Argent et patrimoine

Rachat de crédit : pourquoi la mensualité baisse mais le coût réel explose après 60 ans

Il faut dire que la promesse est séduisante : un seul prélèvement au lieu de trois, une mensualité divisée par deux, un budget qui respire enfin. Les courtiers en rachat de crédit le savent, et ils ciblent de plus en plus les retraités.



148 013 dossiers de surendettement en un an : qui bascule ?

En 2025, la Banque de France a enregistré 148 013 dossiers de surendettement en France, soit une hausse de 9,8 % sur un an. Parmi ces ménages surendettés, 14 % sont des retraités. Et la part des dettes à la consommation dans leur endettement global atteint désormais 44 %.

Or c'est précisément ce type de crédit, prêt personnel, crédit auto, crédit renouvelable, que le rachat promet de faire disparaître. En apparence, le mécanisme fonctionne : vous regroupez vos crédits en un seul emprunt, votre mensualité chute parfois de 40 à 60 %, et votre relevé bancaire redevient lisible.

Sauf que cette baisse a un prix, et il est rarement affiché en gros caractères. D'ailleurs, la moitié des surendettés interrogés par la Banque de France déclarent que leurs difficultés financières durent depuis plus de deux ans. Le rachat de crédit n'a manifestement pas suffi à les en sortir.

La mensualité fond, le coût total flambe

Le piège porte un nom technique : l'allongement de la durée de remboursement. Pour faire baisser la mensualité, l'organisme qui rachète vos crédits étale le remboursement sur une période plus longue. Passer de dix ans à vingt-cinq ans de remboursement, c'est mathématiquement doubler ou tripler le montant total des intérêts versés.

Vous payez moins chaque mois, mais vous payez bien plus au total. Et c'est justement ce chiffre-là, le coût total du crédit, que les simulations commerciales mettent rarement en avant. Elles préfèrent mettre en scène la mensualité réduite, qui rassure, plutôt que le montant global, qui inquiète.

Le faux sentiment de sécurité qui en découle est redoutable : le budget semble stabilisé, la pression disparaît, et certains retraités reprennent de nouveaux crédits à la consommation en pensant avoir retrouvé de la marge. Le risque de rechute dans le surendettement est alors maximal.

L'assurance emprunteur : le surcoût invisible après 60 ans

Pour un retraité, le mécanisme se referme encore plus vite à cause d'un poste que personne n'anticipe à sa juste mesure : l'assurance emprunteur. Cette couverture, obligatoire pour garantir le remboursement en cas de décès ou d'invalidité, coûte entre 0,60 et 1 % du capital emprunté après 60 ans. Après 70 ans, ce taux grimpe jusqu'à 1,50 %, voire 2 %.

Un emprunteur de 30 ans paie entre 0,15 et 0,30 %. Le rapport va de un à dix. Sur un rachat de 100 000 euros étalé sur quinze ans avec un taux d'assurance de 0,90 %, l'assurance seule coûte environ 13 500 euros, soit près du tiers du coût des intérêts eux-mêmes.

C'est un surcoût massif qui ne figure pas toujours dans la mensualité affichée par le courtier lors de la première simulation. Car les banques calculent souvent le taux d'assurance sur le capital initial emprunté, pas sur le capital restant dû : vous payez le même montant d'assurance la première année et la dernière, même quand votre dette a fondu.
 
📊Taux d'assurance emprunteur selon l'âge
👤
Moins de 30 ans0,15 à 0,30 %
👤
60 à 70 ans0,60 à 1,00 %
⚠️
Plus de 70 ans1,50 à 2,00 %

Après 65 ans, les garanties disparaissent une à une

Reste un piège que peu de retraités repèrent avant la signature : les garanties qui disparaissent avec l'âge. Après 65 ans, la plupart des assureurs suppriment la couverture en cas d'incapacité de travail ou d'invalidité partielle. Après 70 ans, seule la garantie décès subsiste dans la majorité des contrats, et elle cesse généralement de s'appliquer à 85 ans.

Si votre rachat de crédit court jusqu'à 87 ans, vous passez les deux dernières années sans aucune protection. En cas de problème de santé grave sur cette période, c'est vous ou vos héritiers qui assumez le solde restant.

