Un médicament que la France a abandonné, pas l'Europe
Vous connaissez peut-être la galantamine sous son nom commercial, le Réminyl. Cette molécule, prescrite depuis l'an 2000, a longtemps soulagé les symptômes de la maladie d'Alzheimer en France.
Sauf que ce médicament n'est plus remboursé depuis le 1er août 2018, à la suite d'une décision portée par la Haute Autorité de santé, qui jugeait son service médical rendu insuffisant. La Société française de gériatrie et de gérontologie, France Alzheimer et plusieurs fédérations de neurologues avaient pourtant déposé un recours, rejeté par le Conseil d'État.
Le Réminyl reste pourtant disponible en pharmacie sous forme de génériques, et continue d'être prescrit en Belgique, en Allemagne ou au Royaume-Uni où le rapport bénéfice-risque est jugé favorable.
Ce que peu de patients savent, c'est d'où vient cette substance : elle est extraite de bulbes de plantes, principalement le perce-neige (Galanthus nivalis), la jonquille ou la nivéole d'été.
Sauf que ce médicament n'est plus remboursé depuis le 1er août 2018, à la suite d'une décision portée par la Haute Autorité de santé, qui jugeait son service médical rendu insuffisant. La Société française de gériatrie et de gérontologie, France Alzheimer et plusieurs fédérations de neurologues avaient pourtant déposé un recours, rejeté par le Conseil d'État.
Le Réminyl reste pourtant disponible en pharmacie sous forme de génériques, et continue d'être prescrit en Belgique, en Allemagne ou au Royaume-Uni où le rapport bénéfice-risque est jugé favorable.
Ce que peu de patients savent, c'est d'où vient cette substance : elle est extraite de bulbes de plantes, principalement le perce-neige (Galanthus nivalis), la jonquille ou la nivéole d'été.
Trente ans de production fragile
Le perce-neige, comme la jonquille, ne contient que des traces infimes de galantamine. Pour produire un kilogramme de principe actif, les industriels doivent récolter et traiter des dizaines de tonnes de bulbes.
Une étude israélienne de référence sur cinq variétés de narcisses a ainsi mesuré des concentrations comprises entre 1 et 452 microgrammes par gramme de bulbe sec. Autant dire que la matière première est rare, dépendante des saisons, et soumise aux aléas climatiques.
La synthèse chimique en laboratoire n'offre guère d'alternative. La galantamine possède une stéréochimie tellement particulière que la reconstituer artificiellement coûte plus cher que de l'extraire des plantes, selon les chercheurs israéliens.
C'est exactement ce verrou industriel qu'une équipe québécoise vient peut-être de faire sauter.
Une étude israélienne de référence sur cinq variétés de narcisses a ainsi mesuré des concentrations comprises entre 1 et 452 microgrammes par gramme de bulbe sec. Autant dire que la matière première est rare, dépendante des saisons, et soumise aux aléas climatiques.
La synthèse chimique en laboratoire n'offre guère d'alternative. La galantamine possède une stéréochimie tellement particulière que la reconstituer artificiellement coûte plus cher que de l'extraire des plantes, selon les chercheurs israéliens.
C'est exactement ce verrou industriel qu'une équipe québécoise vient peut-être de faire sauter.
La découverte de l'équipe québécoise
Le 7 mai 2026, l'Université du Québec à Trois-Rivières a publié les conclusions d'une thèse soutenue le 8 avril dernier par Basanta Lamichhane, jeune chercheur en biologie cellulaire et moléculaire.
Sa directrice de recherche, la professeure Isabel Desgagné-Penix, et son codirecteur Hugo Germain, ont encadré pendant plusieurs années un travail qui pourrait faire évoluer toute une chaîne pharmaceutique.
L'idée de départ tient en une phrase : si le perce-neige produit la galantamine grâce à une cascade d'enzymes, alors pourquoi ne pas reproduire cette cascade dans une autre plante, plus facile à cultiver et plus productive ?
Le choix s'est porté sur Nicotiana benthamiana, une cousine sauvage du tabac originaire d'Australie. Cette plante, très utilisée comme « usine biologique » dans les laboratoires du monde entier, accepte facilement de nouveaux gènes étrangers et fabrique ensuite les protéines correspondantes.
