Ce qu'il faut retenir
- Le taux d'emploi des 50-64 ans atteint un niveau jamais vu depuis un demi-siècle, mais ce chiffre masque des situations très différentes selon l'âge et le profil
- Des centaines de milliers de personnes de plus de 55 ans se retrouvent sans emploi et sans retraite, dans un angle mort du système
- Des dispositifs existent pour se protéger et faire valoir ses droits, détaillés dans la suite de l'article
Emploi des seniors : derrière le record, des centaines de milliers de travailleurs âgés sans protection © SeniorActu
Un record en trompe-l'œil
Selon les derniers chiffres publiés par l'Insee le 10 février 2026, le taux d'emploi des 50-64 ans a atteint 69,4 % au quatrième trimestre 2025. C'est un record absolu depuis que l'institut le mesure, en 1975. Pour les 55-64 ans, le taux grimpe à 62,1 %, en hausse de 1,1 point sur un an.
En parallèle, l'emploi salarié des plus de 55 ans est la seule tranche d'âge à progresser : +2,1 % sur un an au troisième trimestre 2025, alors que l'emploi recule chez les 15-29 ans (-0,7 %) et les 30-54 ans (-0,3 %). Le constat est clair : les seniors travaillent plus longtemps, et plus nombreux que jamais.
L'explication principale tient en une date : septembre 2023. C'est l'entrée en vigueur de la réforme des retraites, qui repousse l'âge légal de départ de 62 à 64 ans. Les générations nées en 1962-1963, premières concernées de plein fouet, restent mécaniquement en activité plus longtemps. Le taux d'emploi des 60-64 ans a ainsi bondi de 25 points en vingt ans, selon la Dares.
Mais ce record cache un paradoxe massif.
En parallèle, l'emploi salarié des plus de 55 ans est la seule tranche d'âge à progresser : +2,1 % sur un an au troisième trimestre 2025, alors que l'emploi recule chez les 15-29 ans (-0,7 %) et les 30-54 ans (-0,3 %). Le constat est clair : les seniors travaillent plus longtemps, et plus nombreux que jamais.
L'explication principale tient en une date : septembre 2023. C'est l'entrée en vigueur de la réforme des retraites, qui repousse l'âge légal de départ de 62 à 64 ans. Les générations nées en 1962-1963, premières concernées de plein fouet, restent mécaniquement en activité plus longtemps. Le taux d'emploi des 60-64 ans a ainsi bondi de 25 points en vingt ans, selon la Dares.
Mais ce record cache un paradoxe massif.
Le mur invisible après 55 ans
Le chiffre global masque un décrochage brutal selon l'âge. Jusqu'à 56 ans, plus de 80 % des actifs occupent un emploi. À 59 ans, le taux tombe à 71 %. À 60 ans, il chute à 63 %. À 61 ans, il perd encore dix points. Et au-delà de 64 ans, moins d'une personne sur cinq travaille encore.
Ce décrochage n'est pas qu'une affaire de départ en retraite. Il reflète aussi un phénomène que les statistiques officielles peinent à rendre visible : la discrimination à l'embauche liée à l'âge.
Le 17e baromètre du Défenseur des droits, publié en décembre 2024, est sans appel : 23 % des actifs de plus de 50 ans déclarent avoir subi une discrimination liée à leur âge dans l'emploi. Refus d'embauche, blocage de promotion, incitation à partir plus tôt que prévu. Parmi les chômeurs seniors, un quart affirme qu'on leur a explicitement fait comprendre qu'ils étaient « trop âgés pour le poste ».
Les études de testing confirment cette réalité. Un candidat de 48-50 ans reçoit en moyenne trois fois moins de réponses positives qu'un candidat de 28-30 ans à compétences équivalentes, selon les travaux du sociologue Jean-François Amadieu. Et côté recruteurs, 75 % des DRH reconnaissent privilégier les profils plus jeunes, d'après le baromètre Landoy-Ifop de 2024.
50-56 ans Stabilité
Taux d'emploi
Supérieur à 80 %
57-60 ans Décrochage
Taux d'emploi
De 71 % à 63 %
61-64 ans Chute libre
Taux d'emploi
De 51 % à moins de 20 %
Ce décrochage n'est pas qu'une affaire de départ en retraite. Il reflète aussi un phénomène que les statistiques officielles peinent à rendre visible : la discrimination à l'embauche liée à l'âge.
Le 17e baromètre du Défenseur des droits, publié en décembre 2024, est sans appel : 23 % des actifs de plus de 50 ans déclarent avoir subi une discrimination liée à leur âge dans l'emploi. Refus d'embauche, blocage de promotion, incitation à partir plus tôt que prévu. Parmi les chômeurs seniors, un quart affirme qu'on leur a explicitement fait comprendre qu'ils étaient « trop âgés pour le poste ».
