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Cancer : les médecins découvrent un effet inattendu d'un vaccin très répandu chez les plus de 60 ans

Par | Publié le 10/12/2025 à 08:18

Une étude publiée dans la prestigieuse revue Nature révèle qu'un vaccin administré à des millions de Français ces dernières années doublerait la survie de certains patients atteints de cancer. Les seniors sont les premiers concernés.

Vaccin contre la Covid-19 © Gorodenkoff/Shutterstock
Vaccin contre la Covid-19 © Gorodenkoff/Shutterstock

Une découverte présentée au congrès européen d'oncologie

Une étude américaine publiée dans la revue Nature en octobre 2025 vient de bouleverser la communauté scientifique internationale. Les chercheurs du MD Anderson Cancer Center de Houston et de l'Université de Floride ont analysé les dossiers médicaux de plus de mille patients traités par immunothérapie pour des cancers avancés du poumon ou des mélanomes métastatiques. Leurs conclusions, présentées lors du congrès 2025 de la Société européenne d'oncologie médicale à Berlin, révèlent un effet bénéfique inattendu des vaccins à ARN messager contre la Covid-19.

Les résultats obtenus sont particulièrement significatifs. Chez les patients atteints d'un cancer du poumon non à petites cellules de stade avancé, ceux ayant reçu un vaccin à ARN messager dans les cent jours suivant le début de leur traitement par immunothérapie ont présenté une survie médiane de 37,3 mois, contre seulement 20,6 mois pour les patients non vaccinés. Cette différence représente un quasi-doublement de l'espérance de vie médiane. Au bout de trois ans, 55,7 pour cent des patients vaccinés étaient encore en vie, contre 30,8 pour cent dans le groupe non vacciné.

Les seniors particulièrement concernés par ces cancers

Cette découverte revêt une importance capitale pour les personnes âgées. En France, le cancer du poumon constitue la première cause de mortalité par cancer, avec plus de 30 000 décès enregistrés chaque année. L'âge médian au diagnostic se situe autour de 68 ans, et plus de 65 pour cent des nouveaux diagnostics surviennent chez des personnes de 65 ans et plus. Le taux de survie à cinq ans pour ce cancer demeure particulièrement faible, autour de 20 pour cent tous stades confondus.

Le mélanome métastatique, autre cancer étudié dans cette recherche, touche également une population vieillissante. Pour ces patients, l'étude a montré des résultats comparables, avec une survie médiane passant de 26,7 mois chez les non vaccinés à une fourchette de 30 à 40 mois chez les patients ayant reçu le vaccin. Au moment de l'analyse des données, la survie médiane des patients vaccinés n'avait pas encore été atteinte, ce qui suggère un effet potentiellement encore plus marqué.

Un mécanisme biologique désormais mieux compris

Les chercheurs ont approfondi leurs travaux pour comprendre les mécanismes à l'origine de cet effet bénéfique. Le docteur Adam Grippin, radio-oncologue et co-auteur de l'étude, a expliqué que les vaccins à ARN messager agissent comme une alarme qui active le système immunitaire dans l'ensemble du corps. Cette stimulation généralisée des défenses naturelles programme une réponse capable de reconnaître et d'éliminer les cellules cancéreuses.

L'immunothérapie moderne fonctionne en levant les freins naturels qui empêchent le système immunitaire d'attaquer les tumeurs. Toutefois, cette approche ne se révèle efficace que sur les tumeurs dites chaudes, déjà repérées par les défenses de l'organisme. Les tumeurs froides restent généralement insensibles à ces traitements. L'effet observé avec les vaccins à ARN messager tiendrait à leur capacité de transformer ces tumeurs froides en tumeurs chaudes, les rendant ainsi vulnérables à l'immunothérapie.

Un espoir pour les patients résistants aux traitements

L'aspect le plus remarquable de cette étude concerne les patients dont le profil laissait présager une faible réponse à l'immunothérapie. Pour ces malades présentant de faibles niveaux de la protéine PD-L1, le taux de survie à trois ans a été multiplié par cinq grâce à la vaccination. Cette observation ouvre des perspectives thérapeutiques pour une catégorie de patients jusqu'alors considérés comme résistants aux traitements disponibles.

Le docteur Elias Sayour, oncologue et co-auteur principal de l'étude, a souligné les implications considérables de cette découverte. Selon lui, elle pourrait révolutionner l'ensemble du domaine des soins oncologiques. Les équipes de recherche envisagent de concevoir des vaccins non spécifiques encore plus performants pour mobiliser la réponse immunitaire, ce qui pourrait constituer à terme une forme de vaccin universel contre le cancer.

Des précautions méthodologiques à considérer

Les scientifiques appellent néanmoins à la prudence dans l'interprétation de ces résultats. Cette étude présente un caractère observationnel et rétrospectif, ce qui signifie que les chercheurs ont analysé des données existantes plutôt que de mener un essai clinique contrôlé. Un lien de causalité direct entre la vaccination et l'amélioration de la survie n'a donc pas encore été formellement établi.

Les auteurs ont pris soin d'ajuster leurs analyses en tenant compte des nombreuses variables susceptibles de modifier la survie, notamment le stade tumoral, le type histologique du cancer, l'utilisation de corticoïdes et l'état général des patients. Les vaccins contre la grippe ou les pneumocoques, également étudiés comme témoins, n'ont pas montré d'effet comparable, ce qui suggère une spécificité liée à la technologie de l'ARN messager.

Vers un essai clinique de grande ampleur

Fort de ces résultats préliminaires prometteurs, un essai clinique de phase trois multicentrique et randomisé est actuellement en préparation. Cette étude d'envergure permettra de vérifier si la vaccination à ARN messager contre la Covid-19 pourrait effectivement être intégrée aux protocoles de soins standards pour les patients recevant une immunothérapie.

Pour les seniors français, qui représentent plus de 60 pour cent des personnes atteintes de cancer dans le pays, cette découverte représente une lueur d'espoir. Si les résultats venaient à être confirmés, un vaccin largement disponible et peu coûteux pourrait améliorer significativement l'efficacité de certaines immunothérapies et offrir aux patients un gain de temps précieux dans leur combat contre la maladie.

Sources :

« Les vaccins à ARNm contre la Covid-19 augmenteraient les effets antitumoraux de l'immunothérapie », Vidal, 25 novembre 2025
« Données globales d'épidémiologie des cancers », Institut national du cancer, 2025



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