitant aux soins préventifs, contre 457 euros en Allemagne, selon les chiffres présentés par la Fondation Cœur et Recherche de la Société française de cardiologie en janvier 2026.

Et l'écart se retrouve dans la recherche : à peine 7 % du budget de l'Inserm est dédié aux maladies cardiovasculaires, quand certains organismes européens y consacrent près de 30 %. Nous investissons massivement dans le traitement des crises, et presque rien dans leur prévention.

D'ailleurs, les inégalités ne sont pas seulement financières. 4 % des adultes sans baccalauréat présentent une santé cardiovasculaire idéale, contre 21 % pour les diplômés du supérieur, selon Santé publique France.

Autrement dit, moins vous avez accès à l'information et au suivi médical, plus votre cœur trinque.

La loi Neuder ne résoudra pas tout, car elle doit encore passer au Sénat (probablement en juin ou à la rentrée d'octobre, en procédure accélérée).

Mais si elle est adoptée définitivement, elle inscrira pour la première fois la prévention cardiovasculaire comme priorité nationale, avec un objectif chiffré : réduire de 25 % la mortalité cardiovasculaire prématurée d'ici 2035. Pour les 140 000 familles touchées chaque année, c'est une question de temps, et rien d'autre.
 
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Ce qu'il faut retenir

  • Les maladies cardiovasculaires tuent 140 000 personnes par an en France et restent massivement sous-dépistées : 6 millions de Français ignorent qu'ils sont hypertendus.
  • Les femmes sont les premières victimes : 200 décès féminins par jour, soit six fois plus que le cancer du sein, avec des symptômes souvent atypiques qui retardent le diagnostic.
  • La proposition de loi Neuder, en cours d'examen à l'Assemblée, prévoit un bilan cardiovasculaire obligatoire à la mi-carrière (45-50 ans), l'habilitation des pharmaciens à mesurer la tension, et un dépistage spécifique pour les femmes aux étapes clés de leur vie hormonale.
  • La France ne consacre que 186 € par habitant à la prévention, contre 457 € en Allemagne : ce texte vise à réduire de 25 % la mortalité cardiovasculaire prématurée d'ici 2035.

 
Sources :
- Santé publique France, BEH hors-série « Santé cardiovasculaire en France », mars 2025
- Ministère de la Santé, « 200 femmes décèdent chaque jour en France d'une maladie cardiovasculaire », mars 2025
- Assemblée nationale, dossier législatif PPL n° 2309, proposition de loi Neuder, avril 2026
- Société française de cardiologie / Fondation Cœur et Recherche, communiqué janvier 2026
- Organisation mondiale de la santé, données prévention cardiovasculaire


Par | Publié le 08/04/2026 à 09:50

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