- Un accord signé par les employeurs et les syndicats a été bloqué par un arbitrage politique — la raison divise
- Plus de 200 000 salariés sont concernés, dont une majorité intervient auprès de personnes âgées dépendantes
- Si le secteur ne recrute plus, c'est votre proche qui en paiera le prix — et le chiffre des postes manquants donne le vertige
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Aides à domicile
Aide à domicile : pour la 3e fois, l'État refuse d'augmenter celles qui s'occupent de vos parentsPar Fabrice Crozier | Publié le 21/03/2026 à 18:53
Patronat et syndicats étaient d'accord. L'augmentation était signée : 64 euros brut par mois. L'État a dit non. Pour la troisième fois en un an. Dans un secteur où 40 % des salaires restent sous le SMIC.
Aide à domicile : pour la 3e fois, l'État refuse d'augmenter celles qui s'occupent de vos parents © SeniorActu
64 euros par mois, trois refus en un an
218 000 salariés de l'aide à domicile associative attendaient cette hausse. L'avenant 72, signé le 17 octobre 2025 par l'organisation patronale USB-Domicile avec la CGT et la CFDT, prévoyait une augmentation de 64 euros brut par mois. Son objectif : rattraper le SMIC et freiner l'hémorragie de départs dans un secteur en crise depuis des années.
Par un arrêté publié le 20 mars 2026, le ministère de la Santé a refusé d'agréer cet accord. C'est le troisième refus consécutif. L'avenant 66, qui prévoyait une hausse de 34 euros, avait été rejeté en février 2025. L'avenant 68, portant sur une augmentation générale après trois ans d'immobilisme, a été bloqué en juillet 2025. À chaque fois, le même scénario : les partenaires sociaux négocient, signent, et l'État met son veto. La décision a été rendue publique deux jours après la journée nationale des aides à domicile du 17 mars, un calendrier que le secteur a vécu comme un signal de mépris. Pourquoi l'État bloque un accord que tout le monde a signé
Le mécanisme est peu connu du grand public. Dans l'aide à domicile associative, les accords salariaux ne s'appliquent pas automatiquement. Ils doivent recevoir un agrément du ministère de la Santé pour entrer en vigueur, conformément à l'article L. 314-6 du code de l'action sociale et des familles. Sans cet agrément, un accord signé par les employeurs et les syndicats reste lettre morte. C'est une particularité de ce secteur : dans la plupart des branches, un accord majoritaire entre en application sans validation politique.
Le ministère s'est appuyé sur l'avis défavorable de Départements de France, l'association qui représente les conseils départementaux. Les départements financent une part importante de l'aide à domicile via l'APA (Allocation Personnalisée d'Autonomie, le dispositif qui prend en charge le maintien à domicile des personnes âgées dépendantes). Toute hausse salariale se répercute mécaniquement sur leurs budgets. Leur argument : des finances départementales sous tension qui ne permettent pas d'absorber le surcoût. Le résultat est un renvoi de responsabilité permanent. L'État refuse d'agréer tant que les départements ne s'engagent pas à financer. Les départements refusent de financer tant que l'État ne compense pas. Entre les deux, 218 000 salariés attendent. USB-Domicile dénonce une « impasse préoccupante dans la gouvernance du secteur ». Des salaires sous le SMIC pour celles qui lavent, habillent et nourrissent vos proches
Les chiffres sur les rémunérations sont accablants. Selon Anne Cousin, directrice de la fédération Una, 40 % des salaires de la branche restent inférieurs au SMIC. Le salaire de base d'un entrant dans le secteur est de 1 777 euros brut par mois. Depuis la revalorisation du SMIC au 1er janvier 2026 à 1 823 euros brut, l'écart atteint 46 euros par mois. Concrètement, une aide à domicile qui commence dans le secteur est payée en dessous du minimum légal et doit recevoir une indemnité différentielle pour atteindre le SMIC. Avant la refonte des grilles de 2021, une auxiliaire de vie ne touchait un salaire conventionnel supérieur au SMIC qu'après 17 ans d'ancienneté.
Le rapport El Khomri sur le grand âge et l'autonomie (2019) avait posé le diagnostic : 17,5 % des professionnels de l'aide à domicile vivent sous le seuil de pauvreté, contre 6,5 % pour l'ensemble des salariés français. L'Inspection générale des affaires sociales a depuis confirmé que l'insuffisance structurelle des rémunérations est la cause principale des difficultés de recrutement. Le profil de ces salariés rend la situation plus frappante encore. 95 % sont des femmes. 77 % travaillent à temps partiel, souvent subi. 44 % ont plus de 50 ans. Elles enchaînent les trajets entre chaque domicile, avec une indemnité kilométrique conventionnelle de 0,38 euro le kilomètre, dans un contexte de hausse durable du prix des carburants. USB-Domicile parle ouvertement de « paupérisation des professionnels ». Moins de candidats, plus de bénéficiaires : l'équation impossible
La branche associative a perdu 6 500 salariés entre fin 2021 et fin 2022 selon Recherches et Solidarités. La tendance ne s'est pas inversée. Face à des rémunérations qui stagnent, les candidats se tournent vers la grande distribution, la restauration ou le secteur privé lucratif, qui relève d'une autre convention collective. Le secteur associatif, qui gère historiquement l'accompagnement des publics les plus fragiles, se vide progressivement de ses effectifs.
Dans le même temps, la demande explose. La France compte plus de 18 millions de personnes de plus de 60 ans. L'Insee prévoit plus de 20 millions en 2030, avec un besoin de 305 000 recrutements supplémentaires rien que dans l'accompagnement à domicile. Le secteur devra aussi renouveler 800 000 salariés actuels qui auront dépassé 65 ans d'ici 2050. L'équation est brutale : plus le besoin augmente, moins le secteur attire. Pour les familles, la conséquence est concrète. Délais d'attente allongés pour obtenir un intervenant. Heures d'intervention réduites sans concertation. Rotation permanente des intervenants, qui empêche de créer un lien de confiance avec la personne aidée. Certaines structures associatives refusent désormais de nouveaux bénéficiaires faute de personnel. Le maintien à domicile se dégrade silencieusement. Ce que les familles peuvent surveiller dès maintenant
Une nouvelle réunion paritaire est prévue le 24 mars 2026. USB-Domicile annonce qu'un nouvel avenant sera proposé aux organisations syndicales. Aucune garantie qu'il obtiendra l'agrément que les trois précédents n'ont pas reçu.
En attendant, plusieurs points méritent votre vigilance si vous êtes bénéficiaire de l'APA ou proche d'une personne aidée :
Ce qu'il faut retenir
Sources :
- USB-Domicile, communiqué de presse, 21 mars 2026 - Le Media Social, 19 mars 2026 - Actu Niort / Sud-Ouest, 20 mars 2026 - Dijon Actualités, 21 mars 2026 - Recherches et Solidarités / Banque des Territoires, mars 2023 - Rapport El Khomri sur le grand âge et l'autonomie, 2019 - Insee, Forte hausse attendue de la demande de services à la personne d'ici 2050, mars 2025 Pour aller plus loin :
- GIR 5 ou 6 : l'erreur qui vous prive de 80 heures d'aide à domicile gratuites chaque année La rédaction vous conseille
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