Aides à domicile

Carburant à 2,18 € : les aides à domicile n'ont plus les moyens de venir chez vos parents

Par | Publié le 31/03/2026 à 06:30

Elles parcourent 150 à 200 kilomètres par jour pour se rendre chez des personnes âgées dépendantes. En trois semaines, le prix du gazole a bondi de 30 centimes. Leur indemnité kilométrique, elle, n'a pas bougé depuis 2022.


  1. L'indemnité kilométrique des aides à domicile couvre un litre de gazole à 1,70 € — pas à 2,18 €
  2. Le plan gouvernemental de 70 millions d'euros du 27 mars oublie totalement ce secteur
  3. Certaines structures refusent déjà de nouvelles prises en charge faute de personnel disponible
La flambée du carburant met en péril le travail des aides à domicile et le maintien chez soi des personnes âgées © SeniorActu
La flambée du carburant met en péril le travail des aides à domicile et le maintien chez soi des personnes âgées © SeniorActu

0,38 € le kilomètre quand le gazole dépasse 2 €

Dans le Calvados, les 1 300 aides à domicile de l'ADMR parcourent chaque année plus de quatre millions de kilomètres pour se rendre chez 6 000 bénéficiaires. Chaque trajet est indemnisé 0,38 euro le kilomètre, un montant fixé par l'avenant 50 à la convention collective de la branche de l'aide à domicile, signé en mars 2022 et agréé en septembre de la même année. C'était la première revalorisation depuis 2008.

Ce barème a été calibré pour un gazole aux alentours de 1,70 euro le litre. Fin mars 2026, le diesel dépasse 2,18 euros en moyenne nationale, selon les données consolidées de Carbu.com. Dans certaines stations hors autoroute, le litre frôle les 3 euros. L'écart entre l'indemnité et le coût réel du plein n'a jamais été aussi large.
Barème 2022 Indemnité conventionnelle
💶
Indemnité kilométrique auto
0,38 €/km
Gazole couvert (estimation)
~1,70 €/L
Mars 2026 Prix réel
💶
Indemnité kilométrique auto
0,38 €/km (inchangée)
📈
Gazole moyen national
~2,18 €/L (+28 %)

Des salariées qui roulent à perte pour 965 € par mois

Le profil type est connu. La profession compte 96 % de femmes, selon le ministère des Solidarités. Le Groupe Ircem, qui couvre la protection sociale du secteur, situe l'âge moyen à 50 ans et le salaire moyen à 965 euros par mois. La France compte environ 570 000 aides à domicile. La plupart utilisent leur véhicule personnel — souvent ancien, souvent gourmand — pour enchaîner les interventions.

Avec un gazole à 2,18 euros et une consommation moyenne de 7 à 8 litres aux 100 kilomètres, une aide à domicile qui parcourt 150 kilomètres par jour dépense environ 24 euros de carburant quotidien. Son indemnité couvre 57 euros pour la même distance — mais cette indemnité est censée aussi couvrir l'usure du véhicule, l'assurance et l'entretien. Le solde réel pour le carburant fond à vue d'œil.

Dans la Vienne, l'ADMR départementale estime les surcoûts mensuels liés à la hausse du gazole entre 20 000 et 30 000 euros pour ses 850 véhicules en service. Et ces surcoûts ne peuvent pas être répercutés sur les bénéficiaires, puisque 80 % de l'activité dépend de tarifs fixés par le Conseil départemental dans le cadre de l'aide sociale.

Le plan de 70 millions d'euros qui oublie l'aide à domicile

Le 27 mars, le ministre de l'Économie Roland Lescure a présenté un plan d'urgence de 70 millions d'euros face à la flambée des prix du carburant. Trois secteurs en bénéficient : les transporteurs routiers (50 millions, soit l'équivalent de 20 centimes par litre), les agriculteurs (14 millions via l'exonération du droit d'accise sur le gazole non routier) et les pêcheurs (5 millions en remboursement de factures).

Les aides à domicile, les infirmiers libéraux, les taxis : rien. Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers, premier syndicat représentatif de la profession, a exprimé une « profonde amertume » sur Franceinfo. Un sondage Odoxa publié le 25 mars révèle que 36 % des infirmiers se disent prêts à abandonner le métier.

