Droits et aides sociales

Curatelle, tutelle ou habilitation familiale : protéger un proche en 2026

Par | Publié le 11/02/2026 à 12:58 | mis à jour le 18/02/2026 à 08:47

Plus de 800 000 personnes majeures sont aujourd'hui placées sous une mesure de protection juridique en France. Un guide complet pour comprendre chaque dispositif, les démarches à effectuer et les droits de la personne protégée.


Famille reçue par le juge des tutelles au tribunal judiciaire pour une demande de mise sous protection d'un proche © SeniorActu
Famille reçue par le juge des tutelles au tribunal judiciaire pour une demande de mise sous protection d'un proche © SeniorActu

Quelles situations déclenchent une demande de protection ?

Dans la plupart des cas, c'est un événement concret qui alerte la famille : des factures impayées qui s'accumulent, des achats inconsidérés, une vulnérabilité croissante face aux démarcheurs ou aux arnaques, une incapacité à comprendre les courriers administratifs, des signes de confusion lors des rendez-vous bancaires.

La maladie d'Alzheimer et les maladies neurodégénératives sont les causes les plus fréquentes d'une mise sous protection chez les personnes âgées. Mais un accident vasculaire cérébral, un traumatisme crânien ou un handicap psychique peuvent aussi justifier une mesure, à tout âge.

Le critère légal est précis : il faut une altération des facultés mentales ou corporelles, médicalement constatée, empêchant la personne de pourvoir seule à ses intérêts (article 425 du Code civil). Il ne suffit pas d'être âgé ou fragile. La mesure doit être proportionnée au besoin réel de protection.

Quelle différence entre tutelle et curatelle ?

Le choix entre sauvegarde de justice, curatelle, tutelle ou habilitation familiale dépend du degré d'altération des facultés de la personne à protéger. Plus la perte d'autonomie est importante, plus la mesure sera protectrice — mais aussi plus contraignante.

La sauvegarde de justice est la mesure la plus légère. Provisoire, elle dure un an maximum (renouvelable une fois). La personne conserve tous ses droits, mais un mandataire spécial peut être désigné pour accomplir certains actes précis, comme la vente d'un bien ou un placement bancaire. Elle est souvent prononcée en urgence, le temps d'instruire un dossier de curatelle ou de tutelle.

La curatelle est une mesure d'assistance. La personne protégée garde son autonomie pour les actes courants, mais doit être accompagnée pour les actes importants qui engagent son patrimoine (ce que les juristes appellent les « actes de disposition » : vente, emprunt, donation).

La tutelle est une mesure de représentation. Le tuteur agit au nom de la personne protégée pour l'ensemble des actes de la vie civile. C'est la mesure la plus contraignante.

L'habilitation familiale, quant à elle, est une alternative non judiciaire au quotidien : une fois le proche habilité par le juge, celui-ci n'intervient plus — sauf difficulté.

Curatelle simple ou curatelle renforcée : que peut encore faire la personne protégée ?

Il existe trois types de curatelle, qui s'adaptent au degré d'autonomie de la personne.

La curatelle simple s'adresse aux personnes qui restent autonomes au quotidien. La personne protégée gère elle-même ses revenus, ses achats courants, ses contrats de la vie quotidienne. Elle signe un bail, se marie, vote, choisit son médecin sans intervention du curateur. En revanche, elle doit être assistée par son curateur — qui cosigne — pour les actes qui engagent son patrimoine : vente d'un bien immobilier, souscription d'un emprunt, donation.

La curatelle renforcée va plus loin. Le curateur perçoit les revenus de la personne protégée, règle ses dépenses courantes et lui reverse le solde. Il gère le budget au quotidien. La personne conserve ses droits personnels (choix du lieu de résidence, relations avec les tiers, vote, mariage). Pour les actes les plus importants — vente d'un logement, placement de fonds, modification de comptes bancaires — l'accord du juge des contentieux de la protection (anciennement « juge des tutelles ») reste nécessaire. Le curateur doit rendre chaque année un compte de gestion au tribunal. C'est la forme de curatelle la plus fréquente.

La curatelle aménagée est une variante personnalisée. Le juge définit au cas par cas les actes que la personne peut faire seule et ceux qui nécessitent l'assistance du curateur, en fonction de sa situation réelle.
 
