EHPAD et Résidences Seniors

EHPAD fermé au Pays Basque : le propriétaire porte plainte et dénonce une « décision injustifiée »

Par | Publié le 28/01/2026 à 07:58

Coup de théâtre dans l'affaire de l'EHPAD Les Hortensias à Urt (Pyrénées-Atlantiques). Le fondateur du groupe Belage, Dominique Diharce, annonce ce mardi 27 janvier 2026 qu'il va déposer une plainte pénale pour « faux en écritures publiques » et demande une enquête du ministère de la Santé. L'établissement avait été contraint de fermer vendredi dernier pour « dysfonctionnements graves ». Une affaire qui inquiète les 55 résidents et leurs familles, pris entre deux versions contradictoires.


Ce qu'il faut retenir

  1. L'EHPAD Les Hortensias à Urt (64) a perdu son autorisation de fonctionnement le vendredi 23 janvier 2026
  2. Le fondateur du groupe Belage annonce une plainte pénale pour faux en écritures publiques
  3. Il demande également une enquête interne du ministère de la Santé
  4. L'ARS maintient sa position : 10 ans d'inspections et dysfonctionnements persistants
  5. Un administrateur provisoire doit être nommé ce mercredi 28 janvier
  6. Les 55 résidents doivent être transférés vers d'autres établissements
Personne âgée assise dans une salle commune d'EHPAD © SeniorActu
Personne âgée assise dans une salle commune d'EHPAD © SeniorActu

Le propriétaire contre-attaque : plainte et demande d'enquête

Quatre jours après l'annonce de la fermeture de son établissement, Dominique Diharce sort de son silence. Le fondateur du réseau Belage, qui gère l'EHPAD Les Hortensias à Urt, a adressé ce mardi 27 janvier 2026 un communiqué aux médias dans lequel il conteste fermement ce qu'il qualifie de « décision injustifiée ».

Le dirigeant annonce que « la direction générale de l'EHPAD va déposer une plainte pénale pour faux en écritures publiques ». Une accusation grave qui vise directement les rapports d'inspection ayant conduit au retrait de l'autorisation de fonctionnement. Dominique Diharce demande également « l'ouverture d'une enquête interne des services par le ministère de la Santé ».

Dans son communiqué, le propriétaire n'hésite pas à employer des termes très durs. Il parle de « dérive manifeste de l'action administrative » pour qualifier la décision conjointe de l'Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine et du Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques. Et il va plus loin en affirmant que « l'administration faille aujourd'hui à sa mission de contrôle en voyant certains de ses agents travestir les faits pour tenter de justifier cette fermeture ».

Sollicité par téléphone, Dominique Diharce n'a pas répondu aux demandes des journalistes, préférant communiquer uniquement par écrit.

L'ARS maintient sa position : dix ans d'accompagnement sans résultat

Pays Basque ce même mardi, Alain Guinamant, directeur de la délégation des Pyrénées-Atlantiques de l'ARS Nouvelle-Aquitaine, a défendu la décision prise.

« Depuis dix ans, l'ARS, avec le conseil départemental, accompagne cet établissement pour lui permettre de lever l'ensemble des dysfonctionnements qui sont constatés et qui ont été constatés de façon répétée lors des très nombreuses inspections qui se sont déroulées ces dix dernières années », a-t-il expliqué.

Le retrait de l'autorisation de fonctionnement, prononcé le vendredi 23 janvier 2026 et annoncé publiquement le lendemain, fait suite à « de multiples inspections inopinées depuis 2019 », dont les trois dernières réalisées en novembre 2024, puis en avril et octobre 2025. L'ARS et le département évoquent des « dysfonctionnements graves et persistants depuis plusieurs années mettant en péril la sécurité et la qualité de la prise en charge des résidents ».

Un élément renforce la position de l'administration : le directeur de l'ARS a rappelé que Dominique Diharce était également propriétaire de la clinique Ursuya de Cambo-les-Bains, fermée par l'ARS le 30 avril 2025 pour des motifs similaires, et de deux autres EHPAD dans le Sud-Est de la France (Bouches-du-Rhône et Alpes-Maritimes), eux aussi fermés ces deux dernières années pour les mêmes raisons.

55 résidents dans l'incertitude : que va-t-il se passer ?

Alors que la bataille juridique s'annonce, ce sont 55 résidents qui vivent dans l'incertitude. L'établissement, situé dans cette commune de 2 500 habitants entre Bayonne et Peyrehorade, dispose de 39 chambres individuelles et 8 chambres doubles, ainsi qu'un PASA (Pôle d'Activités et de Soins Adaptés) pour les personnes atteintes de troubles cognitifs.

Un administrateur provisoire doit être nommé ce mercredi 28 janvier 2026 pour organiser la fermeture progressive de l'établissement et le transfert des résidents vers d'autres structures. Cette procédure peut prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois, le temps de trouver des places adaptées à chaque résident.

Pour les familles concernées, cette situation est particulièrement éprouvante. Dès le samedi, la direction et les équipes de l'EHPAD avaient publié un communiqué affirmant que « l'emballement médiatique ne reflète en rien la réalité du travail quotidien mené au sein de l'établissement, ni la qualité de la prise en charge ». Ils évoquaient également « plusieurs constats d'huissiers attestant de la sécurité des locaux et de la qualité de la prise en charge des résidents ».

Le portail pour-les-personnes-agees.gouv.fr rappelle que les résidents et leurs familles disposent de recours en cas de litige avec un établissement, notamment via le conseil de la vie sociale ou une personne qualifiée désignée par le département.

Une affaire révélatrice des tensions dans le secteur des EHPAD

Cette confrontation entre un gestionnaire privé d'EHPAD et les autorités sanitaires illustre les tensions croissantes dans le secteur du grand âge. Selon les dernières données du gouvernement publiées en mars 2025, les 7 500 EHPAD du territoire ont été contrôlés dans le cadre d'un plan national de surveillance renforcée.

Ce plan a conduit à 55 sanctions administratives et 11 fermetures définitives d'établissements. Environ 11 % des EHPAD présentaient une situation dégradée nécessitant un suivi renforcé. À l'inverse, 90 % des contrôles n'ont donné lieu à aucune injonction.

Pour les personnes âgées en établissement et leurs proches, cette affaire soulève une question fondamentale : comment s'assurer de la qualité de prise en charge de son parent ? Les inspections de l'ARS restent le principal outil de contrôle, mais elles sont parfois contestées par les gestionnaires qui les jugent trop sévères ou inadaptées.

En cas de suspicion de maltraitance ou de dysfonctionnement dans un EHPAD, les familles peuvent contacter le 3977, numéro national d'écoute contre les maltraitances envers les personnes âgées et handicapées, accessible 7 jours sur 7 de 9h à 19h.

Sources :
- France Bleu Pays Basque, 24 janvier 2026
- France Bleu Pays Basque (interview Alain Guinamant), 27 janvier 2026
- Communiqué ARS Nouvelle-Aquitaine et Conseil départemental 64, 24 janvier 2026
- Portail pour-les-personnes-agees.gouv.fr




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