Retraite

Pension de réversion : le rapport qui inquiète 4 millions de bénéficiaires

Par | Publié le 11/12/2025 à 06:00

Le Conseil d'orientation des retraites vient de remettre un rapport proposant une refonte majeure des pensions de réversion. Entre nouvelle formule de calcul, élargissement aux couples non mariés et harmonisation des régimes, les scénarios étudiés inquiètent autant qu'ils interrogent sur l'avenir de ce dispositif qui concerne 4,4 millions de bénéficiaires.

Formulaire CERFA de demande de pension de reversion ©  Gautier Normand/Shutterstock
Formulaire CERFA de demande de pension de reversion © Gautier Normand/Shutterstock

Un rapport attendu après deux années de travaux

Le Conseil d'orientation des retraites a remis en novembre 2025 un rapport thématique consacré aux droits familiaux et conjugaux de retraite. Ce document, fruit de plus de deux années de réflexion et de cinq séances dédiées entre octobre 2023 et septembre 2025, répond à une demande formulée par le gouvernement. Les pensions de réversion représentent un enjeu financier considérable, évalué à 38,7 milliards d'euros en 2024, soit une part significative des 63,6 milliards d'euros consacrés à l'ensemble des droits familiaux et conjugaux. Ces montants correspondent à environ 16 % des pensions versées cette même année.

Le dispositif actuel concerne près de 4,4 millions de personnes en France, parmi lesquelles les femmes constituent une écrasante majorité. Selon les données du COR, près de neuf bénéficiaires sur dix sont des femmes, une proportion qui s'explique par leur espérance de vie plus longue et par des pensions de droit propre généralement plus faibles que celles des hommes. En 2023, l'écart entre les pensions moyennes de droit direct des femmes et celles des hommes atteignait 35 %. Les pensions de réversion permettent de réduire cet écart d'un tiers, le ramenant à 23 %.
 

Une grande disparité entre les régimes actuels


Le système actuel se caractérise par une hétérogénéité importante des règles selon les régimes de retraite. Le taux de réversion varie ainsi de 50 % dans la fonction publique et certains régimes spéciaux à 60 % dans les régimes complémentaires comme l'Agirc-Arrco, en passant par 54 % dans le régime général. Les conditions d'attribution diffèrent également de manière significative. Certains régimes imposent une condition de ressources, d'autres non. L'âge minimum pour bénéficier de la pension varie, tout comme l'existence ou non d'une durée minimale de mariage requise.

Dans le régime général, le plafond de ressources pour 2025 est fixé à 24 710,40 euros par an pour une personne vivant seule et à 39 536,64 euros pour une personne en couple. En revanche, l'Agirc-Arrco n'impose aucune condition de ressources pour l'attribution de la réversion complémentaire. Cette situation crée des disparités que le COR juge incohérentes. Il est ainsi possible de se voir refuser la réversion au régime de base pour dépassement du plafond de ressources tout en la percevant au régime complémentaire. Par ailleurs, seuls les conjoints mariés sont actuellement éligibles à la pension de réversion, excluant de fait les partenaires pacsés et les concubins.

Une nouvelle formule de calcul à l'étude

Le rapport du COR propose une transformation substantielle du mode de calcul de la pension de réversion. L'objectif affiché est de garantir le maintien du niveau de vie du conjoint survivant, considéré comme la finalité prioritaire du dispositif. La formule envisagée intégrerait désormais la pension propre du conjoint survivant dans le calcul. Elle s'établirait ainsi : le montant de la pension totale de réversion correspondrait aux deux tiers de la pension du défunt, diminués d'un tiers de la pension du conjoint survivant. Si ce résultat s'avérait négatif ou nul, aucune pension de réversion ne serait versée.

Cette nouvelle approche viserait à limiter simultanément les pertes de niveau de vie des conjoints survivants dépourvus de droits propres et les hausses excessives de niveau de vie pour ceux disposant déjà d'une pension confortable. Le COR estime qu'une telle réforme permettrait de maintenir le niveau de vie du conjoint survivant dans la majorité des cas. Néanmoins, les effets individuels seraient hétérogènes. Les simulations réalisées pour une mise en œuvre au premier janvier 2026 indiquent que seules 34 % des femmes seraient gagnantes, contre 2 % des hommes. Cette répartition suscite des interrogations sur l'équité de la mesure.

Vers une ouverture aux couples non mariés

Parmi les évolutions envisagées figure l'extension des droits à réversion aux partenaires pacsés et, sous certaines conditions, aux concubins. Cette piste répond à l'évolution des structures familiales observée au cours des dernières décennies. En 2022, parmi les personnes en couple cohabitant, 72 % étaient mariées, 9 % pacsées et 18 % vivaient en union libre. Le nombre de pactes civils de solidarité conclus chaque année avoisine désormais celui des mariages. En 2023, près de 204 000 PACS ont été signés en France.

Le COR note que plusieurs pays européens ont déjà ouvert leurs pensions de réversion aux partenaires non mariés. En Espagne, au Canada, au Japon et aux Pays-Bas, les pensions de réversion sont accessibles aux partenaires cohabitant, sous conditions additionnelles telles qu'une durée minimale de cohabitation de cinq ans en Espagne. Une telle extension en France soulève toutefois la question du financement. Sans économies réalisées par ailleurs ou modification de la formule de calcul, l'élargissement du nombre de bénéficiaires entraînerait mécaniquement des coûts supplémentaires ou une diminution des droits pour les bénéficiaires actuels.

Des réactions contrastées et un calendrier incertain

Les pistes avancées par le COR suscitent des réactions diverses parmi les organisations syndicales et les acteurs du secteur. La CGT a critiqué une réforme jugée motivée par des considérations essentiellement financières plutôt que par une logique de justice sociale. L'organisation dénonce un projet qui serait, selon elle, encore plus individualiste et pénalisant pour les femmes. L'UNSA, tout en reconnaissant l'utilité du rapport, regrette que certaines pistes cruciales, comme la situation des familles monoparentales ou celle des parents ayant élevé des enfants en situation de handicap, ne soient pas davantage explorées.

Le rapport précise qu'avec les pistes de rénovation proposées, les dépenses consacrées aux prestations totales diminueraient de 1,3 % d'ici 2070. Une généralisation de la condition de ressources à tous les régimes ferait quant à elle baisser les dépenses de réversion de 17 % à cet horizon. Ces économies potentielles pourraient être réorientées vers les politiques familiales ayant un effet positif sur l'offre de travail des mères, comme la baisse du coût de garde des enfants ou une meilleure offre de places en crèche. Pour l'heure, aucune mesure n'a été officiellement adoptée. Le rapport constitue une base de réflexion, mais les arbitrages politiques restent à venir dans un contexte budgétaire contraint.

Le débat oppose ainsi une logique comptable visant à maîtriser les dépenses publiques et une logique sociale attachée à la protection des veuves et veufs les plus vulnérables. Les membres du COR reconnaissent eux-mêmes que toute évolution fera inévitablement des gagnants et des perdants. La complexité du sujet, touchant à la fois aux questions familiales, à l'emploi des femmes et aux équilibres financiers du système de retraite, explique la prudence qui entoure ces travaux. Les discussions approfondies se poursuivront pour évaluer les impacts des différents scénarios envisagés avant toute décision définitive.

Sources :
« Droits familiaux et conjugaux de retraite – 16e rapport thématique du COR », Conseil d'orientation des retraites, novembre 2025
« Retraites : un rapport du COR sur les pensions de réversion et les droits familiaux », Vie-publique.fr, 24 novembre 2025



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