Actualité Médicale

Le gouvernement a renoncé aux franchises médicales — mais pas à vous faire payer : ce qui augmente à l'hôpital dès mars

Par | Publié le 24/02/2026 à 09:42

La promesse date de décembre dernier : pas de hausse des franchises médicales. Trois mois plus tard, une triple augmentation entre en vigueur dans tous les hôpitaux de France — forfait journalier, urgences, chirurgie. Le transfert atteint 530 millions d'euros. Et les 2,5 millions de Français sans mutuelle n'ont aucun filet.


Ce qu'il faut retenir

  1. Trois forfaits hospitaliers augmentent simultanément : au 1er mars pour les deux premiers, au 1er avril pour le troisième
  2. Le transfert de charges représente 530 millions d'euros en année pleine, selon les organismes complémentaires
  3. Les patients couverts par une mutuelle classique (contrat dit « responsable ») sont protégés — mais 2,5 millions de Français sans complémentaire paieront de leur poche
  4. Les seniors sont les premiers touchés : une étude officielle chiffre le surcoût à 57 € par an en moyenne pour les ménages de 75 ans et plus (détails dans le bloc 3)
Femme senior assise au bord de son lit d'hopital © SeniorActu
Femme senior assise au bord de son lit d'hopital © SeniorActu

Ce qui augmente vraiment à l'hôpital au 1er mars 2026

Le gouvernement l'avait promis début décembre 2025 : les franchises médicales ne doubleraient pas. La mesure, jugée trop impopulaire, a été retirée du budget de la Sécurité sociale. Mais trois mois plus tard, une autre hausse entre en vigueur — plus discrète, mais tout aussi concrète pour le portefeuille des patients.

À partir du 1er mars 2026, le forfait journalier hospitalier — la somme facturée pour chaque nuit passée à l'hôpital ou en clinique — passe de 20 € à 23 € par jour. Ce forfait n'avait pas bougé depuis 2018. La hausse est de 15 %.

Dans les services de psychiatrie, le montant passe de 15 € à 17 € par jour.

À la même date, le forfait patient urgences (la somme facturée lors d'un passage aux urgences non suivi d'hospitalisation) grimpe lui aussi : de 19,61 € à 23 €.

Troisième hausse, décalée d'un mois : à compter du 1er avril 2026, la participation forfaitaire sur les actes dits « lourds » — interventions chirurgicales, actes techniques dont le tarif dépasse 120 € — passe de 24 € à 32 €. Soit 8 € de plus par intervention.

Au total, selon l'Unocam (l'union qui regroupe les mutuelles, assureurs et institutions de prévoyance), ces trois hausses représentent un transfert de 530 millions d'euros en année pleine, de la Sécurité sociale vers les patients et leurs complémentaires santé.

Êtes-vous protégé ou exposé ? Ce que votre mutuelle change

La bonne nouvelle d'abord : si vous avez une mutuelle, vous êtes probablement couvert. Le forfait journalier hospitalier fait partie des dépenses que les contrats dits « responsables » — c'est-à-dire 98 % des contrats de complémentaire santé en France — doivent obligatoirement prendre en charge, quelle que soit la durée de l'hospitalisation.

En pratique, pour la grande majorité des assurés, la hausse sera absorbée par la mutuelle. Mais elle se répercutera tôt ou tard sur les cotisations.

La mauvaise nouvelle : environ 2,5 millions de Français n'ont aucune complémentaire santé. Pour eux, chaque euro supplémentaire sort directement de leur poche.

Qui est exonéré du forfait hospitalier ? Certaines personnes n'ont pas à le payer, même sans mutuelle :
 
  • Les bénéficiaires de la Complémentaire Santé Solidaire (C2S, l'ancienne CMU-C), la mutuelle gratuite ou à faible coût attribuée sous conditions de revenus
  • Les femmes enceintes hospitalisées durant les 4 derniers mois de grossesse, pour l'accouchement et les 12 jours suivants
  • Les victimes d'accident du travail ou de maladie professionnelle (si l'hospitalisation est liée)
  • Les patients en hospitalisation à domicile
 
Attention : les personnes en affection de longue durée (ALD) ne sont pas exonérées du forfait journalier. Leur prise en charge à 100 % concerne les soins liés à leur pathologie, mais pas l'hébergement.


