Argent et patrimoine

Euro numérique : la BCE recrute 36 banques, mais 68 % des Français ignorent de quoi il s'agit

Par | Publié le 15/07/2026 à 10:21

La Banque centrale européenne vient de retenir 36 prestataires de paiement pour tester sa future monnaie numérique à partir de septembre 2027. Mais la plupart des Français n'ont jamais entendu parler de cet euro numérique qui pourrait arriver dans leur portefeuille dès 2029.

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Un smartphone affichant le symbole euro numérique
Un smartphone affichant le symbole euro numérique

Trente-six prestataires pour un test grandeur nature

La BCE a annoncé mardi la sélection de 36 prestataires de services de paiement, choisis parmi plus de 50 candidats, pour un pilote de douze mois prévu à partir de septembre 2027.

Parmi eux, le groupe français BPCE (Banque Populaire, Caisse d'Épargne) et Worldline, aux côtés de Deutsche Bank, UniCredit, Revolut ou Stripe. Dix-neuf banques centrales nationales de la zone euro participeront à l'exercice.

Comme un billet de banque, mais dans votre téléphone

L'euro numérique n'est pas une cryptomonnaie. Il n'a rien à voir avec le Bitcoin, dont la valeur fluctue au gré des marchés.

C'est une version dématérialisée de l'euro que vous connaissez déjà, émise directement par la Banque centrale européenne, avec la même valeur qu'un billet de 20 euros dans votre portefeuille. Au lieu de papier et de coton, vos euros numériques seront stockés sur votre téléphone ou sur une carte à puce.

Vous pourrez payer en magasin, en ligne ou envoyer de l'argent à un proche, exactement comme vous le faites avec votre carte bancaire. Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, le résume dans une interview à Ouest-France publiée ce mercredi : un tiers des transactions des Européens se font en ligne, et les espèces ne peuvent pas servir sur un site de commerce électronique.

Autre point essentiel : vous ne serez jamais obligé de l'utiliser. Les billets et les pièces conservent leur cours légal, et aucun commerce en Europe ne pourra refuser vos espèces.

La confidentialité, nerf de la guerre

C'est la question que vous vous posez probablement en premier : est-ce que la BCE pourra voir ce que vous achetez ? La réponse dépend du mode de paiement que vous utiliserez.

L'euro numérique fonctionnera en deux modes.

Le mode hors-ligne permet de payer sans connexion internet, par contact entre deux téléphones ou avec une carte à puce. La transaction n'est connue que de vous et du commerçant. La BCE ne la voit pas, votre banque non plus. C'est le même anonymat qu'un paiement en espèces, et la CNIL soutient fermement ce mode comme condition de succès du projet. Si vous perdez le téléphone ou la carte contenant ces euros hors-ligne, les fonds sont en revanche perdus : le système ne conserve aucune trace, précisément pour garantir l'anonymat.

Le mode en ligne fonctionne différemment. Vos données de paiement sont pseudonymisées : votre banque sait que vous avez payé, mais la BCE ne reçoit qu'un identifiant technique sans lien avec votre identité.

Le Comité européen de la protection des données demande que ces identifiants soient renouvelés régulièrement, pour empêcher tout recoupement ultérieur. La CNIL rappelle qu'en France, vous pouvez déjà payer en espèces jusqu'à 1 000 euros sans laisser de trace, et que l'euro numérique devrait offrir une confidentialité comparable.

Deux garanties supplémentaires méritent votre attention :
 
  • L'euro numérique sera non programmable : personne ne pourra restreindre son usage à certains achats ou certaines périodes, contrairement au yuan numérique chinois.
  • Un plafond de détention fixé à 3 000 euros par personne est également prévu. La BCE estime que ce montant limiterait les sorties de fonds à 1,2 % des dépôts bancaires en temps normal, un impact jugé très faible.

Ce qui va changer au quotidien pour vous

L'ouverture d'un compte en euro numérique sera gratuite. Vous n'aurez aucun frais à payer pour envoyer de l'argent à un proche ou régler un achat.

La BCE ne facturera rien pour l'utilisation de son réseau, ce qui représente un changement notable par rapport aux commissions prélevées aujourd'hui par Visa ou Mastercard. Selon un rapport d'information du Sénat, les frais versés à ces réseaux par les commerçants européens auraient augmenté de 75 % entre 2016 et 2021.

Les commerçants de toute la zone euro auront l'obligation d'accepter ce moyen de paiement, de la même façon qu'ils acceptent les espèces. Vous pourrez régler dans n'importe quel pays de la zone, avec ou sans connexion internet.
  L'euro numérique n'entre pas en concurrence avec Wero, la solution de paiement lancée par les banques européennes. Cipollone précise que les deux systèmes se complèteront : là où Wero n'est pas encore accepté, l'euro numérique pourra prendre le relais.

Les zones d'ombre qui subsistent

L'euro numérique ne rapportera aucun intérêt. Il ne pourra pas servir d'instrument d'épargne, et les entreprises devront convertir leurs encaissements vers leur compte bancaire classique sous 24 heures.

Le mode hors-ligne comporte un risque que vous devez connaître : si vous perdez votre téléphone ou votre carte contenant des euros numériques, les fonds stockés sont perdus. Le système ne conserve aucune copie des transactions, justement parce qu'il garantit l'anonymat. Cela ne change en rien ce qui se passe aujourd'hui si vous perdez votre portefeuille ou si vous égarez vos pièces et billets sur la plage ou ailleurs...

Notez que le lancement n'est pas prévu pour demain. Le règlement européen doit d'abord être adopté, probablement en 2027, avant que le pilote ne s'achève et qu'une ouverture au public ne soit envisagée au plus tôt en 2029. D'ici là, beaucoup d'eau aura coulé sous les ponts...

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