Argent et patrimoine

Donation de son vivant : abattements, fiscalité et stratégies selon l'âge

Par | Publié le 11/02/2026 à 16:33

Des millions de parents et grands-parents peuvent transmettre une partie de leur patrimoine sans payer d'impôt, à condition de connaître les règles. Un guide complet pour donner au bon moment, au bon montant, avec la bonne méthode.


Un couple de seniors signe un acte de donation chez le notaire © SeniorActu
Un couple de seniors signe un acte de donation chez le notaire © SeniorActu

Pourquoi donner de son vivant plutôt qu'attendre la succession

Transmettre une partie de son patrimoine de son vivant présente un avantage majeur : des réductions d'impôt considérables par rapport à une succession. En 2026, chaque parent peut donner jusqu'à 100 000 € à chacun de ses enfants sans aucun droit à payer. Pour un couple avec deux enfants, cela représente 400 000 € transmis en franchise totale d'impôt.

À cela s'ajoutent d'autres avantages souvent méconnus. La donation permet de choisir le moment et les conditions de la transmission. Elle évite les conflits familiaux en organisant le partage du vivant du donateur. Et surtout, elle peut être renouvelée tous les 15 ans, ce qui permet une transmission progressive et optimisée sur le long terme.

À l'inverse, lors d'une succession, les héritiers découvrent souvent des droits élevés à régler dans un délai de six mois après le décès, sans avoir pu anticiper. La donation permet d'étaler la charge fiscale et de profiter pleinement des abattements disponibles.

Les abattements 2026 : combien donner sans payer d'impôt

Le montant que vous pouvez donner sans payer de droits dépend du lien de parenté entre le donateur et le bénéficiaire. Ces réductions — appelées « abattements » — sont appliquées avant le calcul de l'impôt. Elles se renouvellent tous les 15 ans.
 
Enfant Ligne directe
💶
Abattement par parent et par enfant
100 000 €
👥
Un couple peut donner à chaque enfant
200 000 €
Petit-enfant Ligne directe
💶
Abattement par grand-parent
31 865 €
Conjoint / Pacsé Entre époux
💶
Abattement entre époux ou partenaires PACS
80 724 €
Autres Famille élargie
💶
Arrière-petit-enfant
5 310 €
💶
Frère ou sœur
15 932 €
💶
Neveu ou nièce
7 967 €

En plus de ces abattements, un dispositif spécifique permet de donner une somme d'argent supplémentaire à ses descendants : le don familial de sommes d'argent (parfois appelé « don Sarkozy »), prévu par l'article 790 G du Code Général des Impôts (CGI). Il permet de donner jusqu'à 31 865 € en franchise totale de droits, à condition que le donateur ait moins de 80 ans et que le bénéficiaire soit majeur.

Ce don se cumule avec l'abattement classique. Concrètement, un parent de moins de 80 ans peut donc donner 131 865 € (100 000 € + 31 865 €) à chaque enfant majeur sans payer un euro de droits. Pour un couple avec deux enfants, le total exonéré atteint 527 460 €.

Nouveauté 2025-2026 : la loi de finances pour 2025 a créé une exonération temporaire supplémentaire. Du 15 février 2025 au 31 décembre 2026, vous pouvez donner jusqu'à 100 000 € par donateur à un enfant, petit-enfant ou arrière-petit-enfant (plafonné à 300 000 € par bénéficiaire), à condition que les fonds servent dans les six mois à l'achat d'une résidence principale neuve ou à des travaux de rénovation énergétique.

Le renouvellement tous les 15 ans : comment en profiter plusieurs fois

Les abattements sur les donations ne sont pas un cadeau unique : ils se reconstituent tous les 15 ans. Ce délai court à partir de la date de chaque donation. Si vous avez donné 100 000 € à votre enfant en 2011, vous pouvez lui donner à nouveau 100 000 € en 2026 sans aucun droit à payer.

Ce mécanisme permet une transmission progressive. Un parent qui commence à donner à 55 ans pourra renouveler l'opération à 70 ans, puis à 85 ans. Sur trois cycles, un couple peut théoriquement transmettre 1 200 000 € à deux enfants en franchise de droits (200 000 € × 2 enfants × 3 cycles).

Point d'attention : si vous avez déjà utilisé une partie de l'abattement, seul le solde restant est disponible jusqu'à la reconstitution complète. Le calcul se fait de date à date, pas par année civile. Par exemple, si vous avez donné 60 000 € en mars 2015, vous ne récupérez la totalité de votre abattement de 100 000 € qu'en mars 2030.

Donation simple, donation-partage, donation au dernier vivant : quelles différences

Il existe plusieurs formes de donation, chacune adaptée à une situation familiale différente :

La donation simple est la plus courante. Un parent donne un bien ou une somme d'argent à un de ses enfants. Elle est irrévocable : une fois signée, on ne peut plus revenir en arrière. Lors de la succession, la valeur du bien donné est réévaluée au jour du décès pour vérifier l'égalité entre héritiers. Ce « rapport à la succession » peut créer des déséquilibres si le bien a pris ou perdu de la valeur.

