Argent et patrimoine

Barème impôt 2026 : pourquoi la hausse de votre pension peut vous coûter plus cher

Des millions de retraités découvriront au printemps que leur pension revalorisée a fait grimper leur impôt. Un décalage entre la hausse des retraites et celle du barème fiscal, discret mais coûteux.


Par | Publié le 15/02/2026 à 08:31

Ce qu'il faut retenir

  1. Les pensions de base ont augmenté de 2,2 % en 2025, mais le barème de l'impôt 2026 n'a été revalorisé que de 0,9 %
  2. Ce décalage de 1,3 point fait mécaniquement grimper l'impôt de nombreux retraités, même sans hausse réelle de pouvoir d'achat
  3. Les seuils de l'abattement fiscal réservé aux plus de 65 ans n'ont bougé que de 0,9 %, ce qui peut faire perdre jusqu'à 1 410 € de déduction
  4. Les retraités dont le revenu net global tourne autour de 17 668 € ou 28 423 € sont les plus exposés
  5. Le simulateur officiel des impôts, déjà en ligne, permet de vérifier sa situation avant la déclaration du printemps
Un couple de retraités découvre une mauvaise surprise fiscale en 2026 © SeniorActu
Un couple de retraités découvre une mauvaise surprise fiscale en 2026 © SeniorActu

Ce décalage entre votre pension et le barème qui passe inaperçu

Le mécanisme est simple, mais ses conséquences passent souvent inaperçues. Au 1er janvier 2025, les pensions de retraite de base ont été revalorisées de 2,2 %. Toutes les caisses étaient concernées : la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse (CNAV) pour les salariés du privé, le Service des Retraites de l'État (SRE) pour les fonctionnaires, la Mutualité Sociale Agricole (MSA) et la Caisse Nationale de Retraites des Agents des Collectivités Locales (CNRACL).

De son côté, la retraite complémentaire Agirc-Arrco avait été relevée de 1,6 % en novembre 2024, avant d'être gelée à compter de novembre 2025, faute d'accord entre partenaires sociaux.

Résultat : les revenus de retraite perçus en 2025 — ceux que vous allez déclarer au printemps 2026 — sont sensiblement plus élevés qu'en 2024. Mais le barème de l'impôt sur le revenu, lui, n'a été revalorisé que de 0,9 % par la loi de finances 2026, adoptée par voie de 49.3 le 2 février dernier.

L'écart paraît modeste : 1,3 point. Mais il suffit à faire basculer des milliers de foyers dans une tranche supérieure ou à leur faire perdre des avantages fiscaux qu'ils touchaient jusqu'ici.

Trois profils de retraités directement menacés

Le piège touche en priorité les retraités dont les revenus se situent à proximité de trois seuils fiscaux précis.

Premier seuil : l'entrée dans l'impôt. En 2026, une personne seule (1 part fiscale) devient imposable dès que son revenu net imposable dépasse 11 600 € par an. Ce seuil n'a progressé que de 103 € par rapport à 2025 (11 497 €). Or, une pension brute de 12 800 € en 2024, non imposable après l'abattement de 10 %, passe à environ 13 082 € en 2025 avec la revalorisation de 2,2 %. Après abattement de 10 %, le revenu net imposable atteint 11 774 €, soit 174 € au-dessus du nouveau seuil. Le retraité devient imposable sans avoir gagné un euro de pouvoir d'achat supplémentaire.

Deuxième seuil : l'abattement spécial pour les plus de 65 ans. Cet avantage fiscal, prévu par l'article 157 bis du Code général des impôts, permet de retrancher jusqu'à 2 821 € du revenu imposable lorsque le revenu net global — c'est-à-dire le total de vos revenus après l'abattement de 10 % — ne dépasse pas 17 668 €. Au-delà et jusqu'à 28 423 €, l'abattement tombe à 1 411 €. Au-dessus, il disparaît.

Le problème : ces seuils n'ont été relevés que de 0,9 %, alors que les pensions ont grimpé de 2,2 %. Un retraité dont le revenu net global était de 17 400 € en 2024 bénéficiait de l'abattement maximum de 2 796 €. Après la hausse de sa pension en 2025, ce même revenu passe à environ 17 783 €, au-dessus du nouveau seuil de 17 668 €. Il perd la moitié de son abattement, soit 1 410 € de déduction en moins.