Pour les aides à domicile, le signal est tout aussi alarmant. Ces mesures sont limitées au mois d'avril 2026 et financées par des annulations de crédits dans les ministères concernés. Pas de baisse de taxe, pas de remise à la pompe, pas de revalorisation de l'indemnité kilométrique. Le schéma se répète : les salariées qui tiennent le maintien à domicile à bout de bras sont les premières oubliées des plans d'urgence.

Quand l'ADMR refuse de nouveaux bénéficiaires

La conséquence directe touche ceux qui attendent de l'aide. Dans plusieurs départements, des structures associatives limitent déjà les nouvelles prises en charge, non pas faute de demandes, mais faute de personnel. L'équation est brutale : plus le carburant coûte cher, moins le métier attire, moins il y a de bras disponibles pour accompagner les personnes âgées chez elles.

Le Calvados illustre l'impasse. Erwan Gouédard, directeur départemental de l'ADMR, a confirmé le 26 mars que le bureau de l'association se réunirait pour décider de « mesures d'urgence temporaires ». Mais les marges de manœuvre sont minces. Augmenter le barème kilométrique interne pèse immédiatement sur le budget de la structure, sans garantie de financement complémentaire par le département.

Pour les bénéficiaires — souvent des personnes de plus de 75 ans, en GIR 4 ou 5, qui comptent sur deux à trois passages par semaine pour le ménage, les courses ou la préparation des repas — un refus d'intervention ou une réduction du temps d'aide peut signifier un basculement. Vers l'isolement. Vers l'hospitalisation. Vers l'entrée en Ehpad, à un coût autrement plus élevé pour la collectivité.

Ce que les familles peuvent faire dès maintenant

Si vous êtes bénéficiaire de l'Allocation personnalisée d'autonomie (APA), vérifiez que votre plan d'aide couvre bien le nombre d'heures dont vous avez besoin. Certains départements revoient leurs plans à la baisse sans toujours prévenir les familles. Une demande de révision est possible à tout moment auprès du Conseil départemental.

Si votre structure d'aide à domicile vous signale des difficultés de personnel ou des réductions de créneaux, ne restez pas sans réponse. Le Centre communal d'action sociale (CCAS) de votre mairie peut orienter vers d'autres prestataires. Le portail pour-les-personnes-agees.gouv.fr permet de comparer les services disponibles dans votre commune.

Pour les familles qui emploient directement une aide à domicile via le CESU, le barème fiscal des indemnités kilométriques (0,529 euro le kilomètre pour un véhicule de 3 CV, selon l'arrêté du 27 mars 2023 reconduit en 2026) est supérieur de 39 % au barème conventionnel. Une différence que peu d'employeurs particuliers connaissent — et que peu appliquent, par méconnaissance ou par crainte du surcoût. La revaloriser volontairement peut être le geste qui retient une intervenante prête à jeter l'éponge.

Ce qu'il faut retenir

  1. L'indemnité kilométrique des aides à domicile (0,38 €/km) n'a pas été revalorisée depuis octobre 2022, alors que le gazole dépasse 2,18 € le litre
  2. Le plan gouvernemental de 70 millions d'euros du 27 mars 2026 ne prévoit aucune aide pour les aides à domicile ni les infirmiers libéraux
  3. Les structures associatives comme l'ADMR alertent sur des surcoûts de 20 000 à 30 000 € par mois et envisagent de limiter les nouvelles prises en charge
  4. Les bénéficiaires de l'APA peuvent demander une révision de leur plan d'aide à tout moment auprès du Conseil départemental

 
Sources :
- Avenant 50-2022 à la convention collective de la branche de l'aide à domicile, Légifrance, 22 septembre 2022
- Conférence de presse du ministre de l'Économie Roland Lescure, 27 mars 2026
- France Bleu Normandie, interview Erwan Gouédard (ADMR Calvados), 26 mars 2026
- France Bleu Poitou, reportage ADMR et infirmières libérales Vienne, 11 mars 2026
- Groupe Ircem, cartographie des aides à domicile, février 2026
- Ministère des Solidarités, Journée nationale des aides à domicile, 17 mars 2025
- Carbu.com, relevés prix carburants, 23 mars 2026




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