144 voix contre 22 : que change cette loi
L'Assemblée nationale a adopté mercredi 3 juin, par 144 voix contre 22, une proposition de loi portée par les députés Benoît Biteau (Les Écologistes) et Clémentine Autain (L'Après) pour réduire la teneur en cadmium des engrais agricoles.
Le gouvernement s'y est opposé. Le ministre délégué à la transition écologique Mathieu Lefèvre a reconnu la surimprégnation de la population française, mais jugé le rythme de baisse « pas réaliste ».
Le texte a été soutenu par la gauche, le MoDem, Horizons et Renaissance.
Seuls le Rassemblement national et une députée Les Républicains ont voté contre. Le texte doit maintenant passer au Sénat.
Le gouvernement s'y est opposé. Le ministre délégué à la transition écologique Mathieu Lefèvre a reconnu la surimprégnation de la population française, mais jugé le rythme de baisse « pas réaliste ».
Le texte a été soutenu par la gauche, le MoDem, Horizons et Renaissance.
Seuls le Rassemblement national et une députée Les Républicains ont voté contre. Le texte doit maintenant passer au Sénat.
Pourquoi la France est l'exception européenne
La France importe 95 % de ses engrais phosphatés, dont environ 40 % proviennent du Maroc. Or les roches phosphatées marocaines, de nature sédimentaire, sont naturellement riches en cadmium.
Les sols allemands sont deux fois moins contaminés que les nôtres, les sols belges trois fois moins. Nos voisins s'approvisionnent en Europe du Nord, où les roches ignées sont pauvres en cadmium.
L'Italie consomme trois fois plus de pâtes que nous (25 kg par an et par personne contre 8 kg en France), et pourtant ses habitants sont moins exposés. La raison : les engrais utilisés outre-Alpes proviennent de sources diversifiées, Jordanie, Russie, ce qui dilue la charge en cadmium.
En France, la réglementation aggrave le tableau. Le plafond européen est fixé à 60 mg de cadmium par kilogramme d'engrais depuis 2022, mais notre pays bénéficie d'une dérogation qui l'autorise à 90 mg/kg, soit 50 % de plus que la norme commune.
Résultat : l'alimentation explique jusqu'à 98 % de l'imprégnation au cadmium chez les non-fumeurs, selon l'Anses. Le pain, les pâtes, les pommes de terre, le riz, les céréales du petit-déjeuner : tout ce qui pousse dans un sol contaminé vous contamine à votre tour.
Le rapport de l'Anses publié en mars 2026 a confirmé l'ampleur du phénomène : 47,6 % des adultes français dépassent les valeurs toxicologiques de référence. C'est le taux le plus élevé d'Europe, et il augmente à chaque mesure depuis 2007.
Le cadmium, classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction, s'accumule dans vos reins tout au long de la vie. Votre organisme ne sait pas l'éliminer.
Les sols allemands sont deux fois moins contaminés que les nôtres, les sols belges trois fois moins. Nos voisins s'approvisionnent en Europe du Nord, où les roches ignées sont pauvres en cadmium.
L'Italie consomme trois fois plus de pâtes que nous (25 kg par an et par personne contre 8 kg en France), et pourtant ses habitants sont moins exposés. La raison : les engrais utilisés outre-Alpes proviennent de sources diversifiées, Jordanie, Russie, ce qui dilue la charge en cadmium.
En France, la réglementation aggrave le tableau. Le plafond européen est fixé à 60 mg de cadmium par kilogramme d'engrais depuis 2022, mais notre pays bénéficie d'une dérogation qui l'autorise à 90 mg/kg, soit 50 % de plus que la norme commune.
Résultat : l'alimentation explique jusqu'à 98 % de l'imprégnation au cadmium chez les non-fumeurs, selon l'Anses. Le pain, les pâtes, les pommes de terre, le riz, les céréales du petit-déjeuner : tout ce qui pousse dans un sol contaminé vous contamine à votre tour.
Le rapport de l'Anses publié en mars 2026 a confirmé l'ampleur du phénomène : 47,6 % des adultes français dépassent les valeurs toxicologiques de référence. C'est le taux le plus élevé d'Europe, et il augmente à chaque mesure depuis 2007.
Le cadmium, classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction, s'accumule dans vos reins tout au long de la vie. Votre organisme ne sait pas l'éliminer.
Deux trajectoires, un seul horizon
La loi votée le 3 juin fixe deux paliers contraignants : 40 mg/kg de cadmium dans les engrais phosphatés au 1er janvier 2027, puis 20 mg/kg au 1er janvier 2030. La cible de 20 mg/kg correspond à la recommandation de l'Anses et aux seuils déjà en vigueur en Finlande, en Hongrie et en Slovaquie.
