Retraite

Il ouvre son relevé Agirc-Arrco de mars et découvre 150 € de moins : le piège CSG qui frappe 14 millions de retraités sans prévenir

Même pension, même compte en banque, même vie. Pourtant, le lundi 2 mars, des milliers de retraités du privé vont découvrir un virement amputé — sans la moindre explication sur leur relevé. À Maubeuge, un ancien ouvrier a fait le calcul sur un coin de toile cirée. Ce qu'il a trouvé l'a laissé sans voix.


Ce qu'il faut retenir

  1. Le virement Agirc-Arrco du lundi 2 mars 2026 intègre le nouveau taux de CSG (Contribution Sociale Généralisée, le prélèvement social sur les pensions) pour les retraités dont la situation fiscale a évolué tardivement — avec un rattrapage sur janvier et février concentré en un seul mois
  2. Les seuils de CSG n'ont progressé que de 1,8 % en 2026, alors que les pensions avaient été revalorisées de 5,3 % en 2024 : des millions de retraités franchissent un palier sans avoir gagné en pouvoir d'achat
  3. Le passage du taux réduit (3,8 %) au taux médian (6,6 %) représente environ 46 € de moins par mois sur une pension de 1 500 € brut — soit près de 150 € de moins sur le seul virement de mars avec le rattrapage
  4. Un mécanisme de protection (le « lissage ») maintient l'ancien taux pendant un an si vous franchissez le seuil du taux réduit pour la première fois — mais il ne s'applique pas à tous les cas
  5. Le simulateur de l'Assurance retraite et votre avis d'imposition 2025 permettent de vérifier votre situation en quelques minutes
Retraité inquiet découvrant une baisse sur son virement Agirc-Arrco de mars 2026 © SeniorActu
Retraité inquiet découvrant une baisse sur son virement Agirc-Arrco de mars 2026 © SeniorActu

Le lundi où Bernard a cru que sa banque s'était trompée

Bernard, 69 ans, ancien ajusteur-outilleur dans l'automobile, vit seul depuis deux ans dans sa maison de Maubeuge. Un pavillon modeste, un poêle à bois dans le salon, un calendrier PTT accroché au-dessus du téléphone fixe. Chaque début de mois, c'est le même rituel : il vérifie son compte sur le relevé papier que lui envoie sa banque.

Ce lundi 2 mars, le chiffre ne colle pas. Sa pension complémentaire Agirc-Arrco, d'habitude à 1 416 € net, affiche 1 278 €. Presque 140 € de moins, d'un coup, sans courrier, sans explication.

« J'ai cru que la banque s'était trompée. J'ai rappelé trois fois. La troisième, on m'a dit que c'était normal, que ça venait de ma caisse de retraite. Normal ? 140 € en moins, c'est normal ? »

Bernard n'a pas changé de vie. Pas d'héritage, pas de revenus supplémentaires. Sa pension brute est restée la même : 1 480 € de complémentaire Agirc-Arrco — gelée depuis novembre 2025, faute d'accord entre syndicats et patronat. Ce qui a changé, c'est un chiffre sur son avis d'impôt. Un chiffre qu'il n'a même pas regardé.

Un basculement de tranche à cause de 143 € de trop

Pour comprendre ce qui est arrivé à Bernard, il faut remonter à 2024. Cette année-là, toutes les pensions de retraite de base ont été revalorisées de 5,3 % pour suivre l'inflation. Une bonne nouvelle sur le papier. Mais cette hausse a gonflé le Revenu Fiscal de Référence (RFR) — le chiffre qui figure sur l'avis d'impôt et qui détermine le taux de prélèvements sociaux sur les pensions.

Le RFR de Bernard pour 2024 : 17 200 €. Le seuil à ne pas dépasser pour rester au taux réduit de CSG (Contribution Sociale Généralisée, le prélèvement social sur les retraites) : 17 057 €. Soit 143 € de trop.

« 143 euros. Sur toute une année de revenus. Et ça me fait basculer. Personne ne m'a prévenu. »

Avec son RFR de 17 200 €, Bernard est passé du taux réduit de prélèvements sociaux (3,8 % de CSG) au taux médian (6,6 %). En ajoutant les deux autres prélèvements — la CRDS (contribution pour la dette sociale, 0,5 %) et la CASA (contribution pour l'autonomie, 0,3 %) —, ses prélèvements totaux sont passés de 4,3 % à 7,4 % de sa pension brute.

Comme Bernard, des millions de retraités sont piégés par le même décalage. Les pensions ont grimpé de 5,3 % en 2024, mais les seuils de CSG n'ont été relevés que de 1,8 % en 2026. Les revenus ont monté plus vite que les paliers : mécaniquement, des centaines de milliers de foyers basculent dans la tranche supérieure.

