Argent et patrimoine

Aide à mourir : cette ligne rétablie par les députés qui concerne directement votre assurance-vie

Par | Publié le 11/06/2026 à 14:03

Mercredi soir, la commission des affaires sociales de l'Assemblée nationale a remis au vote un texte que les parlementaires se renvoient depuis plus d'un an. Dans la masse des amendements, une disposition a refait surface sans faire de bruit. Elle ne concerne pourtant ni les médecins ni l'hôpital : elle concerne vos contrats et vos bénéficiaires.

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une retraitée met à jour ses bénéficiaires d'assurance-vie sur ordinateur
une retraitée met à jour ses bénéficiaires d'assurance-vie sur ordinateur

Ce que les députés ont tranché mercredi en commission

Un texte qui encadre la fin de vie ne devrait, en principe, rien avoir à dire sur vos contrats d'épargne. C'est pourtant l'une des dispositions que les députés ont réinscrites mercredi 10 juin, et elle pèse plus lourd pour vos proches que bien des articles dont tout le monde débat.

La commission des affaires sociales a adopté ce jour-là, pour la troisième fois, la proposition de loi créant un droit à l'aide à mourir. Sur les 723 amendements déposés pour cette nouvelle lecture, 39 ont été adoptés, et deux décisions concentrent les commentaires.

La première supprime les délits d'entrave et d'incitation, qui prévoyaient jusqu'à deux ans de prison et 30 000 euros d'amende, sur le modèle de l'entrave à l'IVG. La seconde rétablit le libre choix entre euthanasie et suicide assisté, là où la version antérieure posait l'auto-administration de la substance comme règle.

Le vote s'est fait à main levée, et le processus est loin d'être terminé : le texte doit encore passer dans l'hémicycle, puis revenir au Sénat. Son parcours complet est retracé dans le dossier législatif publié par le Sénat, lecture après lecture.

Mais la disposition qui mérite votre attention est ailleurs, dans un article que les comptes rendus mentionnent à peine.

La mention « mort naturelle » qui verrouille vos contrats

Tout part d'un texte ancien, l'article L. 132-7 du code des assurances. Il prévoit qu'une assurance en cas de décès est de nul effet si l'assuré se donne volontairement la mort au cours de la première année du contrat.

La couverture du suicide ne devient obligatoire qu'à partir de la deuxième année. Et chaque augmentation de garanties rouvre une période d'exclusion d'un an sur les montants ajoutés.

Le code de la mutualité contient la même exclusion à son article L. 223-9, pour les garanties décès souscrites auprès d'une mutuelle. Le risque ne se limite donc pas aux grands contrats bancaires, il touche aussi les couvertures collectives et les petites prévoyances obsèques.

Or, sans précision dans la loi, un décès obtenu par aide à mourir pourrait être assimilé à une mort volontaire au sens de ces articles. Un contrat récent, un avenant signé quelques mois plus tôt, et le capital promis à vos bénéficiaires pourrait être contesté, voire jamais versé.

C'est là que tout se joue.

La parade rétablie par les députés tient en une phrase : la personne qui recourt à l'aide à mourir est réputée décédée de mort naturelle, des suites de son affection. Le texte complète en parallèle le code des assurances et le code de la mutualité pour que assureurs et mutuelles couvrent ce décès comme n'importe quel autre.

Pour vos proches, la différence est concrète : pas de clause d'exclusion opposable, pas de requalification du décès, pas de mention stigmatisante sur les documents qui suivent la succession.

Cette ligne avait pourtant été supprimée en séance le 23 mai 2025, à une courte majorité, malgré l'avis défavorable du rapporteur. La ministre de la Santé avait alors assuré que l'aide à mourir ne ferait pas obstacle aux contrats en cours, tout en renvoyant à la navette parlementaire le soin de clarifier le droit.

La navette vient de le faire, dans un sens qui protège les héritiers.

Ce qui s'applique réellement à votre situation aujourd'hui

Rien de tout cela ne s'applique aujourd'hui, et je préfère l'écrire noir sur blanc. Le seul cadre en vigueur reste la loi Claeys-Leonetti de 2016 : directives anticipées, personne de confiance, sédation profonde et continue jusqu'au décès, sans aide active à mourir.

Si vous avez déjà rédigé des directives anticipées, elles restent votre seul document opposable : révisables et révocables à tout moment, elles s'imposent au médecin hors urgence vitale ou demande manifestement inappropriée.

Le texte adopté en commission prévoit, lui, un droit soumis à des conditions cumulatives : être majeur, de nationalité française ou résidant de façon stable en France, atteint d'une affection grave et incurable engageant le pronostic vital en phase avancée ou terminale, présenter une souffrance liée à cette affection et exprimer une volonté libre et éclairée.

Chaque mot de cette liste a été disputé, lecture après lecture, et certains le seront encore dans l'hémicycle. Le Sénat a déjà rejeté le dispositif à deux reprises, dont la dernière fois par 151 voix contre 118.
  Vous l'avez compris, la question dépasse le seul débat de société : elle touche à ce que devient votre patrimoine au moment où vous ne pouvez plus le défendre. Et elle nous concerne tous, que nous soyons favorables ou opposés au texte.

Les deux dates qui ferment le calendrier d'ici l'été

Deux dates ferment désormais le calendrier. Les députés examineront le texte dans l'hémicycle à partir du 22 juin, avant un retour au Sénat en cas d'adoption.

Le gouvernement a ensuite prévu de donner le dernier mot à l'Assemblée nationale le 15 juillet, ce qui scellerait le sort d'un engagement présidentiel porté depuis 2025 par le texte de l'ex-député Olivier Falorni.

D'ici là, aucune ligne de ce texte n'a de valeur juridique, et la mention de mort naturelle peut encore disparaître en séance comme elle a déjà disparu une fois. Nous saurons à la mi-juillet si vos contrats d'assurance-vie sont définitivement mis à l'abri de ce débat, ou si la question reste ouverte pour vos héritiers.

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