La donation-partage évite ce problème. Elle répartit les biens entre tous les héritiers en même temps et fige la valeur des biens au jour de la donation. C'est la formule recommandée par les notaires pour les familles de deux enfants ou plus, car elle prévient les conflits au moment de la succession.

La donation au dernier vivant — aussi appelée « donation entre époux » — a un objectif tout différent. Elle ne prend effet qu'au décès du donateur et vise à renforcer les droits du conjoint survivant. Sans cette donation, le conjoint ne reçoit que le quart de la succession en pleine propriété (en présence d'enfants non communs). Avec elle, le conjoint survivant peut choisir entre trois formules plus avantageuses :
 
  • La totalité de la succession en usufruit (le droit d'utiliser les biens et d'en percevoir les revenus)
  • Le quart en pleine propriété et les trois quarts en usufruit
  • Une part en pleine propriété variable selon le nombre d'enfants (la moitié s'il y a un enfant, le tiers pour deux enfants, le quart pour trois enfants ou plus)
 
Option 1 Usufruit total
🏠
Le conjoint reçoit
100 % de la succession en usufruit
👥
Les enfants conservent
La nue-propriété intégrale
Option 2 Formule mixte
💶
Le conjoint reçoit
1/4 en pleine propriété + 3/4 en usufruit
⚖️
Avantage
Sécurité immédiate + revenus sur le reste
Option 3 Pleine propriété
💶
Le conjoint reçoit en pleine propriété
1/2 (1 enfant), 1/3 (2 enfants), 1/4 (3+)
⚠️
Conséquence
Liberté totale sur cette part (vente, donation)

Cette donation est réservée aux couples mariés. Les partenaires de PACS et les concubins ne peuvent pas en bénéficier. Elle est révocable à tout moment et automatiquement annulée en cas de divorce. Son coût chez le notaire est d'environ 135,84 € TTC.

Donner sa maison en gardant le droit d'y vivre : la donation avec usufruit

La donation avec réserve d'usufruit — parfois appelée « donation démembrée » — permet de transmettre un bien immobilier à ses enfants tout en continuant à y habiter ou à en percevoir les loyers. En langage courant, le donateur conserve le droit d'utiliser le bien et d'en tirer des revenus pendant toute sa vie. Les enfants deviennent propriétaires du bien (ils détiennent la « nue-propriété »), mais ne pourront en disposer pleinement qu'au décès du donateur.

L'avantage fiscal est considérable : les droits de donation ne sont calculés que sur la valeur de la nue-propriété, pas sur celle du bien entier. Cette valeur dépend de l'âge du donateur au moment de la donation, selon un barème fixé par l'article 669 du Code Général des Impôts (CGI).
 
Moins de 61 ans Donateur jeune
🏠
Part usufruit (conservée par le donateur)
50 %
📉
Part nue-propriété (base de calcul des droits)
50 %
61 à 70 ans Tranche intermédiaire
🏠
Part usufruit
40 %
📉
Part nue-propriété
60 %
71 à 80 ans Tranche courante
🏠
Part usufruit
30 %
📉
Part nue-propriété
70 %
81 à 90 ans Donateur âgé
🏠
Part usufruit
20 %
📉
Part nue-propriété
80 %

Exemple concret : un parent de 72 ans possède une maison évaluée à 300 000 €. S'il donne la nue-propriété à son enfant en gardant l'usufruit, la base de calcul des droits sera de 300 000 € × 70 % = 210 000 €. Après application de l'abattement de 100 000 €, seuls 110 000 € seront soumis aux droits de donation. Au décès du parent, l'enfant deviendra automatiquement plein propriétaire du bien, sans aucun droit supplémentaire à payer.

Pour utiliser le simulateur officiel du barème d'usufruit et de nue-propriété, rendez-vous sur service-public.gouv.fr.

Donner après 80 ans : ce qui change vraiment

Contrairement à une idée reçue, il est tout à fait possible de faire une donation après 80 ans. Les abattements classiques (100 000 € par enfant, 31 865 € par petit-enfant) restent applicables quel que soit l'âge du donateur.

En revanche, le passage des 80 ans fait perdre un avantage spécifique : le don familial de sommes d'argent exonéré (article 790 G du CGI). Ce dispositif, qui permet de donner 31 865 € supplémentaires sans droits, est réservé aux donateurs de moins de 80 ans. Au-delà de cet âge, cette exonération disparaît.

L'exonération temporaire pour l'achat d'une résidence principale ou des travaux de rénovation énergétique (100 000 € par donateur, jusqu'au 31 décembre 2026) n'impose pas non plus de condition d'âge au donateur.
 
  • Ce que l'on perd après 80 ans : l'exonération de 31 865 € du don familial de sommes d'argent.
  • Ce que l'on conserve : les abattements classiques (100 000 €, 31 865 €, etc.), la possibilité de donner en nue-propriété avec usufruit, et la donation-partage.

