Un million de personnes âgées ne franchissent presque plus leur porte
On se représente volontiers la personne âgée isolée au fond d'un hameau, sans voisin à des kilomètres. Le rapport publié ce 1er octobre, Journée internationale des personnes âgées, raconte une histoire plus banale et plus proche de nous. L'isolement commence souvent sur le pas de la porte, le jour où le trottoir devient un obstacle, où l'on a rendu les clés de la voiture et où l'arrêt de bus paraît trop loin. Le domicile protège encore, mais il se referme peu à peu.
D'après l'enquête menée par l'institut CSA Research pour les Petits Frères des Pauvres auprès de 1 824 personnes de 60 ans et plus, près d'un million d'entre elles vivent aujourd'hui « assignées à résidence ». L'association désigne ainsi celles qui marchent moins de quinze minutes par jour, ne conduisent plus et ne prennent pas les transports en commun. Elles représentent 5 % des 60 ans et plus, et les plus âgées comme les plus modestes y sont surreprésentées. « Certains domiciles deviennent des prisons », résume Yann Lasnier, délégué général de l'association, cité par l'AFP.
D'après l'enquête menée par l'institut CSA Research pour les Petits Frères des Pauvres auprès de 1 824 personnes de 60 ans et plus, près d'un million d'entre elles vivent aujourd'hui « assignées à résidence ». L'association désigne ainsi celles qui marchent moins de quinze minutes par jour, ne conduisent plus et ne prennent pas les transports en commun. Elles représentent 5 % des 60 ans et plus, et les plus âgées comme les plus modestes y sont surreprésentées. « Certains domiciles deviennent des prisons », résume Yann Lasnier, délégué général de l'association, cité par l'AFP.
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Une personne âgée sur deux ne sort plus chaque jour
Ce million n'est que la pointe du phénomène. Plus de 3 millions de personnes âgées, soit 17 % des 60 ans et plus, se disent isolées à cause de leurs difficultés à se déplacer, selon le même rapport. Et ce sentiment double sous 1 000 euros de revenus mensuels, où il atteint 34 %.
Le recul se lit aussi sur la durée. Selon le dernier baromètre de l'association, paru en 2025, 51 % des 60 ans et plus sortent de chez eux tous les jours, contre 65 % en 2017. Autrement dit, la part de ceux qui ne sortent pas chaque jour est passée d'un peu plus d'un tiers à près de la moitié en huit ans. Le calcul est le nôtre, à partir des deux chiffres publiés par les Petits Frères des Pauvres.
Le lieu de vie pèse lourd. Dans les communes de moins de 2 000 habitants, 58 % des 60 ans et plus ne sortent pas tous les jours, contre 31 % dans l'agglomération parisienne. Là où il n'y a ni commerce au coin de la rue ni bus à heure fixe, la voiture fait tout, et le jour où l'on cesse de conduire, c'est la porte qui se ferme. Les revenus creusent l'écart à leur tour : après 75 ans, les plus modestes font en moyenne 1,4 déplacement par jour, contre 2,4 pour les plus aisés, selon des données du Cerema reprises dans le rapport.
Michel, 88 ans, en sait quelque chose. Il vit depuis plus de quarante ans dans sa maison d'un village de Haute-Saône et, devenu malvoyant, il ne sort plus seul que pour aller voir ses poules au fond du terrain. Sans transport en commun, il attend le samedi que sa petite-fille l'emmène en voiture voir son frère dans une ville voisine, a-t-il raconté à l'AFP.
Le recul se lit aussi sur la durée. Selon le dernier baromètre de l'association, paru en 2025, 51 % des 60 ans et plus sortent de chez eux tous les jours, contre 65 % en 2017. Autrement dit, la part de ceux qui ne sortent pas chaque jour est passée d'un peu plus d'un tiers à près de la moitié en huit ans. Le calcul est le nôtre, à partir des deux chiffres publiés par les Petits Frères des Pauvres.
Le lieu de vie pèse lourd. Dans les communes de moins de 2 000 habitants, 58 % des 60 ans et plus ne sortent pas tous les jours, contre 31 % dans l'agglomération parisienne. Là où il n'y a ni commerce au coin de la rue ni bus à heure fixe, la voiture fait tout, et le jour où l'on cesse de conduire, c'est la porte qui se ferme. Les revenus creusent l'écart à leur tour : après 75 ans, les plus modestes font en moyenne 1,4 déplacement par jour, contre 2,4 pour les plus aisés, selon des données du Cerema reprises dans le rapport.
Michel, 88 ans, en sait quelque chose. Il vit depuis plus de quarante ans dans sa maison d'un village de Haute-Saône et, devenu malvoyant, il ne sort plus seul que pour aller voir ses poules au fond du terrain. Sans transport en commun, il attend le samedi que sa petite-fille l'emmène en voiture voir son frère dans une ville voisine, a-t-il raconté à l'AFP.
