Aides à domicile

Salariés aidants : une réalité massive encore peu visible

Une enquête nationale menée par l’agence HOW MUCH du 29 janvier au 6 février 2026 auprès de 3 204 personnes met en lumière une situation largement répandue : l’aidance concerne aujourd’hui une part importante de la population active, mais reste souvent silencieuse en entreprise.


Un Français sur cinq concerné

En 2025, 22% des Français déclarent avoir aidé régulièrement un proche au cours des douze derniers mois. Parmi eux, 18% sont encore en situation d’aidance actuellement.
 
Les estimations de l’Observatoire OCIRP 2025 évoquent environ 5 millions de salariés aidants en France, soit près de 7% de la population. Loin d’être marginal, le phénomène touche donc plusieurs millions de familles.
 
L’aide apportée est majoritairement familiale et ascendante : il s’agit le plus souvent d’un parent âgé en perte d’autonomie.

Lorsque l’aidant ne soutient qu’une seule personne, il s’agit principalement d’un parent, puis d’un conjoint ou d’un enfant. Les grands-parents et autres proches sont moins fréquemment concernés.
 
Par ailleurs, 35% des aidants accompagnent plusieurs proches simultanément.
Une femme de 55 ans au téléphone dans un couloir de bureau, entre deux obligations © SeniorActu
Une femme de 55 ans au téléphone dans un couloir de bureau, entre deux obligations © SeniorActu

​Une charge régulière et parfois lourde

L’aidance représente un investissement en temps significatif. Près de deux aidants sur trois y consacrent au moins six heures par semaine : 29% entre 6 et 10 heures et 36% plus de 10 heures.
 
À l’inverse, 35% déclarent y consacrer moins de cinq heures hebdomadaires. Ces chiffres montrent des situations très contrastées, allant d’un soutien ponctuel à un engagement quasi quotidien.

​La « génération sandwich »

Parmi les aidants qui accompagnent un parent âgé, un gros tiers (36%) fait partie de la « génération sandwich » : ils s’occupent à la fois d’un ou plusieurs enfants à charge et d’un proche dépendant.

Cette double responsabilité concerne donc plus d’un tiers des aidants impliqués auprès d’un parent.

​Des effets concrets sur la vie professionnelle

L’enquête met en évidence un impact réel sur le travail.

Parmi les principales conséquences déclarées : ainsi plus de la moitié -57%- évoque une baisse de disponibilité ou de productivité, un tiers un recours accru au télétravail et 29% des retards ou absences imprévues.
 
Cependant, 38% estiment ne constater aucun impact notable sur leur activité professionnelle, ce qui traduit une grande diversité de situations selon l’intensité de l’aide et le contexte personnel.
 
Sur le plan des trajectoires professionnelles : 21% citent en premier des congés ou absences liés à leur situation, 17 % ont réduit leur temps de travail et 12% ont renoncé à une opportunité (promotion, mobilité, mission).
 
À l’inverse, un petit quart (23%) déclare ne constater aucun effet sur leur salaire ou leur carrière, tandis que 26 % redoutent un impact futur.

​Une situation largement tue en entreprise

Malgré ces ajustements, 61% des salariés aidants n’ont informé personne de leur situation au travail. Seuls 37% déclarent l’avoir signalée à leur employeur, le plus souvent à leur manager.
 
Plusieurs raisons expliquent ce silence : un bon tiers (34%) souhaite maintenir une séparation entre vie privée et vie professionnelle, un quart (24% ne se sent pas légitimes, 21% ignorent que l’aidance peut être reconnue en entreprise et 28% ne connaissent pas les dispositifs existants.
 
S’y ajoutent des craintes liées à la carrière : un quart redoute un impact professionnel, 23% ont peur d’être jugés, 19  craignent d’être perçus comme moins fiables et 18% évoquent un risque de stigmatisation.

​Une dimension financière non négligeable

L’aidance a également un coût. Plus de la moitié (57%) des aidants déclare supporter au moins une dépense ou une baisse de ressources liée à leur situation, dont 21% jugent ces dépenses significatives (transport, soins, aide à domicile). Et 41% indiquent en revanche ne pas avoir eu de frais directs.

​Une forte attente de solutions concrètes

Face à ces constats, un très large majorité (81%) des aidants se dit favorable à la mise en place d’un accord d’entreprise spécifique : 46% y sont tout à fait favorables et 35% plutôt favorables.
 
Les mesures jugées les plus utiles concernent avant tout l’organisation du temps : 55% citent le télétravail ou les horaires flexibles, 45% les congés dédiés ou la banque de jours, 32% un temps partiel temporaire sans pénalité et un quart la mise en place d’un référent RH ou d’un accompagnement dédié.
 
En parallèle, 18% des répondants ne savent pas si des mesures existent dans leur entreprise, 22% n’en connaissent aucune et 10% déclarent qu’il n’y en a pas.
 
Cette enquête met en évidence une réalité à la fois répandue et encore peu visible. L’aidance concerne des millions de personnes, souvent à un moment charnière de leur vie familiale et professionnelle. Entre engagement auprès d’un proche, équilibre personnel et maintien dans l’emploi, la question apparaît désormais comme un enjeu social durable.

Par | Publié le 19/02/2026 à 09:02 | mis à jour le 20/02/2026 à 21:39

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