Culture

Mozart : de quoi est-il réellement mort ?

Par | Publié le 09/01/2026 à 19:17

Accréditée par la pièce de Peter Shaffer et le film de Milos Forman, la thèse d'un empoisonnement commandité par Salieri semble avoir convaincu le plus grand nombre. Mais la réalité est probablement tout autre, comme le révèle l'analyse du carnet de santé du compositeur.

Illustration libre de Wolfgang Amadeus Mozart sur son lit de mort en 1791 © SeniorActu
Illustration libre de Wolfgang Amadeus Mozart sur son lit de mort en 1791 © SeniorActu

La légende de l'empoisonnement par Salieri enfin démystifiée

La thèse d'un empoisonnement commandité par Antonio Salieri, compositeur en titre de la Cour qui se serait senti menacé par le génie de Mozart, a longtemps alimenté l'imaginaire collectif. Le film Amadeus de Milos Forman, adapté de la pièce de Peter Shaffer, a largement contribué à ancrer cette légende dans les esprits.

Pourtant, à la lumière des correspondances attribuées à Léopold Mozart, son père, à Wolfgang lui-même et à son entourage direct, les médecins d'aujourd'hui ont pu retracer le « carnet de santé » du compositeur. Leurs conclusions permettent de porter un diagnostic scientifique bien plus précis sur son parcours médical et sur les conditions probables de son décès.

Une enfance marquée par les premières infections

Dès l'âge de 6 ans, alors qu'il était encore à Schoenbrunn, Mozart présenta sur les tibias, les fesses et les coudes des taches de la grosseur d'un « kreuzer », rouges, douloureuses et en relief, accompagnées de fièvre. On diagnostiqua alors une scarlatine. Les médecins pensent désormais qu'il s'agissait plus vraisemblablement d'une périartérite noueuse d'origine streptococcique.

Trois ans plus tard, à La Haye, Wolfgang sombra dans un coma fébrile pendant une semaine. Léopold écrivit alors : « Wolfgang est méconnaissable, il n'a plus que la peau sur les os ». Le docteur Peter Davies, historiographe médical du compositeur, pense qu'il s'agissait d'une fièvre typhoïde.

Un an plus tard, Wolfgang fut affecté par une deuxième crise de fièvre rhumatismale, ce qui n'aurait pas dû se produire. Néanmoins, son cœur ne parut pas gravement endommagé par ces fièvres qui avaient été jugées « bénignes ».

La variole de 1767 : un refus de vaccination aux lourdes conséquences

En 1767, alors qu'il était à Olmütz, Wolfgang contracta la variole. Son père avait refusé de le faire vacciner alors qu'une épidémie sévissait dans la région. On administra donc à l'enfant et à Nannerl, sa sœur également atteinte, un remède « familial » : de la poudre de margrave*. Tous deux recouvrèrent la santé, non sans mal, au bout d'un mois.

En 1784, le compositeur fut à nouveau affecté par le streptocoque. Cette récidive se compliqua d'un syndrome de Schönlein-Henoch : une glomérulonéphrite chronique entraînant une insuffisance rénale accompagnée d'œdèmes, d'une diminution du taux de protéines dans le sang et de lésions cutanées.

Les années 1787-1790 : un génie créatif malgré la maladie

En 1787, puis deux fois en 1790, Wolfgang présenta de nouvelles fièvres streptococciques. Mais son état de santé ne l'empêcha pas de travailler. Et lorsqu'il n'écrivait pas ses compositions sur papier à musique, il continuait à « composer » mentalement, sans répit.

Ainsi, pour la seule année 1791, la dernière de sa courte vie, pas moins de 38 compositions sont répertoriées au catalogue Koechel. Parmi elles figurent le Concerto pour piano n°27, le Concerto pour clarinette en La, deux opéras (La Clémence de Titus et La Flûte enchantée), et le célèbre Requiem, en partie achevé par Süssmayr. Ce dernier, qui assista Mozart sur son lit de mort, avait recueilli de la bouche du compositeur toutes les indications pour terminer cette œuvre de commande.

Les derniers jours : du 19 novembre au 5 décembre 1791

Le soir du 19 novembre, Wolfgang présenta un œdème douloureux des mains et des pieds, de la fièvre, des vomissements et une hémiparésie. Le 20 novembre, le Dr Closset diagnostiqua une méningite. Le 28, l'état de Mozart s'aggrava brutalement : l'œdème se généralisa et ses migraines devinrent très violentes.

Pendant de rares accalmies, il travaillait toujours à son Requiem. Le 3 décembre, il en organisa même une répétition des premiers mouvements dans sa chambre. Il confia alors à sa belle-sœur Sophie : « J'ai déjà le goût de la mort dans la bouche, je sens la mort… ».

Le Dr Closset examina Mozart le 4 décembre et lui fit appliquer des compresses froides sur le front. Mais cela eut pour effet de secouer le malade de convulsions si violentes qu'il en perdit connaissance. Le 5 décembre 1791, à une heure moins cinq du matin, Mozart n'était plus.

La vérité sur les funérailles de Mozart

La mort de Mozart frappa de stupeur le peuple de Vienne qui, dans un théâtre des Faubourgs, avait applaudi avec enthousiasme la magistrale « Flûte enchantée ». On l'enterra relativement vite, comme c'était l'usage à l'époque.

Contrairement à une croyance fortement répandue, Mozart ne fut pas mis dans une fosse commune, mais dans un caveau destiné à recueillir les corps des personnes décédées en hiver, la terre étant gelée. Il s'agissait certes d'un enterrement de 3ᵉ classe, mais très couramment pratiqué à cette époque.

Sa femme Constance, très affectée et malade, ne fut pas présente aux funérailles. Cependant, les amis proches de Mozart y assistèrent pour lui rendre un dernier hommage.

* La poudre de Margrave : un remède du XVIIIe siècle

La poudre de Margrave (Margrave Powder) était un remède anti-épileptique très populaire aux XVIIe et XVIIIe siècles, utilisé pendant environ 300 ans dans toute l'Europe. Son nom fait référence à un margrave, titre de noblesse allemand, qui aurait popularisé cette recette.

Composition (9 ingrédients principaux) :
 
  • Ivoire : propriété cordiale (fortifiante)
  • Spodium (os calcinés) : propriété cordiale
  • Feuilles d'or : propriété cordiale
  • Perle : anti-convulsions et fortifiant
  • Racine de pivoine : anti-épileptique traditionnel
  • Gui (mistletoe) : anti-épileptique
  • Corail : utilisé comme amulette anti-épileptique
  • Corne de licorne (en réalité corne de narval ou rhinocéros) : anti-épileptique
  • Sabot d'élan : anti-épileptique
 
Usage pour Mozart :

Cette poudre a été administrée régulièrement à Wolfgang Amadeus Mozart lors de ses épisodes fiévreux, notamment durant son enfance. Leopold Mozart décrit dans sa correspondance que son fils fut traité avec « Pulvis Epilepticus Niger » et « Margrave Powders » pendant 11 jours lors d'un épisode d'érythème noueux à Vienne, dès 1762.

Pour en savoir plus sur les traitements médicaux de l'époque de Mozart, consultez Médecine des Arts.

Sources :
- Hélène Crozier, 2006
- Dr Peter Davies, historiographe médical de Mozart



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