Les études de testing confirment cette réalité. Un candidat de 48-50 ans reçoit en moyenne trois fois moins de réponses positives qu'un candidat de 28-30 ans à compétences équivalentes, selon les travaux du sociologue Jean-François Amadieu. Et côté recruteurs, 75 % des DRH reconnaissent privilégier les profils plus jeunes, d'après le baromètre Landoy-Ifop de 2024.
Les 589 000 invisibles du système
Entre ceux qui travaillent et ceux qui sont à la retraite, il existe une catégorie que les statistiques ne mettent presque jamais en lumière : les NER, pour « ni en emploi, ni à la retraite ». L'Insee estime qu'en moyenne, 21 % des personnes âgées de 55 à 61 ans se trouvent dans cette situation.
Un rapport d'information du Sénat, publié en mai 2025, chiffre à environ 589 000 le nombre de seniors NER en bonne santé et non au chômage, parmi les 55-64 ans. Des personnes qui ne travaillent plus, ne touchent pas encore de pension, et n'apparaissent nulle part dans les discours sur le « record d'emploi ».
Qui sont ces invisibles ? Selon l'Insee, la majorité subit sa situation. Près de la moitié sont inactifs pour raison de santé ou de handicap. Un cinquième est au chômage au sens strict. Les autres — souvent des femmes peu diplômées — se sont résignées. Trois NER sur cinq sont des femmes.
Le paradoxe est saisissant : d'un côté, la réforme des retraites repousse l'âge de départ. De l'autre, le marché du travail éjecte les seniors bien avant cet âge. Résultat : une zone grise de plus en plus large, où des centaines de milliers de personnes se retrouvent sans revenus stables, sans statut clair, et sans accompagnement.
Selon le même rapport sénatorial, le retour à l'emploi de ces 589 000 personnes représenterait un gain net de 5,8 milliards d'euros pour les finances publiques. Un chiffre qui donne la mesure du gâchis.
Un rapport d'information du Sénat, publié en mai 2025, chiffre à environ 589 000 le nombre de seniors NER en bonne santé et non au chômage, parmi les 55-64 ans. Des personnes qui ne travaillent plus, ne touchent pas encore de pension, et n'apparaissent nulle part dans les discours sur le « record d'emploi ».
Qui sont ces invisibles ? Selon l'Insee, la majorité subit sa situation. Près de la moitié sont inactifs pour raison de santé ou de handicap. Un cinquième est au chômage au sens strict. Les autres — souvent des femmes peu diplômées — se sont résignées. Trois NER sur cinq sont des femmes.
Le paradoxe est saisissant : d'un côté, la réforme des retraites repousse l'âge de départ. De l'autre, le marché du travail éjecte les seniors bien avant cet âge. Résultat : une zone grise de plus en plus large, où des centaines de milliers de personnes se retrouvent sans revenus stables, sans statut clair, et sans accompagnement.
Selon le même rapport sénatorial, le retour à l'emploi de ces 589 000 personnes représenterait un gain net de 5,8 milliards d'euros pour les finances publiques. Un chiffre qui donne la mesure du gâchis.
La France, mauvaise élève européenne
Le record français ne résiste pas à la comparaison internationale. En 2024, la France affichait un taux d'emploi des 55-64 ans de 60,4 %, contre 65,2 % en moyenne dans l'Union européenne. L'Allemagne atteint 75,2 %, les Pays-Bas 75,3 %.
L'écart est encore plus marqué chez les 60-64 ans : 42,4 % en France, contre 53,1 % en moyenne européenne. Un écart de plus de dix points que la réforme de 2023 n'a pas suffi à combler.
Les raisons sont structurelles. L'âge légal de départ reste parmi les plus bas d'Europe, même après la réforme. Le taux de remplacement — c'est-à-dire le rapport entre la pension et le dernier salaire — est plus élevé en France (71,9 %) qu'en Allemagne (55,3 %), ce qui incite davantage au départ dès que possible. Et surtout, les entreprises françaises investissent peu dans la formation des salariés de plus de 50 ans : seuls 31 % des 60-65 ans suivent une formation, contre plus de 60 % des 25-29 ans, selon l'OCDE.
🇫🇷 France En retard
Taux d'emploi 55-64 ans (2024)
60,4 %
🇪🇺 Union européenne Moyenne
Taux d'emploi 55-64 ans (2024)
65,2 %
🇩🇪 Allemagne Référence
Taux d'emploi 55-64 ans (2024)
75,2 %
L'écart est encore plus marqué chez les 60-64 ans : 42,4 % en France, contre 53,1 % en moyenne européenne. Un écart de plus de dix points que la réforme de 2023 n'a pas suffi à combler.