Le gouvernement défendait un calendrier plus lent : 60 mg/kg en 2027, 40 mg/kg en 2030, 20 mg/kg d'ici 2038. Huit ans de différence sur la marche finale.
Pendant les débats, le MoDem a tenté sans succès de limiter la première marche à 60 mg/kg pour s'aligner sur la norme européenne. Horizons a proposé un amendement adoucissant la trajectoire.
Les deux ont été rejetés. Derrière ce décalage, un enjeu diplomatique que personne n'a nommé en séance.
Le Maroc est le premier producteur mondial de phosphates via le groupe OCP, première entreprise du pays. L'OCP assure livrer à l'Union européenne, depuis février 2025, des engrais contenant moins de 20 mg/kg.
Mais le journaliste d'investigation Martin Boudot conteste ces chiffres et note qu'aucune étude indépendante ne les corrobore.
Même si la loi est appliquée, l'Inrae prévient : la diminution du cadmium dans les engrais ne produira d'effet sensible sur les récoltes qu'après plusieurs décennies. Ce qui est déjà dans vos sols y restera longtemps.
Le gouvernement défendait un calendrier plus lent : 60 mg/kg en 2027, 40 mg/kg en 2030, 20 mg/kg d'ici 2038. Huit ans de différence sur la marche finale.
Pendant les débats, le MoDem a tenté sans succès de limiter la première marche à 60 mg/kg pour s'aligner sur la norme européenne. Horizons a proposé un amendement adoucissant la trajectoire.
Les deux ont été rejetés. Derrière ce décalage, un enjeu diplomatique que personne n'a nommé en séance.
Le Maroc est le premier producteur mondial de phosphates via le groupe OCP, première entreprise du pays. L'OCP assure livrer à l'Union européenne, depuis février 2025, des engrais contenant moins de 20 mg/kg.
Mais le journaliste d'investigation Martin Boudot conteste ces chiffres et note qu'aucune étude indépendante ne les corrobore.
Même si la loi est appliquée, l'Inrae prévient : la diminution du cadmium dans les engrais ne produira d'effet sensible sur les récoltes qu'après plusieurs décennies. Ce qui est déjà dans vos sols y restera longtemps.
Votre dépistage remboursé dès le 16 juin
En attendant, un levier individuel vient de s'ouvrir. Une décision de l'Union nationale des caisses d'assurance maladie, publiée au Journal officiel le 2 juin 2026, inscrit le dosage urinaire du cadmium à la nomenclature des actes de biologie médicale.
À partir du 16 juin, votre médecin pourra vous prescrire ce test si vous résidez dans un territoire reconnu comme pollué au cadmium (Champagne, Charente, Jura, Massif central) ou à proximité de l'un des 7 000 sites industriels contaminés.
Le coût de l'acte est de 27,50 euros, remboursé à 60 % par l'Assurance maladie, le reste par votre complémentaire. Une participation forfaitaire de 2 euros reste à votre charge.
Si la cadmiurie est élevée, un dosage sanguin complémentaire sera pris en charge dans les mêmes conditions. Le ministère de la Santé a précisé que les personnes résidant hors des zones identifiées ne seront pas exclues : face à un problème rénal ou osseux, votre médecin pourra juger de la pertinence du test.
Nous couvrons ce dossier depuis mars. La loi est un premier pas, le dépistage remboursé un second, et la décontamination des sols prendra une génération.
Entre les deux, il y a ce que vous savez maintenant.
À partir du 16 juin, votre médecin pourra vous prescrire ce test si vous résidez dans un territoire reconnu comme pollué au cadmium (Champagne, Charente, Jura, Massif central) ou à proximité de l'un des 7 000 sites industriels contaminés.
Le coût de l'acte est de 27,50 euros, remboursé à 60 % par l'Assurance maladie, le reste par votre complémentaire. Une participation forfaitaire de 2 euros reste à votre charge.
Si la cadmiurie est élevée, un dosage sanguin complémentaire sera pris en charge dans les mêmes conditions. Le ministère de la Santé a précisé que les personnes résidant hors des zones identifiées ne seront pas exclues : face à un problème rénal ou osseux, votre médecin pourra juger de la pertinence du test.
Nous couvrons ce dossier depuis mars. La loi est un premier pas, le dépistage remboursé un second, et la décontamination des sols prendra une génération.
Entre les deux, il y a ce que vous savez maintenant.