Troisième seuil : la perte totale de l'abattement. Un retraité dont le revenu net global avoisinait 28 000 € en 2024 reste sous le plafond de 28 170 € et conserve un abattement de 1 398 €. Après revalorisation en 2025, ce revenu grimpe à environ 28 616 €, au-dessus du nouveau plafond de 28 423 €. L'abattement disparaît intégralement.

Combien pouvez-vous perdre : les chiffres concrets

L'impact varie selon le profil du foyer. Pour une personne seule de plus de 65 ans, la perte de l'abattement maximum représente 1 410 € de base imposable en plus. Au taux marginal de 11 %, cela se traduit par environ 155 € d'impôt supplémentaire par an. Pour un couple où les deux conjoints remplissent les conditions d'âge, l'abattement est doublé : la perte peut atteindre 2 820 € de base imposable, soit environ 310 € d'impôt en plus.

Pour les retraités proches du seuil haut de 28 423 €, la disparition totale de l'abattement coûte 1 411 € de déduction perdue. Si cette tranche de revenu est imposée à 30 %, la facture peut grimper jusqu'à 423 € par an.

Le tableau ci-dessous compare les seuils de l'abattement spécial pour les plus de 65 ans entre 2025 et 2026.
 
2025 Revenus 2024
💶
Abattement maximum (personne seule)
2 796 €
📊
Seuil pour l'abattement maximum
Revenu net global < 17 510 €
📊
Seuil pour l'abattement réduit (1 398 €)
Entre 17 510 € et 28 170 €
👥
Abattement couple (deux éligibles)
5 592 € ou 2 796 €
2026 Revenus 2025
💶
Abattement maximum (personne seule)
2 821 € (+0,9 %)
📊
Seuil pour l'abattement maximum
Revenu net global < 17 668 €
📊
Seuil pour l'abattement réduit (1 411 €)
Entre 17 668 € et 28 423 €
👥
Abattement couple (deux éligibles)
5 642 € ou 2 822 €


L'abattement de 10 % sur les pensions, lui, reste inchangé dans son principe. Il est toujours appliqué automatiquement avec un minimum de 454 € par pensionné et un plafond de 4 439 € par foyer fiscal en 2026. Mais c'est justement cet abattement qui détermine votre revenu net global : si votre pension a augmenté de 2,2 %, votre revenu net global a progressé dans la même proportion, tandis que les seuils d'éligibilité n'ont bougé que de 0,9 %.

Comment vérifier si vous êtes concerné avant la déclaration

La bonne nouvelle, c'est que l'administration fiscale applique automatiquement l'abattement pour les plus de 65 ans : vous n'avez aucune démarche à effectuer pour en bénéficier. Mais cela signifie aussi que si vous dépassez les seuils, vous perdrez l'avantage sans avertissement préalable.

Pour anticiper, la première étape consiste à retrouver votre revenu net global sur votre dernier avis d'imposition. Appliquez-y la hausse de votre pension en 2025 (environ 2,2 % sur la base, 0 % sur l'Agirc-Arrco depuis novembre 2025) et vérifiez si le résultat dépasse les seuils de 17 668 € ou de 28 423 €.

Le simulateur officiel de l'impôt 2026 sur les revenus 2025, mis en ligne par la Direction générale des Finances publiques, permet de calculer votre impôt à l'euro près avec le nouveau barème. Quelques minutes suffisent pour savoir si le décalage vous touche.

Pour les retraités proches des seuils, certains leviers permettent de réduire le revenu net global : versements déductibles sur un Plan d'Épargne Retraite (PER), pensions alimentaires versées à un ascendant, ou charges déductibles liées au logement. Chaque euro en dessous du seuil peut préserver l'intégralité de l'abattement.

La déclaration des revenus 2025 ouvrira entre avril et juin 2026. D'ici là, vérifier sa situation avec le simulateur officiel reste le moyen le plus sûr d'éviter la mauvaise surprise au moment de l'avis d'imposition, à l'été.

 
Sources :
- L'Assurance retraite (lassuranceretraite.fr), Revalorisation de votre retraite en 2025, décembre 2024
- Service-public.gouv.fr, Revalorisation des pensions de retraite de base au 1er janvier 2026, 7 janvier 2026
- UFC-Que Choisir, Le barème de l'impôt sur le revenu est revalorisé de 0,9 % en 2026, 12 février 2026
- BOFiP (bofip.impots.gouv.fr), Abattements spéciaux pour personnes âgées et invalides, 14 avril 2025
- Direction générale des Finances publiques, Simulateur de l'impôt 2026 sur les revenus 2025, janvier 2026


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