Actualité Médicale

Alzheimer : cette bactérie buccale retrouvée dans 96% des cerveaux malades intrigue les chercheurs

Par | Publié le 09/01/2026 à 08:52

Une bactérie responsable des maladies des gencives a été retrouvée dans le cerveau de patients atteints d'Alzheimer. Cette découverte, qui fait l'objet de nouvelles publications scientifiques, relance l'hypothèse d'une origine infectieuse de la maladie. Et place l'hygiène bucco-dentaire au cœur des stratégies de prévention.

Une patiente senior lors d'un contrôle dentaire © SeniorActu
Une patiente senior lors d'un contrôle dentaire © SeniorActu

Une bactérie de la bouche retrouvée dans le cerveau

Son nom est difficile à retenir, mais il pourrait bien marquer l'histoire de la recherche sur Alzheimer : Porphyromonas gingivalis. Cette bactérie, responsable des parodontites (inflammations chroniques des gencives), a été identifiée dans le cerveau de patients décédés de la maladie d'Alzheimer.

C'est l'équipe du microbiologiste Jan Potempa, de l'Université de Louisville (États-Unis), qui a fait cette découverte majeure, publiée dans la revue Science Advances. Résultat : 96 % des échantillons cérébraux de patients Alzheimer contenaient des traces de cette bactérie, contre une proportion nettement plus faible chez les sujets sains.

Plus troublant encore : les chercheurs ont également retrouvé des gingipaïnes, des enzymes toxiques produites par la bactérie, dans le cerveau de personnes décédées sans diagnostic d'Alzheimer. Ce qui suggère que l'infection pourrait précéder l'apparition des symptômes.

Comment une bactérie des gencives atteint-elle le cerveau ?

Le mécanisme suspecté est le suivant : en cas de parodontite non traitée, Porphyromonas gingivalis passe dans la circulation sanguine via les petits vaisseaux de la bouche. Elle serait ensuite capable de franchir la barrière hémato-encéphalique, cette membrane protectrice qui sépare le sang du cerveau.

Une fois dans le cerveau, la bactérie libère des gingipaïnes. Ces enzymes toxiques provoquent une inflammation et stimulent la production de protéines bêta-amyloïdes, les fameuses plaques caractéristiques de la maladie d'Alzheimer. Des expériences menées sur des souris ont confirmé ce scénario : après infection buccale, les rongeurs ont développé des lésions cérébrales similaires à celles observées chez les malades humains.

Selon les chercheurs, « l'infection cérébrale par P. gingivalis n'est pas le résultat de soins dentaires déficients suite à l'apparition de la démence, mais un événement précoce ». Autrement dit : ce n'est pas la maladie qui entraîne une mauvaise hygiène, mais potentiellement l'inverse.

Une piste thérapeutique en cours d'exploration

Cette découverte ouvre des perspectives thérapeutiques inédites. Les chercheurs ont développé une molécule, le COR388, capable de bloquer l'action des gingipaïnes. Chez la souris, ce composé a permis de réduire la charge bactérienne dans le cerveau, de diminuer la production de plaques amyloïdes et de protéger les neurones de l'hippocampe, la zone cérébrale liée à la mémoire.

Des essais cliniques ont été menés chez l'humain, mais aucun médicament n'a encore été autorisé à ce jour. Pour David Reynolds, directeur scientifique d'Alzheimer's Research UK, ces travaux méritent attention : « Face à l'absence de nouveaux traitements depuis plus de quinze ans, il est essentiel d'explorer toutes les pistes possibles. »

Par ailleurs, des chercheurs de l'Université de Montréal travaillent sur une protéine naturellement présente dans la gencive saine, la SCPPPQ1, capable de détruire P. gingivalis. Une piste préventive qui pourrait, à terme, être intégrée dans un simple dentifrice.

Ce que cela change pour les seniors

Ces travaux ne prouvent pas que les maladies des gencives causent systématiquement Alzheimer. D'autres facteurs — génétiques, environnementaux, cardiovasculaires — jouent un rôle dans le développement de la maladie. Mais ils renforcent l'idée que la santé bucco-dentaire fait partie des leviers de prévention à ne pas négliger, en particulier après 50 ans.

Les parodontites touchent près de 50 % des adultes de plus de 65 ans en France, selon l'UFSBD (Union française pour la santé bucco-dentaire). Saignements des gencives, dents qui se déchaussent, mauvaise haleine persistante : ces signes doivent inciter à consulter un dentiste sans attendre.

En attendant des traitements ciblés, les recommandations restent simples : brossage deux fois par jour, fil dentaire ou brossettes interdentaires, et visite de contrôle chez le dentiste au moins une fois par an. Des gestes du quotidien qui pourraient, selon cette piste de recherche, contribuer à protéger bien plus que vos dents.

Sources
- Dominy S. et al., « Porphyromonas gingivalis in Alzheimer's disease brains », Science Advances, janvier 2019
- Fondation Alzheimer, « Un lien établi entre infection des gencives et maladie d'Alzheimer », 2018
- France Alzheimer, « Une bactérie liée à une inflammation des gencives serait-elle un facteur de risque ? », juillet 2019
- Université de Montréal, « Une protéine présente dans la gencive pourrait-elle aider à prévenir l'Alzheimer ? », février 2022



Chaque vendredi, l'essentiel de l'actualité des seniors dans votre boite mail !
Facebook
X