Entretien avec Frédéric Proust
Quel parcours vous a mené à ce premier long métrage ?
J’ai joué en tant que comédien au théâtre pendant vingt ans, puis au cinéma dans des films d’auteur comme ceux d’Hélène Angel (j’avais joué dans son premier film Peau d’homme coeur de bête, c’est ainsi que j’ai rencontré ma productrice qui a aussi produit récemment Angèle et Tony) ou dans des films dits « commerciaux ». Mon parcours est un grand écart permanent…
Parallèlement à mon métier d’acteur, j’ai mené une vie de scénariste en travaillant pour Canal Plus. J’ai écrit l’ensemble de la série H pendant quatre ans. En même temps je suis cinéphile depuis toujours. Pour moi, les deux ne s’opposent pas. C’est pourquoi dans ce film j’essaie de relier mon désir de faire rire et mon amour du cinéma d’auteur indépendant… On a fait le film avec très peu d’argent, avec une équipe technique de jeunes gens. J’ai adoré cette énergie.
Y a-t-il eu un déclencheur à cette histoire ?
Il y avait d’abord la volonté d’écrire seul, pour la première fois. Et de raconter une histoire qui me touche puisque j’approche de la cinquantaine et les questions que se posent les personnages, je me les suis posées. Que faire de la vie quand la jeunesse s’éloigne ? Que laisse-t-on derrière soi au bout du compte ? J’ai rencontré François Berléand et je lui ai soumis mes idées. François m’a encouragé. Je me suis mis à écrire cette histoire qui se situe entre la fable et la chronique, sur ces deux potes que je voulais différents : l’un qui avait réussi sa vie affectivement et son ami qui n’était jamais parvenu à construire une vie affective. Ces deux contraires étaient indissociables et ne pouvaient pas vivre l’un sans l’autre.
N’est-ce pas aussi un fantasme d’investir le terrain du cinéma comme le lieu de tous les possibles, y compris celui de la transgression, du passage à l’acte ?
Oui, on exorcise les envies qu’on pourrait avoir. On trouve dans le film pas mal des bêtises que j’ai pu faire quand j’avais 25 ans. Je me suis dit que, transposé à un âge encore plus avancé, cela pouvait être encore plus drôle ! Mes deux personnages ne retombent pas en enfance : ils sont juste d’une immaturité totale !
Mais le sujet du film n’est pas seulement facétieux…
C’est clair. Ce qui m’intéresse le plus, c’est l’amour que ces deux-là portent aux femmes de leur vie et l’amitié qu’ils ont l’un pour l’autre. Ce terrain émotionnel me paraissait beaucoup plus intéressant à exploiter.
On avait déjà vu Patrick Chesnais dans le registre de l’émotion à l’écran, c’est moins le cas de François Berléand.
C’est vrai. Moi, ce qui me touche le plus, c’est son rapport à sa fille. Je ne voulais pas d’un rapport béni-oui-oui et je trouve qu’avec Elise Lhomeau, qui est une jeune comédienne qui vient d’entrer au Conservatoire, il est présent à chaque instant. Il se dégage un amour fort entre le père et la fille à travers de petites choses.
Quelle part de leurs iconographies respectives retrouve-t-on dans leurs personnages ? Dans le cas de François Berléand, vous le dépouillez instantanément de sa fonction professionnelle et du carcan qu’on lui a souvent vu porter au cinéma…
Je n’ai évidemment pas fait en sorte de lui offrir un contre-emploi, mais on a beaucoup travaillé ensemble pour qu’il puisse aller vers une profondeur émotionnelle. Et je crois qu’il en avait envie. Quant au personnage de Patrick, j’avais en tête une sorte de Patrick Dewaere incisif à 60 ans, et je pense que le comédien qui incarne le mieux en France ce côté rock, ce côté cuir, c’est Patrick Chesnais !
Anne Consigny se situe, elle, à la confluence de la gravité et de la juvénilité…
J’ai pensé à elle très vite. C’est venu d’une image que j’avais de Marie Dubois qui jouait la femme de Michel Piccoli dans Vincent, François, Paul et les autres de Claude Sautet. J’avais le souvenir d’une femme très belle, d’une grande présence à l’image et cette présence faisait un beau contrepoint au personnage violent qu’incarnait Piccoli. Comme je n’avais pas écrit un rôle d’héroïne, mais un rôle de femme qui fait aussi office de contrepoint, j’ai rapidement pensé à Anne qui m’évoquait une femme posée et mature.
Et Florence Thomassin, aux côtés de Patrick Chesnais ?
Comme je jouais les contraires avec les deux acteurs masculins, je voulais procéder de la même manière avec les femmes en gardant une complémentarité. Elles s’appellent Cathy et Dany, elles sont blondes toutes les deux, très complices, mais elles ne sont pas interchangeables, car lorsqu’on voit les quatre personnages ensemble, les couples sont évidents. En outre, il n’y a pas de jugement moralisateur de ces femmes à l’égard des bêtises de leurs hommes. Il fallait donc que l’on sente une bienveillance. Elles aiment leurs hommes aussi pour leur côté impertinent et insolent.
