- La mortalité par chute chez les 65 ans et plus a augmenté de 18 % entre 2019 et 2024 — alors que l'État avait promis une baisse de 20 %
- Après 85 ans, le risque de décéder d'une chute est 29 fois plus élevé qu'entre 65 et 74 ans
- Un geste de prévention réduit le risque de 23 %, mais la plupart des personnes concernées ne le pratiquent pas
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Santé
Chutes des seniors : l'État promettait 20 % de morts en moins, le bilan révèle une hausse de 18 %Trois mille morts sur les routes en 2024 — et vingt mille par chute chez les plus de 65 ans. Le rapport de Santé publique France, publié le 12 mars, expose un paradoxe que personne n'attendait à ce niveau. Le plan de l'État devait tout changer. Les chiffres disent le contraire.
Par Fabrice Crozier | Publié le 03/04/2026 à 08:51Près de sept fois plus de morts que sur la route
Le plan antichute promettait -20 % de décès. Le résultat, publié par Santé publique France le 12 mars 2026, affiche lui +18 %. En 2024, 20 148 personnes de 65 ans et plus sont ainsi décédées des suites d'une chute, contre environ 16 000 en 2019. Oui, vous avez bien lu : plus de quatre mille morts supplémentaires en cinq ans !
Et ce n'est pas un simple effet du vieillissement démographique. Car si le taux de mortalité rapporté à la population des 65 ans et plus a lui aussi grimpé de 18 %, la probabilité de mourir d'une chute, à âge égal, est bien plus élevée aujourd'hui qu'il y a cinq ans. La comparaison avec la route donne d'ailleurs le vertige : il y a eu un peu plus de 3 000 tués sur les routes en 2024, selon l'Observatoire national de la sécurité routière. Les chutes tuent donc près de sept fois plus — dans un silence médiatique presque total. Pourquoi le plan de l'État a échoué
En février 2022, le gouvernement lançait pourtant le plan antichute des personnes âgées (dit plan PAPA), piloté par le ministère des Solidarités. Un objectif ambitieux avait été alors affiché : réduire de 20 % en trois ans les chutes mortelles ou invalidantes chez les 65 ans et plus. Avec cinq axes : repérage, logement, aides techniques, activité physique et téléassistance. Le tout assorti d'un calendrier clair : le gouvernement voulait que les résultats soient au rendez-vous pour la fin 2024, au plus tard.
Or, les données de Santé publique France couvrent précisément cette période et le constat est brutal : non seulement la mortalité n'a pas reculé, mais pire : elle a bondi ! Face à ce constat terrible, l'agence sanitaire avance une hypothèse — le Covid. La pandémie aurait accéléré la sédentarité des plus âgés, affaibli leur masse musculaire et aggravé leur isolement. Les restrictions de 2020-2021 auraient fait perdre à des millions de retraités le réflexe de bouger. Et ces effets se payeraient maintenant, chaque année un peu plus. Santé publique France reconnaît toutefois que ses données ne permettent pas encore de mesurer l'impact réel du plan PAPA — les actions de terrain ayant mis du temps à se déployer. Le doute profite donc au plan. Pas aux chiffres ni aux morts, hélas. Après 85 ans, un risque multiplié par 29
Les données révèlent un autre fait que vous ignorez peut-être : le risque ne croît pas de manière linéaire avec l'âge. Il explose à mesure que les années passent.
En 2024, le taux d'hospitalisation pour chute chez les 85 ans et plus était ainsi 8,6 fois plus élevé que chez les 65-74 ans. Quant au taux de mortalité, il était 29 fois plus élevé ! Au total, pas moins de 174 824 hospitalisations liées à une chute ont été dénombrées en 2024 chez les 65 ans et plus, soit un taux de 1 198 pour 100 000 habitants — en hausse de 20,5 % par rapport à 2019. Les femmes sont plus souvent hospitalisées, car elles sont les plus nombreuses et les plus fragiles dans cette classe d'âge, mais ce sont en réalité les hommes qui en meurent davantage. Et la géographie pèse aussi : les régions Grand Est, Normandie, Bretagne et Auvergne-Rhône-Alpes affichent des taux de mortalité et d'hospitalisation supérieurs à la moyenne nationale. À l'inverse, l'Île-de-France et la Corse font partie des territoires les moins touchés. La fracture du col du fémur, point de non-retour
Derrière les statistiques, il y a une blessure que la plupart d'entre-nous redoute plus que toute autre : la fracture du col du fémur. Elle concerne environ 75 000 personnes par an en France, à 92 % des seniors, et ses conséquences dépassent de loin la douleur immédiate.
Selon l'Assurance maladie, 40 % des personnes hospitalisées après une chute ne retourneront pas à leur domicile. Et selon une étude de la DREES, une femme sur cinq et un homme sur trois décèdent dans l'année qui suit une fracture du col du fémur. Parmi ceux qui survivent, 50 % gardent des séquelles permanentes et 25 % entrent en institution dans les douze mois suivant la chute. Quant au coût total des chutes pour la collectivité, il est estimé à 2 milliards d'euros par an. Sur le même sujet : Pour conclure ce triste tableau, il faut savoir que le piège le plus pervers tient en un seul chiffre : après une première chute, notre risque de retomber est multiplié par vingt. La peur de rechuter nous pousse alors à bouger moins, ce qui affaiblit les muscles et dégrade progressivement l'équilibre — un cercle vicieux que les gériatres appellent le syndrome post-chute.
Seniors hospitalisés : ce trouble qui double le risque de décès et de chutes Ce que la prévention change vraiment
L'activité physique reste, selon toutes les études disponibles, le levier le plus efficace. Elle est associée à une réduction de 20 à 30 % du risque de chute, y compris chez les personnes qui ne présentent pas de facteur de risque particulier. Marche, Tai-chi, gymnastique douce — les options existent et elles sont souvent gratuites ou prises en charges via les caisses de retraite.
Objectif du plan PAPA 2022-2024 Réduction visée -20 % de chutes mortelles ou invalidantes Résultat réel 2024 Santé publique France Mortalité observée +18 % de décès liés aux chutes chez les 65+ Sachez enfin que votre médecin traitant peut réaliser un bilan de repérage des risques de chute : troubles de l'équilibre, médicaments à risque, déficits visuels. Les caisses de retraite (Carsat, Agirc-Arrco) proposent également des ateliers gratuits de prévention, souvent méconnus. Enfin l'aménagement du domicile — supprimer les tapis, installer des barres d'appui, améliorer l'éclairage — réduit considérablement le risque là où 66 % des chutes se produisent : chez nous ! Ce qu'il faut retenir
Sources :
- Santé publique France, « Hospitalisations et mortalité en lien avec une chute chez les personnes de 65 ans et plus en France — Données 2015-2024 », bulletin national du 12 mars 2026 - Ministère des Solidarités, Plan antichute des personnes âgées 2022-2024 - Assurance maladie (ameli.fr), « Chute : qui est concerné et pourquoi tombe-t-on ? », mis à jour 2026 - DREES, données sur la mortalité post-fracture du col du fémur Pour aller plus loin :
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