Le message est clair : plus on anticipe, plus on transmet dans de bonnes conditions. L'idéal est de commencer à donner avant 80 ans pour profiter de tous les dispositifs disponibles, puis de renouveler les abattements classiques après.

Les frais de notaire pour une donation : combien ça coûte

Les émoluments du notaire — c'est-à-dire ses honoraires réglementés — sont calculés sur la valeur du bien en pleine propriété, selon un barème national dégressif :
 
Tranche 1 0 à 6 500 €
📊
Taux des émoluments du notaire
4,931 %
Tranche 2 6 500 à 17 000 €
📊
Taux des émoluments du notaire
2,034 %
Tranche 3 17 000 à 60 000 €
📊
Taux des émoluments du notaire
1,356 %
Tranche 4 Plus de 60 000 €
📊
Taux des émoluments du notaire
1,017 %

Exemple : pour une donation immobilière d'un bien de 200 000 €, les émoluments du notaire s'élèvent à environ 2 400 € HT (soit environ 2 880 € TTC avec la TVA à 20 %).

Cas pratique : un couple de 72 ans avec 2 enfants

Jean et Marie, 72 ans, sont propriétaires d'une maison évaluée à 350 000 € et disposent d'une épargne de 200 000 €. Ils ont deux enfants, Sophie et Pierre, tous deux majeurs. Comment optimiser leur transmission ?
 
Étape 1 Don d'argent
💶
Don familial de sommes d'argent (< 80 ans)
31 865 € × 2 parents × 2 enfants = 127 460 €
Droits à payer
0 €
Étape 2 Donation-partage argent
💶
Abattement classique utilisé
100 000 € × 2 parents × 2 enfants = 400 000 €
📊
Montant effectivement donné (épargne restante)
72 540 € (dans l'abattement)
Droits à payer
0 €
Étape 3 Donation-partage maison (nue-propriété)
🏠
Valeur nue-propriété (72 ans → 70 %)
350 000 € × 70 % = 245 000 €
👥
Part transmise par chaque parent à chaque enfant
245 000 € ÷ 2 parents ÷ 2 enfants = 61 250 €
📉
Abattement restant par parent/enfant (100 000 € − 36 270 € utilisés à l'étape 2)
63 730 €
61 250 € < 63 730 € → entièrement couvert
Droits à payer : 0 €

Résultat total : en combinant les trois étapes, Jean et Marie transmettent 200 000 € d'épargne et la nue-propriété de leur maison de 350 000 € à leurs deux enfants, tout en continuant à habiter leur logement. Chaque relation parent/enfant (soit 4 relations au total : Jean→fils, Jean→fille, Marie→fils, Marie→fille) dispose de son propre abattement de 100 000 €. Les étapes 2 et 3 consomment respectivement 36 270 € puis 61 250 € par relation, soit 97 520 € sur les 100 000 € disponibles. La totalité de la transmission est couverte par les abattements. Droits de donation à payer : 0 €. C'est tout l'intérêt d'anticiper et de combiner les dispositifs avant 80 ans.

Pour affiner le calcul selon votre situation, consultez la page dédiée de service-public.gouv.fr.

Nouveauté 2026 : la déclaration en ligne obligatoire

Depuis le 1er janvier 2026, toutes les déclarations de dons manuels et de sommes d'argent doivent obligatoirement être effectuées en ligne. Cette obligation, prévue par le décret n° 2025-1082 du 17 novembre 2025, concerne le bénéficiaire du don (le donataire), qui doit se connecter à son espace personnel sur impots.gouv.fr, rubrique Déclarer > Déclarer un don ou une cession de droits sociaux.

Le paiement des droits éventuels se fait également en ligne, par carte bancaire ou prélèvement. La déclaration papier (formulaire 2735) n'est plus possible, sauf pour les personnes n'ayant pas accès à internet ou dans l'incapacité d'utiliser le service en ligne.

Rappel : la déclaration est obligatoire même si le don est inférieur aux abattements et qu'aucun droit n'est dû. En 2024, moins de 1,7 % des déclarations de dons en ligne ont donné lieu au paiement de droits, ce qui montre que la grande majorité des familles restent dans les plafonds d'exonération.

Pour toute question sur la donation au dernier vivant, consultez la fiche pratique de service-public.gouv.fr.

 
Sources :
- Service-public.gouv.fr, fiches Droits de donation et Donation au dernier vivant, vérifiées le 15 janvier 2026
- Impots.gouv.fr, rubriques Dons exonérés et Calcul et paiement des droits, mises à jour novembre 2025
- Légifrance, articles 669, 779, 784, 790 B et 790 G du Code Général des Impôts
- Décret n° 2025-1082 du 17 novembre 2025 relatif à la télédéclaration des dons manuels
- Ministère de la Transition écologique, communiqué sur les exonérations donation pour l'immobilier, 2025




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