Simple Curatelle simple
💶
Gestion de l'argent
La personne gère seule ses revenus et dépenses
⚖️
Actes nécessitant le curateur
Vente, emprunt, donation (cosignature)
📊
Compte de gestion annuel
Non exigé
Renforcée Curatelle renforcée
💶
Gestion de l'argent
Le curateur perçoit les revenus, règle les dépenses, reverse le solde
⚖️
Actes nécessitant le juge
Vente du logement, placement de fonds, modification de comptes
📊
Compte de gestion annuel
Obligatoire (vérifié par le tribunal)
Sur mesure Curatelle aménagée
💶
Gestion de l'argent
Définie au cas par cas par le juge
⚖️
Actes avec/sans curateur
Liste personnalisée selon la situation réelle
📊
Compte de gestion annuel
Selon décision du juge

La tutelle : quand et pourquoi cette mesure s'impose

La tutelle concerne les personnes qui ne sont plus en capacité de prendre seules les décisions de la vie courante. Le tuteur représente la personne protégée dans tous les actes civils : gestion des comptes, décisions patrimoniales, démarches administratives.

Les actes les plus graves — vente du logement, donation, emprunt — nécessitent l'autorisation préalable du juge. Le tuteur doit dresser un inventaire du patrimoine à sa prise de fonction, puis rendre un compte de gestion annuel soumis à vérification.

Le majeur en tutelle conserve néanmoins des droits importants : il vote librement, peut se marier (le tuteur doit simplement être informé) et garde ses droits personnels fondamentaux. Le juge peut aussi énumérer certains actes que la personne pourra faire seule ou avec l'assistance du tuteur.

L'habilitation familiale : la solution méconnue, plus rapide et plus souple

Créée par l'ordonnance du 15 octobre 2015 et entrée en vigueur le 1er janvier 2016, l'habilitation familiale est une alternative plus souple à la tutelle et à la curatelle. Elle permet à un proche — descendant, ascendant, frère, sœur, conjoint, partenaire de Pacte Civil de Solidarité (PACS) ou concubin — d'être habilité par le juge à représenter ou assister la personne vulnérable.

Sa particularité : une fois le proche désigné, le juge n'intervient plus au quotidien. Pas d'inventaire obligatoire, pas de compte de gestion annuel à déposer. La mesure repose sur la confiance faite à la famille.

En 2023, l'habilitation familiale est devenue la mesure la plus prononcée en France, avec 39 000 ouvertures dans l'année, devant la curatelle et la tutelle.

Elle ne peut toutefois être mise en place que si l'ensemble des membres de la famille est d'accord — ou, à défaut, ne s'y oppose pas. En cas de conflit familial, le juge orientera vers une curatelle ou une tutelle classique. L'habilitation peut être limitée (pour un ou plusieurs actes précis) ou générale (pour l'ensemble des actes patrimoniaux et personnels). La personne habilitée exerce sa mission à titre gratuit.

Tableau comparatif des mesures de protection

Légère Sauvegarde de justice
⏱️
Durée maximale
1 an (renouvelable 1 fois)
⚖️
Droits conservés
Tous les droits maintenus
👤
Qui décide
La personne (+ mandataire spécial si besoin)
Assistance Curatelle simple
⏱️
Durée maximale
5 ans (renouvelable)
⚖️
Droits conservés
Gestion courante, vote, mariage, bail
👤
Droits retirés
Vente, emprunt, donation (accord curateur)
Renforcée Curatelle renforcée
⏱️
Durée maximale
5 ans (renouvelable)
⚖️
Droits conservés
Vote, mariage, choix résidence
💶
Gestion argent
Curateur gère revenus et dépenses
Représentation Tutelle
⏱️
Durée maximale
5 ans (renouvelable, jusqu'à 20 ans)
⚖️
Droits conservés
Vote, mariage (info tuteur), droits personnels
👤
Qui décide
Tuteur pour tous les actes civils
Familiale Habilitation familiale
⏱️
Durée maximale
10 ans (renouvelable)
⚖️
Contrôle du juge
Aucun contrôle courant (confiance familiale)
☑️
Condition
Accord familial obligatoire

Qui peut demander une mise sous tutelle ou curatelle ?

La demande de mise sous curatelle ou mise sous tutelle peut être faite par plusieurs personnes :
 
  • La personne elle-même
  • Son conjoint, partenaire de PACS ou concubin
  • Un membre de sa famille (enfant, parent, frère, sœur)
  • Une personne entretenant des liens étroits et stables avec elle
  • Le procureur de la République (qui peut être alerté par un médecin, un directeur d'établissement ou un travailleur social)
 
Le médecin traitant ne peut pas saisir directement le juge. En revanche, il peut signaler la situation au procureur, qui décidera de l'opportunité de déposer une demande.

Pour l'habilitation familiale, seuls les proches au sens strict peuvent déposer la demande : descendant, ascendant, frère, sœur, conjoint, partenaire de PACS ou concubin.

La procédure pas à pas : du certificat médical au jugement

La procédure est la même pour une demande de tutelle, de curatelle ou d'habilitation familiale. Elle se déroule en quatre étapes.
 
