Argent et patrimoine

Succession : ce détail de l'acte que neuf parents sur dix négligent en transmettant

Par | Publié le 28/05/2026 à 10:03

Vous transmettez un appartement de 200 000 € à votre fils. Vingt ans plus tard, à votre décès, il en vaut 400 000 €. Vos autres enfants peuvent-ils réclamer leur part sur 400 000 ou sur 200 000 ? Tout se joue sur un seul mot dans l'acte notarié, ce que la plupart des parents ignorent.

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Un notaire fait signer un acte de donation-partage à un couple de seniors © SeniorActu.com
Un notaire fait signer un acte de donation-partage à un couple de seniors © SeniorActu.com

Le mot qui décide de tout

La France entre dans le plus grand transfert de richesse de son histoire : plus de 9 000 milliards d'euros vont changer de mains d'ici 2040, à mesure que les baby-boomers avancent en âge. Les notaires de Paris ont un mot pour ça, la « grande transmission ».

Dans ce flot de chiffres, un détail décide pourtant du sort des familles. Pas le montant transmis, ni l'impôt qui l'accompagne, mais le moment où la valeur du bien est gelée.

Selon que vous transmettez par une donation simple ou par une donation-partage, vos enfants hériteront d'une situation radicalement différente, parfois à des centaines de milliers d'euros près.

200 000 ou 400 000 : l'écart qui brise les fratries

Reprenons l'appartement donné à 200 000 €, qui en vaut 400 000 € à votre décès. Avec une donation simple, le bien est « rapporté » à la succession pour sa valeur du jour du décès, donc 400 000 €.

Vos autres enfants peuvent alors exiger d'être rééquilibrés sur cette somme réévaluée. L'enfant qui a reçu l'appartement doit verser une compensation, la « soulte », sur une plus-value qu'il n'a pourtant pas créée.

La donation-partage inverse complètement la mécanique. Elle fige la valeur du bien au jour de l'acte, 200 000 €, et l'article 1078 du Code civil verrouille ce chiffre pour toujours.

Au décès, aucune réévaluation, aucun rapport, aucun conflit possible sur la plus-value. Le partage que vous avez organisé de votre vivant devient définitif, sorti de la succession.

Sur vingt ans d'inflation immobilière, l'écart se chiffre vite en dizaines de milliers d'euros. C'est exactement le scénario qui transforme une fratrie soudée en procédure judiciaire après le décès des parents.

Ce que ça coûte vraiment

Avant d'aller plus loin, un fait que les gros titres sur les 9 000 milliards oublient de rappeler. Selon le Conseil d'analyse économique, rattaché à Matignon, 85 à 90 % des successions en ligne directe ne paient aucun droit.

Neuf familles sur dix qui transmettent à leurs enfants ne versent pas un centime au fisc. La peur de l'impôt sur l'héritage, pour le foyer ordinaire, ne repose donc presque sur rien.

Sur le plan fiscal, la donation-partage ne coûte pas plus cher que la donation classique. Le même abattement de 100 000 € par parent et par enfant s'applique, et il se recharge tous les 15 ans.

Un parent de moins de 80 ans peut même y greffer le don familial de somme d'argent, plafonné à 31 865 € au profit d'un enfant majeur, ce qui porte à près de 132 000 € la somme transmissible en franchise totale par un seul parent.

Le surcoût tient aux émoluments du notaire, l'acte étant obligatoire. Ils suivent un barème national dégressif par tranches, de l'ordre de 1 % de la valeur sur les tranches élevées, soit environ 2 400 € TTC pour une donation de 200 000 €.

Ce tarif est réglementé, donc identique d'une étude à l'autre. Inutile de comparer trois notaires sur le prix : la vraie différence se joue sur le conseil, et les chambres départementales proposent un premier rendez-vous gratuit de trente minutes.

Le piège qui fait tout sauter

Voici le piège que les guides oublient de marteler. Le gel de la valeur n'est pas automatique : il dépend entièrement de la façon dont l'acte est rédigé.

Depuis un arrêt du 6 mars 2013, confirmé en dernier lieu le 2 juillet 2025, la Cour de cassation l'exige clairement. Pour que les valeurs soient figées, chaque enfant doit recevoir un lot bien à lui, identifié, sans aucune part laissée en indivision avec ses frères et sœurs.

Si l'acte laisse un seul bien en indivision, la donation-partage est requalifiée en simples donations. Le gel des valeurs s'effondre alors, comme s'il n'avait jamais existé.

Autrement dit, un acte mal ficelé vous fait croire que vous avez protégé vos enfants, alors que vous les avez exposés au rapport et au conflit.

C'est précisément là que se joue la différence entre un notaire spécialisé en transmission et un acte bâclé. La jurisprudence sanctionne sans pitié les partages approximatifs, et la facture du raté retombe sur vos enfants, jamais sur vous.

Pour qui, et quel est le vrai danger

La donation-partage n'est pas réservée aux gros patrimoines. Elle vaut dès qu'il y a plusieurs enfants et un bien susceptible de prendre de la valeur, un appartement, des parts de société, un terrain.

Elle s'ouvre aussi aux petits-enfants, dans sa version transgénérationnelle, à condition d'avoir l'accord de l'enfant qui s'efface. Pour les familles recomposées, elle autorise des lots inégaux entre enfants, tant que la part minimale garantie par la loi à chacun reste respectée.

La déclaration se fait dans le mois suivant la signature, désormais en ligne. Les conditions complètes sont détaillées sur service-public.gouv.fr.

Reste le vrai sujet que masque le chiffre des 9 000 milliards. Le danger n'est pas que le fisc se serve, il se sert très peu en ligne directe.

Le danger, c'est de transmettre sans avoir verrouillé le partage. Et de léguer à ses enfants une bataille là où vous pensiez laisser un héritage apaisé.

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