Ce que la conférence sur les retraites a rendu public hier
Ce document de 184 pages est signé par les trois garants de la conférence, Jean-Denis Combrexelle, Pierre Ferracci et Anne-Marie Couderc, et le ministère du Travail l'a publié mercredi 16 septembre. Remis au Premier ministre, il clôt des travaux menés de décembre 2025 à l'été 2026. Nous l'avons lu, et il ne tranche rien : fixer le niveau des paramètres relève, selon ses auteurs, d'un choix politique hors de leur mission.
Mais un texte qui ne décide rien peut quand même déplacer le débat sur votre retraite. Sur l'âge de départ, point le plus dur selon le document, les garants avancent une piste qui a aussitôt fait réagir. Avant même la publication, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, affirmait que la notion d'âge d'équilibre ne figurait pas dans les discussions de la conférence. Le texte sera présenté vendredi aux syndicats et au patronat.
Mais un texte qui ne décide rien peut quand même déplacer le débat sur votre retraite. Sur l'âge de départ, point le plus dur selon le document, les garants avancent une piste qui a aussitôt fait réagir. Avant même la publication, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, affirmait que la notion d'âge d'équilibre ne figurait pas dans les discussions de la conférence. Le texte sera présenté vendredi aux syndicats et au patronat.
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L'âge d'équilibre, nouveau repère de votre départ
Dans le système actuel, trois repères gouvernent votre retraite : deux âges et une durée. Vous connaissez les vôtres ? L'âge légal, fixé à 62 ans et 9 mois pour les personnes nées entre 1963 et mars 1965, ouvre le droit de partir. La durée d'assurance, 170 trimestres pour ces générations, décide du taux plein. À 67 ans, enfin, la décote disparaît quoi qu'il arrive. Selon une étude de la Drees citée par les garants, seuls 45 % des nouveaux retraités interrogés déclarent savoir ce qu'est la décote.
Le document final propose de remplacer l'âge du taux plein par un repère unique, baptisé « âge d'équilibre ». L'âge légal resterait le plancher, en dessous duquel personne ne peut partir. Au-dessus, une décote s'appliquerait pour chaque année d'avance sur l'âge d'équilibre, et une surcote récompenserait chaque année travaillée au-delà. La durée de cotisation subsisterait pour proratiser votre pension, sans plus décider seule de son niveau.
Ce nouveau repère ne vous fermerait pas la porte avant l'heure : partir plus tôt resterait possible, écrivent les garants, à condition d'accepter une décote « significative et, en réalité, dissuasive ». Ni l'âge d'équilibre ni le taux de cette décote ne sont chiffrés. Les auteurs renvoient ce choix au pouvoir politique, faute d'unanimité syndicale et patronale.
Le document final propose de remplacer l'âge du taux plein par un repère unique, baptisé « âge d'équilibre ». L'âge légal resterait le plancher, en dessous duquel personne ne peut partir. Au-dessus, une décote s'appliquerait pour chaque année d'avance sur l'âge d'équilibre, et une surcote récompenserait chaque année travaillée au-delà. La durée de cotisation subsisterait pour proratiser votre pension, sans plus décider seule de son niveau.
Ce nouveau repère ne vous fermerait pas la porte avant l'heure : partir plus tôt resterait possible, écrivent les garants, à condition d'accepter une décote « significative et, en réalité, dissuasive ». Ni l'âge d'équilibre ni le taux de cette décote ne sont chiffrés. Les auteurs renvoient ce choix au pouvoir politique, faute d'unanimité syndicale et patronale.
Ce que vous coûtent déjà quatre trimestres manquants
Pour mesurer ce que « dissuasive » voudrait dire, partons des règles en vigueur. D'après Service Public, votre taux de pension au régime général est de 50 % si vous avez tous vos trimestres. Il perd 0,625 point par trimestre manquant, dans la limite de vingt trimestres. Avec quatre trimestres manquants, soit une année de cotisation, ce taux tombe à 47,5 %.
Le calcul est le nôtre : cette baisse de 2,5 points représente 5 % de pension en moins, à vie. Sur la pension de 1 600 euros brut par mois que Service Public prend en exemple, l'addition atteint 80 euros par mois, soit 960 euros par an. C'est un minimum, puisque les trimestres manquants réduisent aussi la part de carrière retenue dans le calcul.
Or cette décote retient de moins en moins les candidats au départ. Le document final relève que la part des nouveaux retraités du régime général partis avec une décote est passée de 8 % en 2015 à 14 % en 2025, les femmes étant plus nombreuses à accepter une forte décote. Relever le taux de la décote figure parmi les réponses évoquées par les garants face à cette préférence pour un départ précoce.
Je l'avoue, c'est là que le texte devient inconfortable. Car une décote plus lourde frappe d'abord ceux qui partent tôt faute de pouvoir continuer, et les garants en ont conscience : sans plancher d'âge, écrivent-ils, les travailleurs aux carrières hachées seraient doublement pénalisés. Voilà pourquoi ils refusent de supprimer l'âge légal, tout en proposant de rendre plus coûteux un départ avant le nouveau repère.
