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Grippe K : le pic épidémique attendu cette semaine de Noël, la ministre appelle à remettre le masque

Par | Publié le 12/12/2025 à 08:35 | mis à jour le 21/12/2025 à 10:24

Alors que toute la France est passée en alerte rouge, l'Institut Pasteur estime à 70% la probabilité que le pic de l'épidémie survienne entre Noël et le Nouvel An. Face à un variant K particulièrement contagieux, la ministre de la Santé appelle les Français à ressortir les masques. Les seniors, premières victimes de la grippe saisonnière, sont en première ligne.


Alerte maximale : le pic prévu pendant les fêtes

Mise à jour du 21 décembre 2025 — La situation s'est nettement dégradée depuis notre article initial. Selon les dernières données de Santé publique France publiées le 17 décembre, toutes les régions métropolitaines sont désormais en phase épidémique, y compris la Corse qui était encore épargnée la semaine précédente.

L'Institut Pasteur et Santé publique France ont présenté des projections inédites : la probabilité que le pic survienne pendant la semaine de Noël (semaine 52) atteint 70%. Il y a 15% de chances qu'il ait déjà eu lieu, et 12% qu'il survienne début janvier.

Les chiffres sont alarmants : le taux de consultations pour syndrome grippal est passé de 191 à 266 pour 100 000 habitants en une semaine. Plus inquiétant encore, la part des décès liés à la grippe a doublé par rapport à l'année dernière à la même période (1,8% contre 0,9%).

"Malgré le degré d'incertitude élevé, il est probable que le recours aux soins s'accentue de façon importante au cours des deux prochaines semaines, avec un fort impact à anticiper à l'hôpital durant la période des congés de fin d'année", alertent les scientifiques.

Femme senior atteinte par le variant K de la grippe saisonnière © PeopleImages/Shutterstock
Femme senior atteinte par le variant K de la grippe saisonnière © PeopleImages/Shutterstock
La France est entrée dans une phase épidémique de grippe particulièrement précoce cette saison. Selon le bulletin publié par Santé publique France le 10 décembre 2025, douze des treize régions métropolitaines sont désormais touchées par l'épidémie, seule la Corse restant en phase de pré-épidémie. Cette situation sanitaire s'accompagne d'une surveillance renforcée autour d'un variant du virus grippal qui suscite l'intérêt de la communauté scientifique internationale.

Un démarrage épidémique en avance sur le calendrier habituel

L'épidémie de grippe 2025-2026 a officiellement débuté fin novembre avec le passage en phase épidémique de trois premières régions : l'Île-de-France, la Normandie et la Nouvelle-Aquitaine. En l'espace d'une semaine, la quasi-totalité du territoire métropolitain a basculé dans cette phase active de circulation virale. Le taux de consultation pour syndrome grippal a connu une progression significative, passant de 89 pour 100 000 habitants à 119 pour 100 000 habitants entre la fin novembre et le début décembre, selon les données de Santé publique France.

Cette précocité épidémique constitue un phénomène notable. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies a alerté dès le 20 novembre sur un démarrage de la grippe survenant trois à quatre semaines plus tôt que lors des deux saisons précédentes dans les pays de l'Union européenne. Les indicateurs d'activité grippale sont en augmentation dans toutes les classes d'âge, des enfants aux personnes âgées, tant en médecine de ville qu'à l'hôpital.

Le sous-clade K : un variant porteur de sept mutations

Au cœur de cette dynamique épidémique se trouve un variant particulier du virus de la grippe A, identifié comme le sous-clade K du H3N2. Ce virus appartient à la famille des virus grippaux de type A, caractérisés par les protéines d'hémagglutinine et de neuraminidase présentes à leur surface. Les virus H3N2 circulent depuis plusieurs décennies dans la population humaine et sont régulièrement responsables d'épidémies saisonnières.

La particularité du sous-clade K réside dans l'accumulation de sept mutations au niveau de la protéine hémagglutinine, apparues au cours de l'été 2025. Ces modifications génétiques concernent des zones clés de la surface virale impliquées dans l'infection des cellules humaines. Selon les analyses virologiques, ce variant présente un taux de reproduction estimé à 1,4, contre environ 1,2 pour les souches grippales des saisons précédentes, ce qui traduit une capacité de transmission légèrement accrue.

Le sous-clade K est apparu à la fin de l'épidémie grippale dans l'hémisphère sud, avant de se propager dans les pays entrant dans l'hiver. Au Royaume-Uni, où l'épidémie a démarré avec cinq semaines d'avance, ce variant représente désormais la grande majorité des virus H3N2 détectés. En France, Santé publique France observe une circulation prédominante de virus de type A, avec une hausse depuis la mi-novembre de la part du sous-type H3N2 par rapport au sous-type H1N1. Le sous-clade K est majoritaire parmi les virus H3N2 caractérisés.

