Retraite

François Hollande avait combattu la retraite à 64 ans : il propose désormais 63 ans en 2028 et cinq ans d'indexation limitée à 1 % sur votre pension

François Hollande a remis la retraite sur la table, dans un livre-programme et un entretien parus mercredi. Il propose de fixer l'âge légal aux alentours de 63 ans au 1er janvier 2028, puis d'allonger la durée de cotisation par un mécanisme confié aux partenaires sociaux. Une troisième mesure a beaucoup moins circulé, et c'est la seule qui touche les pensions déjà versées : cinq années d'indexation limitée à 1 % par an. Votre pension paierait ainsi ce que votre âge de départ ne paie plus.

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Article rédigé par | Publié le 27 Août 2026 à 08:26 | mis à jour le 27 Août 2026 à 08:27
François Hollande en 2024 © Victor Velter/Shutterstock
François Hollande en 2024 © Victor Velter/Shutterstock

Un âge légal fixé aux alentours de 63 ans en 2028

L'homme qui a combattu le report à 64 ans propose désormais 63 ans. La contradiction n'en est pas une : elle indique où l'effort se déplace.

Dans son livre-programme Unir. Nouveau monde, nouvelle gauche et dans l'entretien accordé mercredi à l'hebdomadaire Le Point, l'ancien président pose un repère daté : au 1er janvier 2028, l'âge légal se situerait « aux alentours de 63 ans ». Le chiffre prend le contrepied de son propre camp, qui défend le retour à 62 ans. Et il ne vient pas seul.
 
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Selon votre année de naissance, plus tôt ou plus tard

Pour lire ce 63 ans, il faut le poser sur le calendrier qui s'applique réellement.

Depuis la loi de financement de la Sécurité sociale du 30 décembre 2025, le relèvement de l'âge et l'allongement de la durée d'assurance sont suspendus jusqu'en 2028, pour les pensions liquidées à partir du 1er septembre 2026. Le tableau publié par Service-Public en donne les bornes : de 62 ans et 9 mois pour la génération 1964 à 63 ans et 9 mois pour celle de 1968, les 64 ans ne concernant plus que les personnes nées à partir de 1969.

Reste que ce gel s'arrête en janvier 2028, c'est-à-dire au jour exact où le repère de 63 ans entrerait en vigueur. Arrêter l'escalier à cette marche rendrait trois mois à la génération 1966, six mois à celle de 1967, neuf mois à celle de 1968 et une année entière à celle de 1969. Si vous êtes né en 1964 ou au premier trimestre 1965, rien ne bouge : vous serez parti avant, avec 170 trimestres au lieu de 171 pour la génération 1964, et au lieu de 172 pour les trois premiers mois de 1965. Un âge unique substitué à un escalier de générations simplifie le discours plus qu'il ne simplifie votre calcul.
 

Ce que 1 % par an ferait à votre pension

La mesure qui vous concerne le plus directement n'a pourtant rien à voir avec l'âge.

François Hollande veut limiter à 1 % pendant cinq ans l'indexation des pensions, et il en donne lui-même l'ordre de grandeur : le gain pour les comptes publics serait équivalent au report d'un an de l'âge de départ. Autrement dit, ce que la mesure d'âge ne prend plus aux actifs, cette ligne le prend aux retraités.

La règle actuelle est écrite dans le code de la Sécurité sociale : chaque 1er janvier, les pensions de base suivent l'évolution des prix hors tabac mesurée par l'INSEE. Au 1er janvier 2026, ce coefficient a donné 0,9 %. Un plafond fixé à 1 % ne mord donc que les années où les prix montent davantage, et l'année en cours n'en aurait pas fait partie.

Mais reprenons les cinq dernières revalorisations de janvier : 1,1 % en 2022, 0,8 % en 2023, 5,3 % en 2024, 2,2 % en 2025, 0,9 % en 2026. Mises bout à bout, elles donnent 10,66 %. Le même intervalle plafonné à 1 % par an aurait donné 5,10 %. Rapporté à la pension moyenne de droit direct, que la DREES établit à 1 666 euros bruts par mois dans son panorama, l'écart cesse d'être abstrait : 1 843,56 euros d'un côté, 1 750,98 euros de l'autre.

Soit 92,58 euros de moins chaque mois la cinquième année, et près de 3 090 euros qui ne seraient pas entrés sur le compte. Le rattrapage exceptionnel de 4 % de juillet 2022, que nous n'avons pas compté ici, creuserait encore l'écart.
 
L'année 2024 le montre d'ailleurs en une seule fois. Sur cette même pension, une revalorisation de 5,3 % représentait 88,30 euros par mois, quand un plafond à 1 % en aurait laissé 16,66. Cette différence ne se répare jamais, parce que la revalorisation suivante s'applique à une pension devenue plus basse. Le point de départ est abaissé une fois, il l'est pour toujours.
 

Votre complémentaire ne bouge plus depuis novembre 2024

Ce plafond porterait sur les seules pensions de base. Or votre retraite complémentaire, elle, n'a pas attendu de réforme pour cesser de bouger.

Le 17 octobre 2025, les représentants des syndicats et des organisations patronales réunis au conseil d'administration de l'Agirc-Arrco ne sont pas parvenus à s'entendre sur le niveau de revalorisation, comme l'indique la fiche d'actualité de Service-Public. Les pensions complémentaires des salariés du privé n'ont pas été relevées au 1er novembre 2025 et la valeur du point est restée à son niveau de novembre 2024.

Ce détail pèse lourd sur une feuille de pension. La complémentaire représente une part modeste chez un ancien ouvrier et bien davantage chez un ancien cadre. Un plafond à 1 % sur la base et un point complémentaire immobile, mis l'un derrière l'autre, font décrocher la pension totale du prix des courses sans qu'aucune ligne n'ait été supprimée nulle part. Je ne connais pas de mesure d'économie plus discrète.
 

L'effort passe de l'âge aux trimestres

Si l'âge bouge moins, quelque chose d'autre doit bouger davantage. François Hollande l'écrit sans détour : il privilégie l'allongement de la durée de cotisation au report de l'âge légal, comme il l'avait fait pendant son quinquennat, et il estime que l'âge pivot doit « être corrigé en permanence » au rythme de l'espérance de vie. Le réglage reviendrait à un mécanisme d'ajustement placé à la main des partenaires sociaux, auquel s'ajouterait une part de capitalisation.

Traduisons cette phrase dans votre relevé de carrière. La durée exigée pour un taux plein atteint 172 trimestres, soit 43 années, pour les générations nées à partir de 1966. Allonger cette durée ne déplace pas la date à laquelle vous avez le droit de partir : cela déplace celle à laquelle vous pouvez partir sans décote. Pour quelqu'un qui a commencé à travailler à 22 ans après des études, le taux plein tombe à 65 ans avec les règles en vigueur ; allonger la durée repousse cette sortie vers 67 ans, l'âge auquel le taux plein est acquis quel que soit le nombre de trimestres.
 

Rien n'est voté, et le 1er septembre approche

Rien de tout cela n'est un texte de loi. Le livre paraît le 3 septembre, son auteur répète qu'il décidera en décembre d'une éventuelle candidature, et aucune de ces mesures n'a été soumise au moindre vote. Nous parlons d'un programme, pas d'un droit ouvert.

Ce qui s'applique vraiment, en revanche, porte une date : le 1er septembre 2026, la suspension du relèvement de l'âge prend effet pour toutes les pensions liquidées à compter de ce jour. Vous savez au moins quelle ligne surveiller quand le débat reviendra, et ce n'est pas celle qui parle de votre âge de départ.


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