La peur de tomber, ce frein qui ne se voit pas
Pourquoi reste-t-on chez soi alors que les jambes portent encore ? Près d'une personne âgée sur deux est freinée par une douleur ou une maladie, mais le rapport décrit aussi un frein qui ne se voit pas. Une sur trois redoute de perdre l'équilibre ou de tomber en se déplaçant, et cette crainte monte à 45 % après 80 ans. Elle suffit souvent à limiter les sorties bien avant qu'une chute ne survienne. Seules 7 % des personnes âgées gênées pour se déplacer utilisent pourtant une aide à la mobilité.
Le jour où vous rendez les clés de la voiture
La voiture tient longtemps. Près de 80 % des personnes âgées conduisent encore, et la plupart jugent difficile de s'en passer. Sauf qu'après 80 ans, 39 % ont déjà rendu les clés, et cet arrêt marque souvent la vraie rupture. On ne sort plus faire une course sur un coup de tête, on attend qu'un enfant passe, qu'un voisin propose, qu'une occasion se présente.
Ce sont alors les visites qui sautent les premières. L'enquête projette que plus de 2,5 millions de personnes âgées ont renoncé, au cours des douze derniers mois, à voir des proches faute de pouvoir se déplacer. Plus de 1,5 million ont aussi renoncé à des soins, et ce renoncement double presque chez les plus modestes. Un rendez-vous chez l'ophtalmologiste reporté, une prise de sang remise à plus tard : la santé paie à son tour les kilomètres qu'on ne fait plus.
Ce sont alors les visites qui sautent les premières. L'enquête projette que plus de 2,5 millions de personnes âgées ont renoncé, au cours des douze derniers mois, à voir des proches faute de pouvoir se déplacer. Plus de 1,5 million ont aussi renoncé à des soins, et ce renoncement double presque chez les plus modestes. Un rendez-vous chez l'ophtalmologiste reporté, une prise de sang remise à plus tard : la santé paie à son tour les kilomètres qu'on ne fait plus.
Sortir Plus : votre caisse paie l'accompagnateur après 75 ans
Si vous avez 75 ans ou plus et une retraite complémentaire Agirc-Arrco, celle des anciens salariés du privé, un service existe pour ces sorties que l'on n'ose plus faire seul. Il s'appelle Sortir Plus. Comme l'explique le portail public consacré aux personnes âgées, la caisse organise un accompagnement à pied ou en voiture, pour les courses, le coiffeur, le médecin ou une visite à la famille, et règle elle-même le service d'aide à domicile qui intervient. Vous n'avancez rien, dans la limite d'un plafond fixé chaque année, et le service est ouvert sans condition de ressources.
Concrètement, la première demande se fait au 0 971 090 971, si possible une semaine avant le premier besoin. Ensuite, chaque sortie se réserve au moins deux jours à l'avance, du lundi au vendredi de 8 h 30 à 18 h 30. Je vous conseille d'appeler avant d'en avoir vraiment besoin : le jour où la sortie devient indispensable, ce n'est pas le moment de chercher un numéro. Et si c'est votre père ou votre mère qui ne sort plus, l'appel peut très bien venir de vous, avec eux à vos côtés.
L'association réclame de son côté un « plan piéton » pour rénover les trottoirs et installer bancs, ombre et toilettes, ainsi que plus de transport à la demande. Certaines villes n'ont pas attendu. À Autun, en Saône-et-Loire, la commune labellisée « ville amie des aînés » a posé des bancs à accoudoirs, pour se relever sans aide.
D'autant que le sujet va grandir avec nous. Selon une projection de l'Insee, les 65 ans et plus pourraient représenter 26,6 % de la population en 2040, contre 22,2 % aujourd'hui. Le million de personnes âgées qui ne sortent presque plus de chez elles ne restera pas un million si personne ne remet un banc, un bus ou un bras sur leur chemin.
Concrètement, la première demande se fait au 0 971 090 971, si possible une semaine avant le premier besoin. Ensuite, chaque sortie se réserve au moins deux jours à l'avance, du lundi au vendredi de 8 h 30 à 18 h 30. Je vous conseille d'appeler avant d'en avoir vraiment besoin : le jour où la sortie devient indispensable, ce n'est pas le moment de chercher un numéro. Et si c'est votre père ou votre mère qui ne sort plus, l'appel peut très bien venir de vous, avec eux à vos côtés.
L'association réclame de son côté un « plan piéton » pour rénover les trottoirs et installer bancs, ombre et toilettes, ainsi que plus de transport à la demande. Certaines villes n'ont pas attendu. À Autun, en Saône-et-Loire, la commune labellisée « ville amie des aînés » a posé des bancs à accoudoirs, pour se relever sans aide.
D'autant que le sujet va grandir avec nous. Selon une projection de l'Insee, les 65 ans et plus pourraient représenter 26,6 % de la population en 2040, contre 22,2 % aujourd'hui. Le million de personnes âgées qui ne sortent presque plus de chez elles ne restera pas un million si personne ne remet un banc, un bus ou un bras sur leur chemin.




