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Immunothérapie : la molécule qui « démasque » les tumeurs et pourrait révolutionner le traitement de 6 cancers sur 10

Par | Publié le 19/01/2026 à 07:15

Une équipe de chercheurs du MIT et de Stanford, menée par une lauréate du Prix Nobel, vient de révéler pourquoi les traitements par immunothérapie ne fonctionnent pas chez la majorité des patients atteints de cancer. En cause : un mécanisme de camouflage méconnu utilisé par les cellules tumorales. Leur découverte, publiée le 16 décembre 2025 dans Nature Biotechnology, ouvre une nouvelle voie thérapeutique avec des essais cliniques prévus d'ici 2-3 ans.

Illustration scientifique montrant une cellule cancéreuse perdant sa protection sucrée face aux molécules AbLec © SeniorActu
Illustration scientifique montrant une cellule cancéreuse perdant sa protection sucrée face aux molécules AbLec © SeniorActu

Le camouflage sucré des cellules cancéreuses enfin démasqué

Les immunothérapies actuelles, comme les inhibiteurs de points de contrôle (anti-PD-1/PD-L1), ont révolutionné le traitement de certains cancers. Pourtant, 60 à 80% des patients ne répondent pas à ces traitements, selon les données de l'Inserm.

Pourquoi un tel échec ? Les chercheurs du MIT et de Stanford viennent de mettre en lumière un mécanisme jusqu'ici sous-estimé : les cellules cancéreuses se recouvrent d'une couche de sucres appelés acides sialiques. Ce « bouclier de sucre » agit comme un signal de camouflage qui trompe le système immunitaire.

« Lorsque les récepteurs Siglec des cellules immunitaires se lient aux acides sialiques des cellules cancéreuses, cela freine la réponse immunitaire. La cellule immunitaire ne s'active pas pour attaquer et détruire la cellule cancéreuse », explique le Dr Jessica Stark, professeure au MIT et auteure principale de l'étude.

Une molécule « missile guidé » pour lever le frein

Pour contourner ce problème, l'équipe a développé une nouvelle molécule hybride baptisée AbLec (Antibody-Lectin chimera). Son fonctionnement est ingénieux : elle combine un anticorps qui cible spécifiquement les tumeurs avec une protéine (lectine) capable de bloquer les sucres de camouflage.

Concrètement, l'AbLec se fixe sur la cellule cancéreuse grâce à l'anticorps, puis sa partie lectine neutralise le bouclier de sucre. Résultat : les cellules immunitaires (macrophages, cellules tueuses naturelles) peuvent enfin reconnaître et détruire la tumeur.

Les tests en laboratoire et sur des modèles animaux ont montré une réduction significative des métastases pulmonaires par rapport au traitement par anticorps seul (trastuzumab). L'étude a été publiée le 16 décembre 2025 dans la prestigieuse revue Nature Biotechnology.

Ce que cette avancée change pour les patients

Avant Immunothérapie classique
📊
Taux de réponse
20-40% des patients
⚠️
Problème
Tumeur camouflée par les sucres
📉
Résistance
25% développent une résistance
Après Molécule AbLec
Mécanisme
Blocage du bouclier de sucre
📈
Résultat tests
Réduction des métastases
📅
Essais cliniques
Prévus dans 2-3 ans

L'approche est particulièrement prometteuse car elle est modulaire : les chercheurs peuvent adapter la molécule pour cibler différents types de cancers. Les premiers tests ont porté sur des cancers HER2+ (sein, estomac, côlon), mais le système pourrait être étendu à d'autres tumeurs.

« Les AbLecs sont vraiment modulables. On peut imaginer échanger différents domaines pour cibler différents membres de la famille des récepteurs lectines, et aussi changer le bras anticorps », précise le Dr Stark.

Un espoir concret mais encore des étapes à franchir

Cette découverte est le fruit d'une collaboration entre le MIT et l'université de Stanford, sous la direction du Pr Carolyn Bertozzi, lauréate du Prix Nobel de chimie 2022 pour ses travaux sur la chimie bioorthogonale – précisément l'étude des sucres à la surface des cellules.

Les chercheurs ont fondé une startup, Valora Therapeutics, pour développer les premiers candidats médicaments. Les essais cliniques humains sont prévus dans un délai de 2 à 3 ans.

Pour les patients atteints de cancer, cette avancée représente un espoir concret, notamment pour ceux qui ne répondent pas aux immunothérapies actuelles. L'étude complète est disponible sur le site du MIT.

À noter : Cette découverte est encore au stade préclinique. Les patients actuellement en traitement doivent poursuivre leur suivi médical habituel et discuter de toute question avec leur oncologue.

Sources :
- MIT News, 16 décembre 2025
- Nature Biotechnology, "Antibody-lectin chimeras for glyco-immune checkpoint blockade", 16 décembre 2025
- INSERM 
- Comité Nobel de chimie 2022



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