Étape 1 Certificat médical
🩺
Document obligatoire
Certificat médical circonstancié
👤
Rédigé par
Médecin inscrit sur la liste du procureur
💶
Coût
192 € (160 € HT) — à la charge de la personne à protéger
Étape 2 Dépôt de la demande
📄
Formulaire
Cerfa n°15891
📍
Où déposer
Greffe du juge des contentieux de la protection (tribunal judiciaire du lieu de résidence)
📝
Pièces à joindre
Certificat médical + pièce d'identité + acte de naissance (- de 3 mois) + description des faits
Étape 3 Audition par le juge
⚖️
Qui est entendu
La personne à protéger + le demandeur (+ proches si nécessaire)
ℹ️
Le juge peut aussi
Ordonner une enquête sociale, consulter le médecin traitant
Étape 4 Décision du juge
⚖️
Le juge choisit
Sauvegarde de justice, curatelle, tutelle ou habilitation familiale
👤
Personne désignée
Proche (prioritaire) ou MJPM professionnel
⏱️
Délai moyen
Plusieurs mois entre le dépôt et la décision

Pour l'habilitation familiale, la demande doit aussi comporter les lettres des membres de la famille indiquant qu'ils acceptent la désignation de la personne habilitée, ainsi qu'un justificatif du lien de parenté. Le site justice.fr met à disposition l'ensemble des formulaires.
Si la personne protégée ou tout demandeur conteste la décision, un recours en appel peut être déposé dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement. L'appel est porté devant la cour d'appel du ressort du tribunal qui a rendu la décision.

Où va l'argent d'une personne sous tutelle ?

C'est une question fréquente, et légitime. L'argent reste la propriété de la personne protégée. Le tuteur, le curateur ou la personne habilitée n'a aucun droit personnel sur ces fonds.

En tutelle et en curatelle renforcée, c'est le tuteur ou le curateur qui gère les comptes et les revenus. Les fonds sont versés sur un compte ouvert au nom de la personne protégée. Le tuteur ou le curateur établit un compte de gestion annuel, vérifié par le tribunal. Le juge des contentieux de la protection et le procureur de la République exercent une surveillance générale.

Depuis le décret du 2 juillet 2024, le juge peut confier la vérification des comptes de gestion à un professionnel qualifié externe (commissaire de justice, notaire ou expert-comptable), inscrit sur une liste établie par le procureur de la République. Ce contrôle renforcé vise à mieux prévenir les abus de gestion.

Les proches peuvent demander la désignation d'un subrogé tuteur ou subrogé curateur (une personne chargée de surveiller la gestion du tuteur ou du curateur au quotidien) et signaler tout abus au juge à tout moment, par simple courrier.

En habilitation familiale, la personne habilitée gère les comptes sans rendre de compte annuel au juge. Elle doit cependant pouvoir justifier de sa gestion à tout moment si le juge l'exige.

En curatelle simple, la personne protégée gère elle-même ses revenus et ses dépenses courantes. Le curateur n'intervient que pour les actes patrimoniaux importants.

Combien coûte une mise sous tutelle ou curatelle ?

La procédure judiciaire de mise en place d'une tutelle ou d'une curatelle est gratuite. Seul le certificat médical circonstancié est payant (192 €).

Si la mesure est exercée par un membre de la famille, elle est gratuite. Le juge peut exceptionnellement accorder une indemnité au tuteur familial pour le rembourser de frais liés à sa mission (courriers, déplacements, photocopies).

Si un MJPM professionnel est désigné, la personne protégée doit participer au financement de la mesure en fonction de ses revenus. Les personnes dont les ressources sont inférieures ou égales au montant de l'Allocation aux Adultes Handicapés (AAH) ne paient rien — le coût est pris en charge par des fonds publics. Pour les autres, une participation mensuelle est prélevée selon un barème officiel qui prend en compte la nature de la mesure, le lieu de vie et le niveau de ressources.

L'habilitation familiale suit le même principe : la personne habilitée exerce sa mission gratuitement.

Durée, renouvellement et fin de la mesure

La durée d'une mesure de tutelle ou de curatelle est fixée par le juge, pour cinq ans maximum. Elle peut être renouvelée. Si l'état de la personne ne laisse pas espérer d'amélioration, le juge peut renouveler la mesure pour une durée plus longue, sans dépasser vingt ans.

L'habilitation familiale peut être prononcée pour dix ans maximum, renouvelables. Le renouvellement nécessite un nouveau certificat médical circonstancié.

La mesure prend fin automatiquement dans plusieurs cas : au décès de la personne protégée, à l'expiration du délai fixé (sans renouvellement), ou par mainlevée du juge si l'état de la personne s'améliore. Le juge peut aussi modifier la mesure — passer d'une tutelle à une curatelle, ou inversement — en fonction de l'évolution de la situation.

