L'étude de la Drees met aussi en lumière un paradoxe majeur sur le front des établissements. En 2021, la France comptait
640 000 places en Ehpad et en Unités de Soins de Longue Durée (USLD, les services hospitaliers accueillant des personnes âgées très dépendantes, comptabilisés avec les Ehpad dans cette étude). Pour maintenir les pratiques actuelles d'accueil, il faudrait en créer
365 000 supplémentaires d'ici 2050. Or, le nombre de places a au contraire
légèrement diminué entre 2019 et 2023. La tendance va donc à l'encontre des besoins.
📊 Résidents en perte d'autonomie sévère
59 %
🏥 Places supplémentaires nécessaires
+365 000
📊 Résidents en perte d'autonomie sévère
85 %
Si aucune place supplémentaire n'est créée, les Ehpad se spécialiseraient mécaniquement dans l'accueil des cas les plus lourds. En 2050,
85 % de leurs résidents seraient en situation de perte d'autonomie sévère, contre 59 % en 2021. Les personnes âgées encore relativement autonomes n'y trouveraient plus de place.
L'autre solution — celle que le gouvernement semble privilégier à travers son futur plan grand âge — est le maintien à domicile et le développement des résidences autonomie (des logements collectifs pour seniors encore capables de vivre seuls, avec un accompagnement léger au quotidien). Mais là encore, l'effort à fournir est considérable. Les
113 000 places actuelles en résidences autonomie devraient être
multipliées par 4,6 d'ici 2050 pour absorber les besoins. Et
60 % de leurs résidents auraient alors besoin d'une aide à l'autonomie, contre seulement 26 % aujourd'hui. Ces structures, conçues à l'origine pour des seniors valides, devraient donc se transformer en profondeur : plus de personnel soignant, plus d'accompagnement, plus de moyens.
Au total, qu'il s'agisse d'Ehpad, de résidences autonomie ou d'aide à domicile, c'est l'ensemble de la filière qui doit recruter massivement. Et c'est là que le bât blesse : les métiers de l'aide aux personnes âgées souffrent depuis des années d'un déficit d'attractivité. Salaires bas, horaires décalés, conditions de travail difficiles — les candidats manquent déjà aujourd'hui. Projeter 200 000 postes supplémentaires dans ce contexte revient à mesurer l'ampleur du défi.