Les chercheurs québécois ont identifié plusieurs enzymes clés de la voie qui mène à la galantamine. En les introduisant dans la plante modèle, ils ont reconstitué plusieurs étapes de la biosynthèse, à l'extérieur de l'hôte naturel. Le détail des résultats est accessible sur le portail Néo de l'UQTR.
Sa directrice de recherche, la professeure Isabel Desgagné-Penix, et son codirecteur Hugo Germain, ont encadré pendant plusieurs années un travail qui pourrait faire évoluer toute une chaîne pharmaceutique.
L'idée de départ tient en une phrase : si le perce-neige produit la galantamine grâce à une cascade d'enzymes, alors pourquoi ne pas reproduire cette cascade dans une autre plante, plus facile à cultiver et plus productive ?
Le choix s'est porté sur Nicotiana benthamiana, une cousine sauvage du tabac originaire d'Australie. Cette plante, très utilisée comme « usine biologique » dans les laboratoires du monde entier, accepte facilement de nouveaux gènes étrangers et fabrique ensuite les protéines correspondantes.
Les chercheurs québécois ont identifié plusieurs enzymes clés de la voie qui mène à la galantamine. En les introduisant dans la plante modèle, ils ont reconstitué plusieurs étapes de la biosynthèse, à l'extérieur de l'hôte naturel. Le détail des résultats est accessible sur le portail Néo de l'UQTR.
Un réseau, pas une recette linéaire
Vous croyez peut-être que la fabrication d'une molécule par une plante suit un chemin linéaire, comme une recette de cuisine déroulée étape par étape ? La réalité s'est avérée bien plus complexe.
Les travaux de Basanta Lamichhane ont révélé que la production de galantamine repose sur un réseau de réactions biochimiques, avec plusieurs chemins possibles menant au produit final.
C'est un détail qui change tout pour les biotechnologistes. Plutôt qu'un goulot d'étranglement unique à reproduire, la voie offre plusieurs entrées et plusieurs sorties à combiner selon les contraintes industrielles.
Reste un obstacle technique. La Nicotiana benthamiana produit naturellement de fortes quantités de nicotine, ce qui complique la purification du produit final.
Une équipe européenne a justement publié en 2023 dans New Phytologist des lignées modifiées par CRISPR qui produisent trois à quatre fois moins de nicotine que les plantes témoins. Ce verrou-là est donc en passe de tomber lui aussi.
Les travaux de Basanta Lamichhane ont révélé que la production de galantamine repose sur un réseau de réactions biochimiques, avec plusieurs chemins possibles menant au produit final.
C'est un détail qui change tout pour les biotechnologistes. Plutôt qu'un goulot d'étranglement unique à reproduire, la voie offre plusieurs entrées et plusieurs sorties à combiner selon les contraintes industrielles.
Reste un obstacle technique. La Nicotiana benthamiana produit naturellement de fortes quantités de nicotine, ce qui complique la purification du produit final.
Une équipe européenne a justement publié en 2023 dans New Phytologist des lignées modifiées par CRISPR qui produisent trois à quatre fois moins de nicotine que les plantes témoins. Ce verrou-là est donc en passe de tomber lui aussi.
L'enjeu pour 1,4 million de Français
On pourrait croire l'enjeu purement scientifique. Il est en réalité massif pour les 1,4 million de Français qui vivent aujourd'hui avec la maladie d'Alzheimer ou une maladie apparentée, selon France Alzheimer.
Ce chiffre ne reflète qu'une partie de la réalité : l'étude PAQUID rappelle qu'une démence sur deux n'est pas diagnostiquée, et le ratio monte à deux cas sur trois aux stades légers.
Même non remboursée, la galantamine reste prescrite en France pour d'autres indications : démence à corps de Lewy, certaines formes de myasthénie ou syndrome post-polio. Les sociétés savantes comme la SFGG regrettent d'ailleurs ce déremboursement de 2018, qu'elles jugent fondé sur une lecture biaisée des données.