La question de l'efficacité vaccinale


L'apparition de ces mutations soulève des interrogations quant à l'adéquation entre le vaccin disponible et les souches circulantes. La composition des vaccins antigrippaux est déterminée plusieurs mois avant le début de la saison épidémique, sur la base des souches en circulation dans l'hémisphère sud. Pour la saison 2025-2026, les vaccins contiennent une souche H3N2 de type A/Croatia/10136RV/2023, appartenant au sous-clade J.2. Or, le sous-clade K a évolué de manière significative par rapport à cette souche de référence.

Les premières données britanniques apportent néanmoins des éléments rassurants. Selon un rapport de l'Agence de sécurité sanitaire du Royaume-Uni, l'efficacité vaccinale contre le sous-clade K reste comparable aux estimations habituellement observées en fin de saison. Chez les enfants et adolescents de 2 à 17 ans, la protection contre les hospitalisations atteint 70 à 75 pour cent. Chez les adultes, cette efficacité se situe entre 30 et 40 pour cent, un niveau cohérent avec les variations habituelles de l'efficacité vaccinale d'une saison à l'autre.

Les autorités sanitaires maintiennent leurs recommandations vaccinales. La vaccination reste considérée comme la mesure la plus efficace pour prévenir les formes graves de la grippe et réduire la pression sur les établissements hospitaliers. En France, la campagne vaccinale lancée le 13 octobre 2025 a connu un meilleur démarrage que l'année précédente, avec plus de 10 millions de personnes vaccinées au 8 décembre selon la Direction générale de la santé.

Les populations concernées et les mesures de prévention

Les virus H3N2 sont connus pour provoquer des grippes généralement plus sévères que les virus H1N1, en particulier chez les personnes âgées. La saison 2024-2025 avait été marquée par une intensité élevée, avec une co-circulation inhabituelle de trois souches virales pendant douze semaines. Le bilan de cette saison écoulée fait état de nombreuses consultations médicales, hospitalisations et décès attribuables à la grippe.

Les personnes prioritaires pour la vaccination comprennent les individus de 65 ans et plus, les personnes atteintes de maladies chroniques, les femmes enceintes, les résidents en établissements médico-sociaux ainsi que l'entourage des personnes immunodéprimées. Les professionnels de santé sont également invités à se faire vacciner pour protéger leurs patients.

En complément de la vaccination, les mesures de prévention non pharmacologiques conservent toute leur pertinence. Le lavage régulier des mains, l'aération des locaux et le port du masque en cas de symptômes ou en présence de personnes fragiles contribuent à limiter la propagation des virus respiratoires. Ces gestes simples s'avèrent d'autant plus importants que la période des fêtes de fin d'année favorise les rassemblements familiaux et amicaux.
 

Seniors : les gestes essentiels pour passer les fêtes en sécurité

Face à cette situation, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a lancé un appel clair le 17 décembre sur BFM : "S'il vous plaît, on remet les masques, on se lave les mains et, régulièrement, on aère les pièces."

Pour les personnes âgées, particulièrement vulnérables face au variant K (H3N2), voici les recommandations à suivre pendant les fêtes :

1. Porter un masque dans les lieux clos et fréquentés : centres commerciaux, supermarchés, transports en commun, mais aussi lors des repas de famille si des personnes présentent des symptômes.

2. Se faire vacciner s'il n'est pas trop tard. Plus de 10 millions de Français ont déjà été vaccinés cette saison. La protection se met en place en environ 15 jours. Même si l'efficacité est réduite face au variant K, le vaccin protège contre les formes graves.

3. Éviter les urgences si possible. La ministre a appelé les Français touchés par la grippe à ne pas encombrer les services d'urgence. En cas de symptômes, contactez d'abord votre médecin traitant ou le 15 si nécessaire.

4. Reporter les visites si vous êtes malade. Un proche enrhumé ou fiévreux ne devrait pas rendre visite à une personne âgée, même pour les fêtes.

La saison grippale 2024-2025 avait été particulièrement meurtrière avec environ 17 600 décès liés à la grippe. Les autorités sanitaires redoutent un scénario similaire cette année si les gestes barrières ne sont pas respectés.

Sources
- Santé publique France, Bulletin Infections respiratoires aiguës, 17 décembre 2025
- Institut Pasteur, Prévisions épidémiologiques grippe saisonnière, 17 décembre 2025
- Ministère de la Santé, déclaration de Stéphanie Rist, 17 décembre 2025



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