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Cancer colorectal : cette bactérie de grenouille élimine 100 % des tumeurs en une seule injection

Le cancer colorectal tue 17 000 personnes par an en France. Pourtant, le traitement le plus spectaculaire observé à ce jour chez la souris ne sort ni d'un laboratoire pharmaceutique, ni d'une biotech californienne. Il vient de l'intestin d'une petite grenouille japonaise.


Par | Publié le 02/04/2026 à 18:32

Une bactérie intestinale de grenouille japonaise capable d'éliminer des tumeurs colorectales © SeniorActu
Une bactérie intestinale de grenouille japonaise capable d'éliminer des tumeurs colorectales © SeniorActu

47 000 cas par an, et un microbe de marais qui surpasse la chimio

Avec 47 582 nouveaux cas en 2023, selon Santé publique France, le cancer colorectal reste le troisième cancer le plus fréquent en France, et le deuxième le plus mortel. D'ailleurs si vous avez entre 50 et 74 ans comme votre serviteur, vous ne pouvez pas l'ignorer puisque vous recevez tous les deux ans une invitation d'Ameli au dépistage — c'est dire à quel point cette maladie nous concerne tous.

Or, malgré les progrès de l'immunothérapie et de la chimiothérapie, les résultats restent toujours décevants pour une part importante de patients. Et c'est justement dans un domaine totalement surprenant qu'une équipe japonaise a trouvé une piste radicalement différente et pleine d'espoir : l'intestin d'amphibiens vivant dans des marais infestés de microbes !

En effet, les scientifiques et autres herpétologues savent que grenouilles et certains reptiles ne développent que très rarement des tumeurs spontanées. Et c'est justement ce constat qui a poussé le professeur Eijiro Miyako, du Japan Advanced Institute of Science and Technology (JAIST), à étudier en détail leur flore intestinale.

Ce que les chercheurs ont trouvé dans l'intestin d'une rainette

Son équipe du JAIST a ainsi isolé 45 souches bactériennes à partir de trois espèces de batraciens et de reptiiles : la rainette japonaise (Dryophytes japonicus), le triton à ventre de feu (Cynops pyrrhogaster) et un petit lézard des herbes. Si pas moins de neuf d'entre elles ont montré un effet antitumoral en laboratoire, une seule s'est véritablement distinguée : Ewingella americana, prélevée dans l'intestin de la rainette.

L'étude, publiée en décembre 2025 dans la revue Gut Microbes, décrit un résultat que les auteurs eux-mêmes qualifient d'absolument remarquable. Jugez-en plutôt : des souris porteuses de tumeurs colorectales ont reçu UNE SEULE injection intraveineuse d'Ewingella americana et le résultat est sans appel : 100 % de leurs tumeurs ont disparues !

Mieux encore : aucune rechute n'a été observée, y compris lorsque les souris ont été réexposées à des cellules cancéreuses — signe d'une mémoire immunitaire durable. Le Graal...

Un double mécanisme que la chimio n'a pas

Ce qui rend Ewingella americana si efficace, c'est qu'elle agit en fait sur deux fronts simultanément. Tout d'abord, cette bactérie est dite anaérobie facultative : autrement dit, elle prospère là où l'oxygène manque, donc précisément au cœur des tumeurs solides, dans ces zones mal vascularisées que les médicaments classiques peinent à atteindre.

En 24 heures seulement, sa concentration dans la tumeur a été ainsi multipliée par 3 000, sans qu'aucune trace n'ait été détectée dans le foie, les poumons ou les reins des souris. Elle secrète alors des cytolysines — des toxines qui perforent les membranes des cellules cancéreuses et les détruisent directement.

Mais la bactérie ne se contente pas seulement de tuer. Sa présence déclenche en parallèle une alerte immunitaire massive dans l'organisme de son hôte : afflux de lymphocytes T et B, mobilisation de neutrophiles, hausse des molécules inflammatoires comme le TNF-α et l'interféron-gamma. Notre propre système immunitaire, en somme, reprend le combat — et cette fois, il voit la tumeur et peut la cibler.

Chimio, immunothérapie : pourquoi la bactérie fait mieux

Les chercheurs ont comparé Ewingella americana à deux traitements de référence en cancérologie : un anticorps anti-PD-L1 (immunothérapie) et la doxorubicine liposomale (chimiothérapie). Les deux ont été administrés en doses répétées, quand la bactérie n'a nécessité qu'une seule injection.
 
Ewingella americana 1 injection
Élimination tumorale
100 % des souris
🔒
Mémoire immunitaire
Rechallenge rejeté
Anti-PD-L1 Doses répétées
📊
Élimination tumorale
Partielle
⚠️
Mémoire immunitaire
Non démontrée
Doxorubicine liposomale Doses répétées
📊
Élimination tumorale
Inférieure
⚠️
Mémoire immunitaire
Non démontrée


La différence ne tient pas seulement à l'efficacité brute. Elle tient surtout à son ciblage ultra-précis : la bactérie ne colonise que la tumeur. Du coup; le corps l'élimine du sang en moins de 24 heures et les organes sains ne sont jamais touchés. Ainsi sur 60 jours d'observation, aucune toxicité chronique n'a été relevée.
 

Ce qui manque encore avant de parler de traitement

Vous l'avez compris : ces résultats sont absolument spectaculaires. Mais ils restent encore limités à la souris. En cancérologie, l'histoire regorge de molécules qui fonctionnaient parfaitement chez l'animal avant d'échouer chez l'humain. Les systèmes immunitaires humain et murin présentent des différences importantes, et la façon dont Ewingella americana interagira avec votre flore intestinale, vos défenses, vos comorbidités — tout cela reste encore inconnu à ce jour.

L'équipe du professeur Miyako prévoit de tester la bactérie sur d'autres types de tumeurs solides, seule et en combinaison avec l'immunothérapie. Aucun calendrier d'essai clinique humain n'a été annoncé pour l'instant, mais ce que cette étude change, c'est le regard porté sur un réservoir thérapeutique que la médecine ignorait : la biodiversité microbienne des amphibiens.

Si vous avez comme moi entre 50 et 74 ans, n'oubliez pas que le geste qui vous protège aujourd'hui reste le même — le test de dépistage gratuit, disponible en pharmacie ou sur monkit.depistage-colorectal.fr.

Ce qu'il faut retenir

  1. La bactérie Ewingella americana, isolée de l'intestin d'une grenouille japonaise, a éliminé 100 % des tumeurs colorectales chez la souris en une seule injection (étude publiée dans Gut Microbes, décembre 2025)
  2. Elle agit par un double mécanisme — destruction directe des cellules cancéreuses et activation massive du système immunitaire — tout en épargnant les organes sains
  3. Ses résultats ont surpassé l'immunothérapie anti-PD-L1 et la chimiothérapie standard dans ce modèle animal
  4. Ces résultats restent limités à la souris — aucun essai clinique humain n'est encore programmé
  5. Le dépistage du cancer colorectal reste votre meilleure protection : gratuit, tous les deux ans, entre 50 et 74 ans

 
Sources :
- Iwata S., Yamasita N., Asukabe K., Sakari M. et Miyako E., « Discovery and characterization of antitumor gut microbiota from amphibians and reptiles: Ewingella americana as a novel therapeutic agent with dual cytotoxic and immunomodulatory properties », Gut Microbes, vol. 17(1), décembre 2025
- Santé publique France, « Cancer colorectal — Données épidémiologiques », mis à jour 2024
- Institut national du cancer (INCa), « Le programme national de dépistage du cancer colorectal », 2025


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