Bien-être

Mélatonine : ce complément pris par des millions de Français pourrait fragiliser le cœur

Une étude américaine de grande ampleur associe la prise prolongée de mélatonine à un risque accru d'insuffisance cardiaque. Voici ce que révèlent les chercheurs — et ce que vous devez savoir si vous en prenez régulièrement.

bien-être mélatonine complément alimentaire sommeil senior © SeniorActu
bien-être mélatonine complément alimentaire sommeil senior © SeniorActu

Un signal d'alerte venu d'une étude sur 130 000 patients

Elle est en vente libre dans toutes les pharmacies. Des millions de Français la prennent chaque soir pour mieux dormir. Pourtant, une étude préliminaire présentée en novembre 2025 lors du congrès de l'American Heart Association (AHA) à La Nouvelle-Orléans vient bousculer la réputation de la mélatonine.

Les chercheurs ont analysé les dossiers médicaux de 130 828 adultes souffrant d'insomnie chronique. Leur constat : les personnes prenant de la mélatonine depuis un an ou plus présentaient une probabilité accrue de développer une insuffisance cardiaque. Un résultat qui interpelle, surtout chez les seniors, premiers concernés par cette supplémentation.

Ce que montre l'étude (et ce qu'elle ne prouve pas)

L'équipe du Dr Ekenedilichukwu Nnadi, du centre hospitalier SUNY Downstate à Brooklyn (New York), a comparé deux groupes d'insomniaques sur cinq ans. Le premier prenait de la mélatonine depuis au moins douze mois. Le second n'en prenait pas. Les deux groupes ont été appariés selon 40 critères : âge, sexe, antécédents cardiovasculaires, pression artérielle, traitements en cours.

Concrètement, ce que révèle cette étude observationnelle :
Témoin Sans mélatonine
🩺
Insuffisance cardiaque sur 5 ans (association)
2,7 %
🏥
Hospitalisation pour insuffisance cardiaque (association)
6,6 %
📊
Mortalité toutes causes (association)
4,3 %
Mélatonine Usage ≥ 1 an
🩺
Insuffisance cardiaque sur 5 ans (association)
4,6 % (+89 %)
🏥
Hospitalisation pour insuffisance cardiaque (association)
19 % (×3,5)
📊
Mortalité toutes causes (association)
7,8 % (×1,8)
Point essentiel : il s'agit d'une association statistique, pas d'un lien de cause à effet démontré. Les résultats n'ont pas encore été publiés dans une revue scientifique à comité de lecture.

Qui est le plus exposé à ce risque potentiel

Vous êtes peut-être concerné sans le savoir. En France, 1,4 million de boîtes de compléments alimentaires à base de mélatonine sont vendues chaque année, selon l'Ordre des pharmaciens. En dessous de 2 mg par jour, ces produits sont en vente libre, sans ordonnance.

Les seniors sont les premiers utilisateurs. Avec l'âge, la production naturelle de mélatonine diminue chez certaines personnes. Résultat : beaucoup se tournent vers ces compléments pour retrouver le sommeil. Certains les prennent chaque soir, pendant des mois, parfois des années — sans suivi médical. C'est précisément cette utilisation prolongée qui est associée au risque observé dans l'étude.

Une efficacité réelle mais bien plus modeste qu'on le croit

Vous êtes peut-être concerné sans le savoir. En France, 1,4 million de boîtes de compléments alimentaires à base de mélatonine sont vendues chaque année, selon le Synadiet (chiffre repris par l'Anses dans son avis de 2018). En dessous de 2 mg par jour, ces produits sont en vente libre, sans ordonnance.

Les seniors sont les premiers utilisateurs. Avec l'âge, la production naturelle de mélatonine diminue chez certaines personnes. Résultat : beaucoup se tournent vers ces compléments pour retrouver le sommeil. Certains les prennent chaque soir, pendant des mois, parfois des années — sans suivi médical. C'est précisément cette utilisation prolongée qui est associée au risque observé dans l'étude.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

L'Inserm a publié en septembre 2024 une analyse détaillée des études disponibles. Le constat est nuancé. La mélatonine en complément alimentaire peut réduire légèrement le temps d'endormissement, surtout chez les personnes de plus de 55 ans. Mais les études montrent peu d'effets sur les réveils nocturnes ou la qualité globale du sommeil.
Ponctuel Usage court
Efficacité sur l'endormissement
Modeste mais reconnue (EFSA, Inserm)
Risque cardiaque identifié
Aucun signal à ce jour
Prolongé Usage ≥ 1 an
⚠️
Efficacité sur les réveils nocturnes
Peu d'effets démontrés (Inserm)
⚠️
Risque cardiaque (association)
+89 % insuffisance cardiaque (étude AHA 2025)
Autrement dit : beaucoup de Français prennent un produit dont l'efficacité est modeste, pendant de longues durées, en pensant qu'il est totalement inoffensif. Or l'Anses recommandait déjà en 2018 de limiter la prise à un usage ponctuel et d'éviter toute automédication prolongée.

Cette étude américaine ne remet pas en cause l'utilisation ponctuelle de la mélatonine. Mais elle rappelle qu'un complément « naturel » n'est pas forcément dénué de risques lorsqu'il est pris au long cours, notamment chez les personnes ayant des facteurs de risque cardiovasculaire.

Le piège du « naturel donc sans danger »

Le principal enseignement de cette étude dépasse la mélatonine elle-même. Il concerne un réflexe très répandu : croire qu'un produit vendu sans ordonnance et présenté comme « naturel » ne comporte aucun risque.

Les chercheurs reconnaissent plusieurs limites à leurs travaux. L'insomnie chronique elle-même est un facteur de risque cardiovasculaire. La dépression, l'anxiété ou la prise d'autres médicaments pourraient aussi expliquer une partie des résultats. Mais le signal est jugé suffisamment préoccupant pour inciter à davantage de prudence.

Une question reste ouverte : cette association sera-t-elle confirmée par des études plus approfondies ? Pour l'heure, aucun pays n'a modifié sa réglementation. Mais la vigilance est de mise — surtout chez les plus de 50 ans qui prennent ce complément au quotidien depuis longtemps.

Ce qu'il faut retenir

  1. Une étude américaine portant sur 130 000 insomniaques associe la prise prolongée de mélatonine (≥1 an) à un risque accru d'insuffisance cardiaque (+89 %), sans établir de lien de causalité.
  2. Les hospitalisations pour insuffisance cardiaque étaient 3,5 fois plus fréquentes chez les utilisateurs au long cours.
  3. L'efficacité des compléments de mélatonine en vente libre reste modeste selon l'Inserm, surtout sur les réveils nocturnes.
  4. L'Anses recommandait déjà en 2018 de limiter la prise à un usage ponctuel et de consulter un médecin.
  5. Si vous en prenez régulièrement, parlez-en à votre médecin. La thérapie cognitive et comportementale (TCC-I) reste la solution de référence contre l'insomnie chronique.

 
Sources :
- Inserm, Canal Détox – Mélatonine et troubles du sommeil, septembre 2024
- Anses – Avis sur les compléments alimentaires contenant de la mélatonine, 2018
- American Heart Association, sessions scientifiques 2025 – Étude préliminaire du Dr Nnadi, SUNY Downstate, présentée le 3 novembre 2025 à La Nouvelle-Orléans

Par | Publié le 11/03/2026 à 08:35

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