Voici ce qui change concrètement :
 
Avant Jusqu'au 28/02/2026
🏥
Forfait journalier hospitalier
20 € / jour
🚑
Forfait patient urgences (sans hospitalisation)
19,61 €
⚕️
Participation actes lourds (chirurgie, actes > 120 €)
24 € / acte
Après Mars / Avril 2026
🏥
Forfait journalier hospitalier (dès le 1er mars)
23 € / jour (+15 %)
🚑
Forfait patient urgences (dès le 1er mars)
23 € (+17 %)
⚕️
Participation actes lourds (dès le 1er avril)
32 € / acte (+33 %)

Ce que ça coûte en pratique — et pourquoi les seniors paient le plus lourd tribut

Prenons deux exemples concrets pour mesurer l'impact de la hausse du seul forfait journalier (hors urgences et actes lourds) :
 
5 jours Hospitalisation courte
💶
Coût avant (5 × 20 €)
100 €
💶
Coût après (5 × 23 €)
115 €
📈
Surcoût
+15 €
15 jours Hospitalisation longue
💶
Coût avant (15 × 20 €)
300 €
💶
Coût après (15 × 23 €)
345 €
📈
Surcoût
+45 €

Pour un patient sans mutuelle hospitalisé 15 jours et opéré d'un acte lourd, la facture cumulée atteindrait 345 € de forfait journalier + 32 € de participation chirurgicale = 377 €, contre 324 € auparavant. Soit 53 € de plus.

Les seniors, premiers exposés. La Direction de la Recherche, des Études, de l'Évaluation et des Statistiques (DREES) a publié en février 2026 une étude de microsimulation sur les effets des déremboursements de soins. Les conclusions sont sans ambiguïté : les mesures qui augmentent les forfaits et participations à l'hôpital pénalisent davantage les personnes âgées et celles en mauvaise santé.

Chiffre clé : pour les ménages dont la personne la plus âgée a 75 ans ou plus, le surcoût annuel moyen lié à la hausse des franchises et participations forfaitaires atteint 57 €, soit 0,21 % de leur revenu. Pour les ménages de moins de 40 ans, il n'est que de 15 €.

L'étude note aussi que la Complémentaire Santé Solidaire (C2S) ne protège pas tous les ménages modestes : son taux de recours n'est que de 56 % parmi les personnes éligibles. Autrement dit, près de la moitié des Français qui pourraient bénéficier de cette mutuelle gratuite ne la demandent pas — et paieront la hausse de plein fouet.

Ce que vous pouvez faire avant le 1er mars


1. Vérifiez les garanties de votre mutuelle. Si vous avez un contrat dit « responsable » (c'est le cas de 98 % des contrats en France), le forfait journalier hospitalier est pris en charge sans limite de durée. Pour le vérifier : consultez votre tableau de garanties à la rubrique « hospitalisation » ou appelez votre organisme complémentaire.

2. Vous n'avez pas de mutuelle ? Vérifiez si vous avez droit à la Complémentaire Santé Solidaire (C2S). Cette couverture gratuite ou à faible coût est accessible sous conditions de revenus. Pour une personne seule, le plafond de ressources annuel est d'environ 10 339 € (C2S gratuite) ou 13 957 € (C2S avec participation). La demande se fait auprès de votre CPAM (Caisse Primaire d'Assurance Maladie) ou sur le site ameli.fr.

3. Anticipez une hausse de vos cotisations mutuelle. Même si le forfait est couvert par votre complémentaire, les 530 millions d'euros de charges transférés seront in fine répercutés sur les cotisations de l'ensemble des assurés. Les organismes complémentaires n'ont pas encore annoncé de hausse spécifique, mais le mécanisme est inévitable.

4. En cas d'hospitalisation programmée, demandez un devis détaillé à l'établissement. Le forfait hospitalier est facturé y compris le jour de sortie. Les suppléments (chambre individuelle, téléphone, télévision) s'ajoutent au forfait et ne sont pas toujours couverts par la mutuelle.

 
Sources :
- AFP / L'Argus de l'assurance, 23 février 2026
- Économie Matin, « Hospitalisations, soins… ce qui augmente dès mars 2026 », 23 février 2026
- DREES, « Dérembourser des soins pour maîtriser la dépense de santé : qui paie ? », Dossiers n°135, février 2026
- Unocam, chiffrage du transfert de charges, cité par L'Argus de l'assurance
- Service-public.gouv.fr, « Forfait hospitalier et prise en charge par l'Assurance maladie »




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