- Un casque français vient d'entrer en essai clinique pour traiter une maladie neurodégénérative par la lumière — une première validée par l'ANSM
- La maladie ciblée touche 200 000 personnes en France, mais les deux tiers l'ignorent
- Les résultats ne sont pas attendus avant plusieurs années — et une condition pourrait limiter l'accès au dispositif
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Santé
Alzheimer : ce casque français à infrarouges pourrait ralentir la maladie sans médicamentPar Fabrice Crozier | Publié le 24/03/2026 à 10:33
Un casque en silicone bleu, rangé dans une petite valise noire. À l'intérieur, huit bandes de diodes qui diffusent une lumière invisible à l'œil nu. Depuis mars 2026, une trentaine de patients le portent deux fois par jour à Strasbourg. Objectif : prouver que la lumière proche infrarouge est capable de freiner une maladie neurodégénérative.
Un casque à infrarouges développé par des chercheurs français pourrait ralentir Alzheimer © SeniorActu
1,6 million de malades, zéro traitement de fond
1,4 million de Français vivent avec la maladie d'Alzheimer ou une maladie apparentée.200 000 à 250 000 autres seraient atteints de la maladie à corps de Lewy. Pour toutes ces personnes, le constat est le même : aucun traitement disponible ne ralentit la dégénérescence neuronale. Les médicaments existants soulagent certains symptômes, rien de plus.
C'est dans ce contexte que le Fonds Clinatec, un centre de recherche biomédicale adossé au CEA et au CHU de Grenoble, vient de franchir une étape décisive. Son casque de photobiomodulation, baptisé LUCIOLE Cap, est entré en essai clinique aux Hôpitaux universitaires de Strasbourg début mars 2026. L'Agence nationale de sécurité du médicament a validé le dispositif et le protocole en décembre 2025. Comment de la lumière peut-elle agir sur le cerveau
Le principe repose sur une technique appelée photobiomodulation transcrânienne. Le casque diffuse une lumière proche infrarouge à 810 nanomètres, une longueur d'onde capable de traverser l'os du crâne pour atteindre le cortex cérébral. Cette lumière agit directement sur les mitochondries, les centrales énergétiques des cellules.
En stimulant la production d'ATP, la molécule qui fournit l'énergie aux neurones, elle pourrait interrompre le cercle vicieux de la neuro-inflammation qui accélère la destruction des cellules nerveuses. L'idée n'est pas nouvelle : les travaux du professeur John Mitrofanis, aujourd'hui directeur scientifique du Fonds Clinatec, avaient montré dès 2014 sur des souris une diminution des plaques bêta-amyloïdes caractéristiques d'Alzheimer. Ce qui change, c'est le passage à l'humain dans un cadre médical rigoureux. Pourquoi l'essai cible une maladie que personne ne connaît
Le premier essai clinique cible la maladie à corps de Lewy. Ce choix n'est pas anodin. Cette pathologie, deuxième cause de démence neurodégénérative après Alzheimer, touche environ 200 000 personnes en France. Mais les deux tiers ne sont pas correctement diagnostiqués. Elle se situe à la frontière entre Alzheimer et Parkinson : troubles cognitifs, hallucinations visuelles, problèmes moteurs, troubles du sommeil. Dans 80 % des cas, le diagnostic initial est erroné. Il faut souvent attendre la troisième consultation pour y voir clair.
L'essai, conduit en double aveugle sous la direction du professeur Frédéric Blanc, gériatre et neurologue, inclut une trentaine de patients à un stade précoce de la maladie. Le protocole prévoit deux séances quotidiennes de 32 minutes pendant six mois, avec un mois de suivi supplémentaire. Pour garantir la fiabilité des résultats, un casque placebo identique a été fabriqué : même apparence, même poids, mais sans lumière. Des résistances intégrées reproduisent même la chaleur des diodes pour parfaire l'illusion. Un dispositif médical, pas un gadget bien-être
Ce qui distingue le casque de Clinatec des appareils de photobiomodulation déjà disponibles sur le marché, c'est sa validation scientifique. Le dispositif est encadré par l'ANSM, pas un gadget de bien-être. Des ingénieurs du CEA ont utilisé des jumeaux numériques pour simuler la propagation de la lumière dans le cerveau et optimiser le positionnement des diodes.
Une électronique embarquée permet de contrôler la dose lumineuse en temps réel, et une application dédiée assure le suivi médical des patients à distance. Le casque peut être utilisé en centre de soins ou à domicile, sous supervision médicale. Cette rigueur dans la conception le distingue nettement des dispositifs vendus sans validation clinique sérieuse. Sur le même sujet :
Alzheimer : pourquoi cette piste thérapeutique intrigue tant les chercheurs Après Lewy, Alzheimer et les traumatismes crâniens
L'essai sur la maladie à corps de Lewy n'est qu'un début. D'autres protocoles sont en préparation pour Alzheimer, en partenariat avec les Hospices civils de Lyon, et pour la récupération après traumatisme crânien, avec le CHU de Grenoble et les Hospices civils de Lyon. Les travaux préliminaires menés par IRM fonctionnelle ont déjà confirmé que la lumière proche infrarouge modifiait l'activité du cortex cérébral dès la première exposition, y compris chez des personnes âgées atteintes d'Alzheimer.
L'ambition va au-delà du traitement : le Fonds Clinatec envisage une approche préventive dès la cinquantaine, avant l'installation des symptômes irréversibles. La maladie de Parkinson, rappelle son directeur, est diagnostiquée en moyenne autour de 58 ans, alors qu'elle débute en réalité dix ans plus tôt. 150 casques en 2026, et après
Reste la question de l'accessibilité. Le Fonds Clinatec prévoit la fabrication de 150 casques en 2026, produits par deux entreprises d'Annecy et de Grenoble. La production reste artisanale et le coût élevé. L'objectif affiché est de descendre à moins de 3 000 euros par casque à terme, avec un modèle de prêt ou de location par les hôpitaux et les médecins.
Mais le chemin est encore long. Les résultats de l'essai en cours ne sont pas attendus avant quatre à cinq ans. Et même en cas de succès, il faudra constituer un dossier d'enregistrement complet. Pour les familles confrontées quotidiennement à Alzheimer ou à une maladie apparentée, cette piste ne changera pas la donne immédiatement. Mais elle ouvre, pour la première fois en France, une voie non médicamenteuse crédible, portée par la recherche publique et validée par les autorités sanitaires. Dans un domaine où les échecs thérapeutiques s'accumulent, c'est une avancée qui mérite d'être suivie de près. Ce qu'il faut retenir
Sources :
- Fonds Clinatec, communiqué de presse, 3 février 2026 - L'Usine Nouvelle, 3 février 2026 - Handicap.fr, 2026 - Le Quotidien du Médecin, 2026 - Géroscopie, 2026 - Fondation Covéa, communiqué, 3 février 2026 - France Alzheimer, données de prévalence, mars 2025 Pour aller plus loin :
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