Or, le nombre de Français concernés par Alzheimer devrait doubler d'ici 2050, selon France Alzheimer et l'Inserm. Sécuriser l'approvisionnement n'est donc pas anodin.
Ce chiffre ne reflète qu'une partie de la réalité : l'étude PAQUID rappelle qu'une démence sur deux n'est pas diagnostiquée, et le ratio monte à deux cas sur trois aux stades légers.
Même non remboursée, la galantamine reste prescrite en France pour d'autres indications : démence à corps de Lewy, certaines formes de myasthénie ou syndrome post-polio. Les sociétés savantes comme la SFGG regrettent d'ailleurs ce déremboursement de 2018, qu'elles jugent fondé sur une lecture biaisée des données.
Or, le nombre de Français concernés par Alzheimer devrait doubler d'ici 2050, selon France Alzheimer et l'Inserm. Sécuriser l'approvisionnement n'est donc pas anodin.
À quelle échéance pour les patients ?
Reste la question que nous nous posons tous, vous comme moi : à quelle échéance pourrait-on bénéficier de cette galantamine produite dans une plante de tabac ?
Il faut être honnête. On ne parle pas ici d'un nouveau médicament en attente d'autorisation, mais d'une plate-forme de production alternative pour une molécule qui existe déjà.
Le passage du laboratoire à l'industrie suppose plusieurs étapes : optimiser le rendement, valider la pureté, démontrer la bioéquivalence, puis obtenir le feu vert d'agences sanitaires comme l'EMA ou la FDA.
Les chercheurs québécois parlent de plusieurs années avant une éventuelle commercialisation. Mais pour la première fois, une équipe a montré que le réseau métabolique complet de la galantamine peut être reconstitué dans une plante alternative.
Pour les 1,4 million de Français concernés et leurs proches aidants, ce ne serait pas la guérison espérée, mais l'assurance qu'un traitement, même imparfait, ne disparaîtra pas faute de matière première.
Il faut être honnête. On ne parle pas ici d'un nouveau médicament en attente d'autorisation, mais d'une plate-forme de production alternative pour une molécule qui existe déjà.
Le passage du laboratoire à l'industrie suppose plusieurs étapes : optimiser le rendement, valider la pureté, démontrer la bioéquivalence, puis obtenir le feu vert d'agences sanitaires comme l'EMA ou la FDA.
Les chercheurs québécois parlent de plusieurs années avant une éventuelle commercialisation. Mais pour la première fois, une équipe a montré que le réseau métabolique complet de la galantamine peut être reconstitué dans une plante alternative.
Pour les 1,4 million de Français concernés et leurs proches aidants, ce ne serait pas la guérison espérée, mais l'assurance qu'un traitement, même imparfait, ne disparaîtra pas faute de matière première.
Sources :
- Néo UQTR, "Découverte et ingénierie métabolique de la biosynthèse des alcaloïdes Amaryllidaceae dans Nicotiana benthamiana", 7 mai 2026
- France Alzheimer, "Prévalence de la maladie d'Alzheimer et des maladies apparentées : 1,4 M de personnes malades en 2025", mars 2025
- The Plant Journal, "An improved Nicotiana benthamiana bioproduction chassis provides novel insights into nicotine biosynthesis", 2024
- Vidal, "Maladie d'Alzheimer : la HAS recommande le déremboursement de 4 médicaments", actualisé 2018
- Antibodies (NCBI), "Galantamine Quantity and Alkaloid Profile in the Bulbs of Narcissus tazetta", 2021
- Néo UQTR, "Découverte et ingénierie métabolique de la biosynthèse des alcaloïdes Amaryllidaceae dans Nicotiana benthamiana", 7 mai 2026
- France Alzheimer, "Prévalence de la maladie d'Alzheimer et des maladies apparentées : 1,4 M de personnes malades en 2025", mars 2025
- The Plant Journal, "An improved Nicotiana benthamiana bioproduction chassis provides novel insights into nicotine biosynthesis", 2024
- Vidal, "Maladie d'Alzheimer : la HAS recommande le déremboursement de 4 médicaments", actualisé 2018
- Antibodies (NCBI), "Galantamine Quantity and Alkaloid Profile in the Bulbs of Narcissus tazetta", 2021