Le calcul est le nôtre : cette baisse de 2,5 points représente 5 % de pension en moins, à vie. Sur la pension de 1 600 euros brut par mois que Service Public prend en exemple, l'addition atteint 80 euros par mois, soit 960 euros par an. C'est un minimum, puisque les trimestres manquants réduisent aussi la part de carrière retenue dans le calcul.
Or cette décote retient de moins en moins les candidats au départ. Le document final relève que la part des nouveaux retraités du régime général partis avec une décote est passée de 8 % en 2015 à 14 % en 2025, les femmes étant plus nombreuses à accepter une forte décote. Relever le taux de la décote figure parmi les réponses évoquées par les garants face à cette préférence pour un départ précoce.
Je l'avoue, c'est là que le texte devient inconfortable. Car une décote plus lourde frappe d'abord ceux qui partent tôt faute de pouvoir continuer, et les garants en ont conscience : sans plancher d'âge, écrivent-ils, les travailleurs aux carrières hachées seraient doublement pénalisés. Voilà pourquoi ils refusent de supprimer l'âge légal, tout en proposant de rendre plus coûteux un départ avant le nouveau repère.
Carrières longues : votre porte de sortie revue
Si vous avez commencé à travailler jeune, ce chapitre du rapport vous concerne directement. Le dispositif carrières longues ne remplit plus, selon les garants, les objectifs sociaux qui l'avaient justifié : ses bénéficiaires touchent plutôt des pensions supérieures à la moyenne, et les ouvriers et employés non qualifiés ne représentent que 8 % et 13 % de ces départs. Pour la génération 1953, un retraité sur cinq, tous régimes confondus, y avait eu recours.
Le document note donc la volonté de certaines organisations de revoir l'accès à ce dispositif, en rebattant ensemble l'âge de début de carrière, l'âge de départ et la durée de carrière exigée. Côté pénibilité, les garants veulent mieux séparer la prévention, qui éloigne les salariés des postes usants, de la réparation, qui ouvre un départ anticipé. Selon la Cour des comptes, citée dans le texte, 9 700 assurés ont utilisé leur compte pénibilité en 2025 pour partir plus tôt.
Le document note donc la volonté de certaines organisations de revoir l'accès à ce dispositif, en rebattant ensemble l'âge de début de carrière, l'âge de départ et la durée de carrière exigée. Côté pénibilité, les garants veulent mieux séparer la prévention, qui éloigne les salariés des postes usants, de la réparation, qui ouvre un départ anticipé. Selon la Cour des comptes, citée dans le texte, 9 700 assurés ont utilisé leur compte pénibilité en 2025 pour partir plus tôt.
Capitalisation, la piste qui divise les syndicats
La seconde piste qui divise vient de la CPME, qui propose d'ajouter à la répartition une part de capitalisation, une « épargne retraite pour tous ». La CGT, Force ouvrière, la FSU et Solidaires y voient une atteinte au système actuel. En revanche, d'autres syndicats se montrent plus ouverts tant que la répartition reste le socle. Ses opposants relèvent un paradoxe, repris par le rapport : pour financer cet étage, les employeurs envisagent une cotisation obligatoire.
Votre relevé de carrière, à vérifier dès maintenant
Pour votre dossier, rien ne bouge à court terme. La réforme de 2023 est suspendue jusqu'au 1er janvier 2028 par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, et le document final n'a aucune valeur de loi. Il se veut un matériau pour la présidentielle de 2027 et pour le dialogue entre syndicats et patronat. Vous trouverez la synthèse et le texte intégral sur la page que le ministère du Travail consacre à la conférence.
Nous avons intérêt, d'ici là, à connaître nos trois repères. Votre relevé de carrière, sur le site Info Retraite, indique combien de trimestres vous avez déjà validés, et dès 55 ans vous pouvez y signaler une période manquante. Le service Mon estimation retraite du même site affiche votre pension à différents âges de départ. Qui peut dire, à ce stade, quel âge servira de référence à votre décote après 2027 ?
Ce qui est acquis, c'est qu'un trimestre retrouvé dès maintenant compte dans votre durée d'assurance, et que cette durée resterait, selon les garants eux-mêmes, l'un des paramètres de votre pension.
Nous avons intérêt, d'ici là, à connaître nos trois repères. Votre relevé de carrière, sur le site Info Retraite, indique combien de trimestres vous avez déjà validés, et dès 55 ans vous pouvez y signaler une période manquante. Le service Mon estimation retraite du même site affiche votre pension à différents âges de départ. Qui peut dire, à ce stade, quel âge servira de référence à votre décote après 2027 ?
Ce qui est acquis, c'est qu'un trimestre retrouvé dès maintenant compte dans votre durée d'assurance, et que cette durée resterait, selon les garants eux-mêmes, l'un des paramètres de votre pension.



