Nutrition

Démence : manger du fromage gras réduirait le risque de 16%, selon une étude

Par | Publié le 15/01/2026 à 10:48

Une vaste étude suédoise publiée en décembre 2025 dans la revue Neurology bouleverse les idées reçues : consommer régulièrement des fromages riches en matières grasses (plus de 20%) serait associé à une réduction significative du risque de démence. Les chercheurs de l'Université de Lund ont suivi près de 28 000 adultes pendant un quart de siècle et observent une baisse de 16% du risque chez les consommateurs quotidiens de fromage gras et de crème entière.

Un couple de seniors partage un plateau de fromages © SeniorActu
Un couple de seniors partage un plateau de fromages © SeniorActu

Une étude conduite pendant 25 ans qui change la donne

L'étude publiée le 17 décembre 2025 dans la prestigieuse revue scientifique Neurology a de quoi surprendre. Menée par une équipe de l'Université de Lund en Suède dirigée par la nutritionniste Emily Sonestedt, elle a suivi 27 670 adultes sur une période moyenne de 25 ans. Au terme de ce suivi exceptionnel, 3 208 participants ont développé une démence, permettant aux chercheurs d'établir des corrélations robustes entre habitudes alimentaires et santé cognitive.

Les résultats défient le discours dominant sur les matières grasses. « Durant des décennies, le débat entre régimes riches et pauvres en matières grasses a influencé les recommandations de santé, allant jusqu'à classer le fromage parmi les aliments à consommer avec modération », explique Emily Sonestedt. « Notre étude révèle cependant que certains produits laitiers riches en matières grasses pourraient en réalité réduire le risque de démence. »

Concrètement, les personnes consommant au moins 50 grammes par jour de fromage riche en matières grasses (soit l'équivalent de deux tranches de cheddar ou d'une belle portion de brie) présentent un risque de démence inférieur de 13% par rapport à celles qui en consomment moins de 15 grammes. Pour la crème entière, 20 grammes quotidiens (environ 1,4 cuillère à soupe) sont associés à une réduction du risque de 16%.

Tous les fromages ne se valent pas

L'effet protecteur observé concerne exclusivement les fromages contenant plus de 20% de matières grasses. Cette catégorie regroupe la majorité des fromages traditionnels : camembert, brie, cheddar, gouda, comté, reblochon, emmental, gruyère, roquefort ou encore raclette.

En revanche, les fromages allégés, le lait (qu'il soit entier ou écrémé), le beurre et les produits laitiers fermentés comme le yaourt ou le kéfir n'ont montré aucun effet protecteur similaire. « Même si les fromages plus gras et la crème étaient associés à une diminution du risque de démence, les autres produits laitiers et les alternatives allégées n'ont pas montré le même effet », précise Emily Sonestedt. « Tous les produits laitiers ne se valent donc pas en matière de santé cérébrale. »

Cette distinction est capitale : pendant des années, beaucoup de seniors ont privilégié les fromages allégés en pensant protéger leur santé. Ces travaux suggèrent que cette stratégie pourrait les priver d'un potentiel effet protecteur sur le cerveau. Les chercheurs émettent plusieurs hypothèses pour expliquer ce phénomène : vitamines A, D et K2, vitamine B12, iode, zinc et sélénium présents naturellement dans les fromages gras joueraient tous un rôle dans la préservation des fonctions cognitives.

Des résultats encore plus marqués pour la démence vasculaire

Lorsque les chercheurs ont analysé les résultats par type de démence, les chiffres deviennent encore plus impressionnants. Pour la démence vasculaire, causée par des problèmes de circulation sanguine cérébrale, la consommation régulière de fromage gras est associée à une réduction du risque de 29%. C'est considérable, sachant que cette forme de démence représente environ 20% des cas.

Concernant la maladie d'Alzheimer spécifiquement, les résultats sont plus nuancés mais prometteurs. L'effet protecteur a été observé uniquement chez les personnes ne portant pas la variante génétique APOE ε4, un facteur de risque génétique connu de la maladie. Environ 25% de la population porte ce gène. Pour les autres, l'étude suggère qu'une consommation régulière de fromage gras pourrait contribuer à réduire le risque.

Il est important de souligner que cette étude établit une association, pas un lien de causalité direct. D'autres facteurs pourraient jouer un rôle : mode de vie global des consommateurs de fromage, qualité de l'alimentation générale, activité physique. Néanmoins, sur un échantillon aussi large et une durée aussi longue, les résultats méritent d'être pris au sérieux.

Ce qu'il faut retenir et les précautions à prendre

Ces résultats ne signifient pas qu'il faut se ruer sur les fromages gras sans discernement. Le fromage reste un aliment calorique et riche en graisses saturées, dont l'excès peut favoriser les maladies cardiovasculaires. L'équilibre est la clé.

Les experts recommandent une consommation modérée : 30 à 50 grammes par repas, dans le cadre d'une alimentation variée et équilibrée, riche en végétaux. Pour les personnes présentant des facteurs de risque cardiovasculaires importants (cholestérol très élevé, diabète mal équilibré, obésité marquée), il reste prudent de consulter un professionnel de santé avant d'augmenter sa consommation.

L'idéal reste d'intégrer le fromage comme un plaisir gustatif plutôt que comme base de l'alimentation quotidienne. Vous pouvez consulter les recommandations nutritionnelles officielles de Santé Publique France. Les scientifiques insistent aussi sur l'importance d'autres facteurs : activité physique régulière, maintien des liens sociaux, arrêt du tabac et consommation d'alcool modérée restent les piliers essentiels de la prévention des démences.

Cette étude ouvre néanmoins une piste prometteuse et devra être confirmée par d'autres travaux, notamment en France où les habitudes de consommation de fromage sont similaires à celles de la Suède. Les auteurs appellent à des recherches complémentaires pour comprendre précisément quels composants du fromage gras pourraient exercer cet effet protecteur sur le cerveau.

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Sources :
- Étude « High- and Low-Fat Dairy Consumption and Long-Term Risk of Dementia », Neurology, Université de Lund (Suède), 17 décembre 2025
American Academy of Neurology, communiqué de presse, 21 décembre 2025
Santé Publique France, janvier 2026



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