Les droits fondamentaux de la personne protégée

Une mesure de protection ne supprime pas les droits fondamentaux de la personne. Le majeur sous tutelle conserve son droit de vote. Il conserve le droit de choisir son lieu de résidence, dans la mesure du possible. Il peut maintenir ses relations avec ses proches. Il conserve ses droits à la dignité, au respect de sa vie privée et de son intégrité physique.

Le tuteur ou le curateur doit toujours rechercher le consentement de la personne protégée et l'informer des décisions prises en son nom. La loi du 5 mars 2007, qui a profondément réformé le régime de protection des majeurs, a placé le respect de l'autonomie et de la volonté de la personne au cœur du dispositif.

Un point mérite attention : Environ 61 % des mesures ouvertes pour les personnes de plus de 85 ans sont confiées à un membre de la famille. C'est la tutelle familiale, privilégiée par la loi car le proche connaît les habitudes et les besoins de la personne protégée. Quand la complexité du patrimoine le justifie, ou quand la famille est en conflit, le juge fait appel à un professionnel agréé. L'habilitation familiale, à l'inverse, repose entièrement sur la confiance faite aux proches.

Questions fréquentes sur la curatelle et la tutelle

👉 Peut-on refuser une mise sous curatelle ou sous tutelle ?

La personne concernée peut s'opposer à la demande. Le juge est tenu de l'entendre avant toute décision, sauf si le certificat médical indique que l'audition risque de nuire à sa santé. L'entourage peut également contester la mesure. Si le juge prononce malgré tout la curatelle ou la tutelle, un recours en appel peut être formé dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement, par la personne protégée ou par toute personne habilitée à demander la mesure.


👉 Comment faire lever une curatelle ou une tutelle ?

Toute personne habilitée à demander l'ouverture de la mesure peut saisir le juge des contentieux de la protection pour en demander la mainlevée. La demande doit être accompagnée d'un nouveau certificat médical circonstancié attestant que l'altération des facultés a suffisamment diminué. Le juge peut alors mettre fin à la mesure, l'alléger (passer d'une tutelle à une curatelle, par exemple) ou la maintenir.


👉 Peut-on vendre un bien immobilier quand on est sous curatelle ?

En curatelle simple, la vente nécessite la cosignature du curateur. En curatelle renforcée, l'accord du juge est également requis pour la vente du logement principal. En tutelle, toute vente immobilière doit être autorisée par le juge. Dans tous les cas, la vente du logement principal de la personne protégée fait l'objet d'une protection renforcée.


👉 Le majeur sous curatelle ou sous tutelle peut-il se marier ?

Oui. Depuis la loi du 23 mars 2019, le majeur protégé peut se marier librement, quelle que soit la mesure. En tutelle, le tuteur doit simplement être informé du projet de mariage. Il ne peut pas s'y opposer. Le majeur protégé peut aussi conclure un PACS dans les mêmes conditions.


👉 Qu'est-ce que le mandat de protection future ?

C'est un dispositif qui permet d'anticiper sa propre protection. Toute personne majeure peut désigner à l'avance une ou plusieurs personnes de confiance pour gérer ses affaires le jour où elle ne sera plus en mesure de le faire. Le mandat peut être rédigé sous seing privé (formulaire Cerfa n°13592, limité aux actes de gestion courante) ou devant notaire (pouvoirs plus étendus, incluant les actes de disposition). Il ne prend effet qu'au moment où un médecin agréé constate l'altération des facultés. C'est l'alternative la plus souple : elle évite la procédure judiciaire de curatelle ou de tutelle.


👉 Qu'est-ce qui a changé depuis le décret du 2 juillet 2024 ?

Le décret n° 2024-659 du 2 juillet 2024 a renforcé le contrôle des comptes de gestion en tutelle et en curatelle renforcée. Le juge peut désormais désigner un professionnel qualifié — commissaire de justice, expert-comptable ou notaire — inscrit sur une liste du procureur, pour vérifier les comptes annuels. Ce contrôle externe vient s'ajouter à la surveillance exercée par le subrogé tuteur ou curateur. Les personnes protégées dont les ressources sont inférieures ou égales au montant du RSA (Revenu de Solidarité Active) sont exonérées du coût de ce contrôle.

 
Sources :
- Service-public.gouv.fr, fiches Curatelle (F2094), Habilitation familiale (F33367), Coût tutelle/curatelle (F3165), consultées en février 2026
- Justice.fr, fiches Tutelle et curatelle, Habilitation familiale, consultées en février 2026
- Ministère de la Justice, Infostat Justice n°197, « Près d'une personne sur dix bénéficie d'une mesure de protection juridique après 90 ans », septembre 2024
- Legifrance, Code civil, articles 425 à 494-11




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