Les raisons sont structurelles. L'âge légal de départ reste parmi les plus bas d'Europe, même après la réforme. Le taux de remplacement — c'est-à-dire le rapport entre la pension et le dernier salaire — est plus élevé en France (71,9 %) qu'en Allemagne (55,3 %), ce qui incite davantage au départ dès que possible. Et surtout, les entreprises françaises investissent peu dans la formation des salariés de plus de 50 ans : seuls 31 % des 60-65 ans suivent une formation, contre plus de 60 % des 25-29 ans, selon l'OCDE.
Connaître ses droits pour ne pas subir
Face à cette situation, plusieurs dispositifs permettent aux seniors de se protéger et de faire valoir leurs droits. Encore faut-il les connaître.
Si vous êtes victime de discrimination liée à l'âge, l'article L.1132-1 du Code du travail interdit toute différence de traitement fondée sur l'âge à l'embauche comme en cours de carrière. Il est possible de saisir le Défenseur des droits par téléphone au 09 69 39 00 00 (appel non surtaxé) ou via le site defenseurdesdroits.fr.
Si vous êtes au chômage après 55 ans, les règles d'indemnisation ont évolué en avril 2025. L'âge pour bénéficier d'une durée d'indemnisation allongée passe de 53 à 55 ans. À partir de 57 ans, la durée d'indemnisation peut dépasser deux ans. Un dispositif de maintien des droits jusqu'à la retraite à taux plein existe également — il faut en faire la demande auprès de France Travail.
Si vous approchez de la retraite, la retraite progressive permet, dès 60 ans, de passer à temps partiel tout en touchant une fraction de sa pension. Les conditions exactes dépendent de votre situation. Le point de départ : vérifier votre relevé de carrière sur info-retraite.fr.
Ces dispositifs ne résolvent pas le problème de fond : un marché du travail qui pousse les seniors vers la sortie tout en reculant la porte de la retraite. Mais les connaître, c'est déjà refuser de subir en silence une situation que 589 000 personnes vivent aujourd'hui sans filet.
Si vous êtes victime de discrimination liée à l'âge, l'article L.1132-1 du Code du travail interdit toute différence de traitement fondée sur l'âge à l'embauche comme en cours de carrière. Il est possible de saisir le Défenseur des droits par téléphone au 09 69 39 00 00 (appel non surtaxé) ou via le site defenseurdesdroits.fr.
Si vous êtes au chômage après 55 ans, les règles d'indemnisation ont évolué en avril 2025. L'âge pour bénéficier d'une durée d'indemnisation allongée passe de 53 à 55 ans. À partir de 57 ans, la durée d'indemnisation peut dépasser deux ans. Un dispositif de maintien des droits jusqu'à la retraite à taux plein existe également — il faut en faire la demande auprès de France Travail.
Si vous approchez de la retraite, la retraite progressive permet, dès 60 ans, de passer à temps partiel tout en touchant une fraction de sa pension. Les conditions exactes dépendent de votre situation. Le point de départ : vérifier votre relevé de carrière sur info-retraite.fr.
Ces dispositifs ne résolvent pas le problème de fond : un marché du travail qui pousse les seniors vers la sortie tout en reculant la porte de la retraite. Mais les connaître, c'est déjà refuser de subir en silence une situation que 589 000 personnes vivent aujourd'hui sans filet.
Sources :
- Insee, Informations rapides n°34, « Chômage au sens du BIT – T4 2025 », 10 février 2026
- Insee, Informations rapides n°302, « Emploi salarié – T3 2025 »
- Dares, « Les seniors sur le marché du travail en 2024 », Dares Résultats n°40, juillet 2025
- Défenseur des droits / OIT, 17e baromètre sur les discriminations dans l'emploi, décembre 2024
- Sénat, rapport d'information sur l'incidence du taux d'emploi des seniors, mai 2025
- OCDE, Perspectives de l'emploi 2025
- Insee, Informations rapides n°34, « Chômage au sens du BIT – T4 2025 », 10 février 2026
- Insee, Informations rapides n°302, « Emploi salarié – T3 2025 »
- Dares, « Les seniors sur le marché du travail en 2024 », Dares Résultats n°40, juillet 2025
- Défenseur des droits / OIT, 17e baromètre sur les discriminations dans l'emploi, décembre 2024
- Sénat, rapport d'information sur l'incidence du taux d'emploi des seniors, mai 2025
- OCDE, Perspectives de l'emploi 2025
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