Jugez-en plutôt : un retraité qui signe un rachat à 68 ans sur vingt ans termine à 88 ans. Son assurance décès s'arrête à 85. Pendant trois ans, il rembourse un crédit sans filet.

Un plafond d'endettement plus serré qu'il n'y paraît

Un autre point mérite votre vigilance : le taux d'endettement. La recommandation du Haut Conseil de stabilité financière fixe un plafond de 35 %, assurance comprise. Or votre pension de retraite, bien que prise en compte intégralement, est par nature fixe : contrairement à un actif, vous n'avez ni perspective d'augmentation ni prime pour absorber une charge de crédit supplémentaire.

Avec une pension nette de 1 400 euros par mois, votre mensualité maximale tous crédits confondus ne peut pas dépasser 490 euros, assurance emprunteur incluse. Si le rachat de crédit vous fait passer au-dessus de ce seuil, ou sous le reste à vivre exigé par l'organisme prêteur, le dossier est tout simplement refusé. Et si le courtier ne vous a pas alerté en amont, vous aurez perdu du temps et entamé vos chances auprès d'autres établissements.

Convention AERAS et délégation : deux armes méconnues

Face à ce mur, un dispositif existe et reste très peu mobilisé par les retraités : la convention AERAS. Ce mécanisme, qui signifie « s'assurer et emprunter avec un risque aggravé de santé », impose aux assureurs d'examiner votre dossier à trois niveaux successifs avant de vous refuser. Si vous avez comme moi dépassé la soixantaine, la convention s'applique automatiquement dès qu'un problème de santé complique votre accès à l'assurance.

Elle couvre les prêts immobiliers et professionnels jusqu'à 420 000 euros, à condition que le contrat d'assurance arrive à échéance avant votre soixante et onzième anniversaire. Pour les revenus modestes, un mécanisme d'écrêtement plafonne la surprime dans le taux effectif global du prêt. Ce n'est pas la panacée, mais c'est un bouclier que trop peu de retraités connaissent.

L'autre levier que nous ignorons trop souvent, c'est la délégation d'assurance. La loi Lemoine, en vigueur depuis 2022, permet de changer d'assurance emprunteur à tout moment, sans frais et sans pénalité. Les contrats de groupe proposés par les banques appliquent des taux forfaitaires qui mutualisent le risque entre tous les assurés, ce qui les rend structurellement plus chers pour les profils seniors. Or un contrat individuel, négocié auprès d'un assureur externe, peut descendre jusqu'à 0,75 % même après 60 ans, selon le profil médical. La différence sur quinze ans représente plusieurs milliers d'euros.

Avant de signer un rachat de crédit, posez une seule question au courtier : quel est le coût total du crédit, assurance comprise, sur toute la durée du remboursement ? Si la réponse est floue, c'est que le piège est déjà en place. Vous l'avez compris : le vrai danger du rachat de crédit après 60 ans, ce n'est pas la mensualité. C'est tout ce qui se cache derrière.

CE QU'IL FAUT RETENIR

  1. Le rachat de crédit réduit la mensualité en allongeant la durée, ce qui peut doubler ou tripler le coût total des intérêts versés
  2. Après 60 ans, l'assurance emprunteur coûte entre 0,60 et 1 % du capital emprunté, contre 0,15 à 0,30 % pour un trentenaire — après 70 ans, le taux peut atteindre 2 %
  3. Les garanties invalidité et incapacité disparaissent progressivement après 65 ans, et la garantie décès cesse généralement à 85 ans
  4. La convention AERAS et la délégation d'assurance (loi Lemoine, 2022) sont deux leviers qui permettent de limiter le surcoût et d'obtenir de meilleures conditions
  5. Avant de signer, exigez le coût total du crédit assurance comprise : c'est le seul chiffre qui dit la vérité

 
Sources :
- Banque de France, "L'essentiel du surendettement en 2025", février 2026
- Banque de France, "Typologie du surendettement des ménages – 2025", février 2026
- Service-public.gouv.fr, "Convention AERAS", mise à jour mai 2025
- Meilleurtaux, "Taux d'assurance emprunteur selon l'âge", novembre 2025

Par | Publié le 06/04/2026 à 09:00



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