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Les seniors qui pratiquent cette activité ont deux fois moins de risques de démence

Par | Publié le 09/12/2025 à 09:05

Une vaste étude scientifique portant sur plus de 18 000 adultes révèle qu'une activité quotidienne, accessible à tous, pourrait diviser par deux le risque de développer une démence après 50 ans. Les résultats surprennent les chercheurs eux-mêmes.

Une femme senior en train de surfer sur internet © RealPeopleStudio/Shutterstock
Une femme senior en train de surfer sur internet © RealPeopleStudio/Shutterstock

Une cohorte de plus de 18 000 adultes suivie pendant huit ans

Les travaux publiés en mai 2023 dans le Journal of the American Geriatrics Society apportent un éclairage inédit sur le lien entre activité numérique et santé cognitive. Des chercheurs de l'Université de New York ont analysé les données de 18 154 adultes américains âgés de 50 à 65 ans, tous exempts de troubles cognitifs au début de l'observation. Ces participants ont été suivis pendant une durée médiane de 7,9 années, certains étant accompagnés jusqu'à 17 ans dans le cadre de cette recherche longitudinale.

Les scientifiques ont évalué les habitudes numériques des volontaires tous les deux ans à partir de 2002, collectant des données jusqu'en 2018. Cette méthodologie rigoureuse a permis d'observer l'évolution des pratiques et leur corrélation avec l'apparition éventuelle de troubles neurodégénératifs. Les participants ont répondu à des questionnaires détaillés portant sur leur fréquence et leur durée d'utilisation du web.

Un risque de démence divisé par deux chez les utilisateurs réguliers

Les résultats de cette étude se révèlent particulièrement éloquents. Environ 65 % des personnes incluses dans la cohorte se déclaraient utilisatrices régulières d'Internet, tandis que 35 % n'y avaient pas recours de manière habituelle. Parmi les participants utilisant fréquemment le web dès le début de l'observation, le risque de développer une démence s'établissait à 1,54 %. Ce chiffre atteignait 10,45 % chez les non-utilisateurs, soit une différence considérable.

L'analyse comparative entre ces deux groupes a mis en évidence une réduction de moitié du risque de démence chez les internautes réguliers. Cette association protectrice a été constatée indépendamment du niveau d'instruction, de l'origine ethnique, du sexe et de la génération des participants. Les chercheurs ont également observé que les adeptes du numérique obtenaient de meilleurs scores aux tests cognitifs tout au long du suivi.

Une durée d'utilisation optimale entre quelques minutes et deux heures

Les travaux suggèrent l'existence d'une relation particulière entre le temps passé en ligne et les bénéfices cognitifs. Le risque de démence le plus faible a été observé chez les personnes naviguant entre six minutes et deux heures quotidiennement. Cette plage horaire semble correspondre à un équilibre favorable pour la stimulation cérébrale sans les effets potentiellement délétères d'une exposition prolongée aux écrans.

Les chercheurs ont toutefois noté une légère augmentation du risque chez les individus passant plus de six heures par jour sur Internet. Cette observation reste à confirmer en raison de la taille réduite de cet échantillon spécifique, qui ne permet pas de tirer des conclusions statistiquement significatives. Les auteurs de l'étude invitent donc à la prudence concernant l'interprétation de ces données relatives à un usage intensif.

La réserve cognitive au cœur des mécanismes protecteurs

Le docteur Virginia W. Chang, coauteure de l'étude et chercheuse à l'Université de New York, avance une hypothèse explicative de ces résultats. L'engagement en ligne contribuerait à développer et maintenir ce que les spécialistes nomment la réserve cognitive. Ce capital neurologique, accumulé au fil des stimulations intellectuelles, permettrait de compenser les effets du vieillissement cérébral et de réduire le risque de démence.

La navigation sur le web sollicite en effet de nombreuses fonctions cognitives de manière simultanée. Rechercher des informations mobilise la mémoire de travail et les capacités d'analyse. Lire des articles stimule l'attention et la compréhension. Communiquer sur les réseaux sociaux ou gérer des courriels fait appel aux compétences langagières et à la planification. Cette gymnastique mentale quotidienne pourrait maintenir la plasticité neuronale et retarder l'apparition des symptômes démentiels.

Un enjeu de santé publique majeur à l'échelle mondiale

Ces découvertes prennent une dimension particulière au regard de l'ampleur du phénomène démentiel. Selon l'Organisation mondiale de la Santé, plus de 55 millions de personnes vivent actuellement avec une forme de démence dans le monde. Près de 10 millions de nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année, soit un nouveau patient toutes les trois secondes environ. La démence constitue aujourd'hui la septième cause de décès à l'échelle planétaire et représente l'une des principales sources d'invalidité et de dépendance chez les personnes âgées.

En France, les estimations récentes font état d'environ 1,3 million de personnes touchées par une maladie neurodégénérative, dont la maladie d'Alzheimer représente la forme la plus répandue. Les projections démographiques laissent présager une augmentation significative de ces chiffres dans les décennies à venir, en raison du vieillissement de la population. Dans ce contexte, toute piste de prévention accessible et peu coûteuse mérite une attention particulière.

Des limites à prendre en compte dans l'interprétation

Les auteurs de l'étude soulignent plusieurs réserves méthodologiques qu'il convient de garder à l'esprit. Cette recherche établit une corrélation entre utilisation d'Internet et moindre risque de démence, mais ne démontre pas de lien de causalité directe. Il demeure possible que les personnes utilisant moins Internet présentent déjà des facteurs de vulnérabilité cognitive qui expliquent à la fois leur moindre appétence pour le numérique et leur risque accru de développer une démence.

Par ailleurs, l'étude a été menée sur une population américaine spécifique, ce qui peut limiter la généralisation des conclusions à d'autres contextes culturels et socioéconomiques. Les chercheurs appellent à la réalisation de travaux complémentaires intégrant davantage de paramètres, notamment le type d'activités pratiquées en ligne et le profil social des utilisateurs. Identifier les schémas d'utilisation les plus bénéfiques permettrait d'affiner les recommandations de prévention.

Vers une intégration du numérique dans les stratégies de prévention

Malgré ces réserves, cette étude de grande ampleur renforce l'hypothèse selon laquelle l'activité numérique modérée pourrait constituer un facteur de protection contre le déclin cognitif. Elle s'inscrit dans un ensemble de recherches montrant les bénéfices de la stimulation intellectuelle régulière sur la santé cérébrale des personnes vieillissantes. Les activités en ligne telles que la recherche d'informations, la lecture, la communication et les jeux pourraient toutes contribuer à maintenir le cerveau actif.

L'intégration d'Internet dans les habitudes quotidiennes des seniors représenterait ainsi une approche accessible et prometteuse pour préserver les capacités cognitives à long terme. Accompagner les personnes âgées dans leur appropriation des outils numériques pourrait devenir un axe de prévention complémentaire aux recommandations classiques portant sur l'activité physique, l'alimentation équilibrée et le maintien du lien social.

Sources :
  • « Internet usage and the prospective risk of dementia: A population-based cohort study », Gawon Cho, Rebecca A. Betensky, Virginia W. Chang, Journal of the American Geriatrics Society, 3 mai 2023<br><br>
  • « Démence », Organisation mondiale de la Santé, 31 mars 2025



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