J’ai joué en tant que comédien au théâtre pendant vingt ans, puis au cinéma dans des films d’auteur comme ceux d’Hélène Angel (j’avais joué dans son premier film Peau d’homme coeur de bête, c’est ainsi que j’ai rencontré ma productrice qui a aussi produit récemment Angèle et Tony) ou dans des films dits « commerciaux ». Mon parcours est un grand écart permanent…
Parallèlement à mon métier d’acteur, j’ai mené une vie de scénariste en travaillant pour Canal Plus. J’ai écrit l’ensemble de la série H pendant quatre ans. En même temps je suis cinéphile depuis toujours. Pour moi, les deux ne s’opposent pas. C’est pourquoi dans ce film j’essaie de relier mon désir de faire rire et mon amour du cinéma d’auteur indépendant… On a fait le film avec très peu d’argent, avec une équipe technique de jeunes gens. J’ai adoré cette énergie.
Y a-t-il eu un déclencheur à cette histoire ?
Il y avait d’abord la volonté d’écrire seul, pour la première fois. Et de raconter une histoire qui me touche puisque j’approche de la cinquantaine et les questions que se posent les personnages, je me les suis posées. Que faire de la vie quand la jeunesse s’éloigne ? Que laisse-t-on derrière soi au bout du compte ? J’ai rencontré François Berléand et je lui ai soumis mes idées. François m’a encouragé. Je me suis mis à écrire cette histoire qui se situe entre la fable et la chronique, sur ces deux potes que je voulais différents : l’un qui avait réussi sa vie affectivement et son ami qui n’était jamais parvenu à construire une vie affective. Ces deux contraires étaient indissociables et ne pouvaient pas vivre l’un sans l’autre.
N’est-ce pas aussi un fantasme d’investir le terrain du cinéma comme le lieu de tous les possibles, y compris celui de la transgression, du passage à l’acte ?
Oui, on exorcise les envies qu’on pourrait avoir. On trouve dans le film pas mal des bêtises que j’ai pu faire quand j’avais 25 ans. Je me suis dit que, transposé à un âge encore plus avancé, cela pouvait être encore plus drôle ! Mes deux personnages ne retombent pas en enfance : ils sont juste d’une immaturité totale !
Mais le sujet du film n’est pas seulement facétieux…
C’est clair. Ce qui m’intéresse le plus, c’est l’amour que ces deux-là portent aux femmes de leur vie et l’amitié qu’ils ont l’un pour l’autre. Ce terrain émotionnel me paraissait beaucoup plus intéressant à exploiter.
On avait déjà vu Patrick Chesnais dans le registre de l’émotion à l’écran, c’est moins le cas de François Berléand.
C’est vrai. Moi, ce qui me touche le plus, c’est son rapport à sa fille. Je ne voulais pas d’un rapport béni-oui-oui et je trouve qu’avec Elise Lhomeau, qui est une jeune comédienne qui vient d’entrer au Conservatoire, il est présent à chaque instant. Il se dégage un amour fort entre le père et la fille à travers de petites choses.
Quelle part de leurs iconographies respectives retrouve-t-on dans leurs personnages ? Dans le cas de François Berléand, vous le dépouillez instantanément de sa fonction professionnelle et du carcan qu’on lui a souvent vu porter au cinéma…
Je n’ai évidemment pas fait en sorte de lui offrir un contre-emploi, mais on a beaucoup travaillé ensemble pour qu’il puisse aller vers une profondeur émotionnelle. Et je crois qu’il en avait envie. Quant au personnage de Patrick, j’avais en tête une sorte de Patrick Dewaere incisif à 60 ans, et je pense que le comédien qui incarne le mieux en France ce côté rock, ce côté cuir, c’est Patrick Chesnais !
Anne Consigny se situe, elle, à la confluence de la gravité et de la juvénilité…
J’ai pensé à elle très vite. C’est venu d’une image que j’avais de Marie Dubois qui jouait la femme de Michel Piccoli dans Vincent, François, Paul et les autres de Claude Sautet. J’avais le souvenir d’une femme très belle, d’une grande présence à l’image et cette présence faisait un beau contrepoint au personnage violent qu’incarnait Piccoli. Comme je n’avais pas écrit un rôle d’héroïne, mais un rôle de femme qui fait aussi office de contrepoint, j’ai rapidement pensé à Anne qui m’évoquait une femme posée et mature.
Et Florence Thomassin, aux côtés de Patrick Chesnais ?
Comme je jouais les contraires avec les deux acteurs masculins, je voulais procéder de la même manière avec les femmes en gardant une complémentarité. Elles s’appellent Cathy et Dany, elles sont blondes toutes les deux, très complices, mais elles ne sont pas interchangeables, car lorsqu’on voit les quatre personnages ensemble, les couples sont évidents. En outre, il n’y a pas de jugement moralisateur de ces femmes à l’égard des bêtises de leurs hommes. Il fallait donc que l’on sente une bienveillance. Elles aiment leurs hommes aussi pour leur côté impertinent et insolent.