Voici les seuils que Bernard aurait dû vérifier sur son avis d'impôt 2025 :
 
0 % Exonération totale
👤
Personne seule (1 part)
RFR inférieur à 13 048 €
👥
Couple (2 parts)
RFR inférieur à 20 016 €
3,8 % Taux réduit
👤
Personne seule (1 part)
RFR de 13 049 à 17 057 €
👥
Couple (2 parts)
RFR de 20 017 à 26 167 €
6,6 % Taux médian
👤
Personne seule (1 part)
RFR de 17 058 à 26 471 €
👥
Couple (2 parts)
RFR de 26 168 à 40 603 €
8,3 % Taux normal
👤
Personne seule (1 part)
RFR supérieur à 26 472 €
👥
Couple (2 parts)
RFR supérieur à 40 604 €


À la CSG s'ajoutent la CRDS (0,5 %) et la CASA (0,3 %, uniquement pour les taux médian et normal). Le total des prélèvements passe donc de 4,3 % (taux réduit) à 7,4 % (taux médian) — soit 3,1 points de plus sur chaque euro de pension brute.

140 € de moins en mars, et le mois d'après ne sera pas mieux

Pour Bernard, le choc de mars n'est pas seulement le nouveau taux. C'est la concentration de trois mois de hausse sur un seul virement.

En janvier et février, sa pension Agirc-Arrco a continué d'être prélevée à l'ancien taux (4,3 %). En mars, le nouveau taux (7,4 %) s'applique — plus le rattrapage des deux mois précédents. Concrètement, sur sa pension brute de 1 480 € :
 
Avant Janvier-Février
💶
Prélèvements mensuels (4,3 %)
63,64 € / mois
📊
Pension nette Agirc-Arrco
1 416 €
Mars Nouveau taux + rattrapage
💶
Prélèvements mars (7,4 %)
109,52 €
⚠️
Rattrapage janvier + février
+ 91,76 € (2 × 45,88 €)
📉
Pension nette en mars
≈ 1 278 €


Soit 138 € de moins que son virement habituel. En un seul mois. Et à partir d'avril, la pension se stabilisera autour de 1 370 € net — soit 46 € de moins chaque mois par rapport à l'an dernier. Sur une année pleine, la perte dépasse 550 €.

« 550 € par an, pour moi c'est le fioul pour l'hiver. C'est pas rien. Et tout ça parce que ma retraite a été augmentée de quelques euros en 2024 ? On me reprend d'une main ce qu'on m'a donné de l'autre. »

Bernard n'est pas un cas isolé. Selon les chiffres de l'Agirc-Arrco, 14 millions de retraités du secteur privé reçoivent une pension complémentaire. Parmi eux, tous ceux dont le RFR a franchi un seuil — même d'un seul euro — subissent le même mécanisme. Et pour ceux qui passent de l'exonération totale (0 %) au taux réduit (3,8 %), la surprise peut être tout aussi brutale : sur une pension de 1 480 € brut, c'est 63 € de prélèvements par mois qui apparaissent là où il n'y avait rien.

Un dispositif de protection existe, mais il est partiel. Le « lissage » permet de garder l'ancien taux pendant un an si vous franchissez pour la première fois le seuil haut du taux réduit (3,8 %). Le nouveau taux ne s'applique que si le dépassement se confirme deux années de suite. Mais attention : ce lissage ne protège pas les retraités qui passent de l'exonération (0 %) au taux réduit (3,8 %), ni ceux qui passent du taux médian (6,6 %) au taux normal (8,3 %). Dans ces cas, le changement est immédiat.

Bernard, lui, n'a pas eu droit au lissage. Son RFR avait déjà dépassé le seuil en 2023. Deux années de suite. Le couperet est tombé.

Comment vérifier si vous êtes le prochain Bernard

Bernard a fini par comprendre, après trois appels téléphoniques et une visite à sa banque. C'est en se connectant à la page prélèvements sociaux 2026 de l'Assurance retraite — avec l'aide de sa nièce — qu'il a vu noir sur blanc : son RFR de 17 200 € le plaçait 143 € au-dessus du seuil. Le basculement était automatique.

« Si j'avais su, j'aurais regardé mon avis d'impôt en septembre. Mais qui regarde ça ? Moi, je regarde le montant de ma retraite, pas un numéro de ligne sur une feuille d'impôt. »

Si vous êtes dans la même situation que Bernard, voici les trois vérifications à faire avant le 2 mars — ou dès réception de votre virement si vous lisez cet article après :

1. Retrouvez votre RFR 2024. Il figure sur votre avis d'imposition reçu à l'été 2025. Comparez-le aux seuils du barème ci-dessus, en tenant compte de votre nombre de parts fiscales. Un écart de quelques euros suffit à faire basculer.

2. Consultez votre espace Agirc-Arrco. Rendez-vous sur le site de l'Agirc-Arrco pour vérifier le taux actuellement appliqué. Si votre virement de janvier a déjà changé, vous êtes fixé. Sinon, surveillez celui de mars.

3. Vérifiez si le lissage vous protège. Si c'est la première année que votre RFR dépasse le seuil du taux réduit (17 057 € pour une personne seule), vous devez rester à l'ancien taux. Si ce n'est pas le cas sur votre relevé, écrivez à votre caisse de retraite complémentaire en joignant vos deux derniers avis d'imposition (2024 et 2025).

Bernard, lui, a collé une note sur son calendrier PTT, au mois de septembre : « Vérifier avis d'impôt — RFR — seuil 17 057 ». Pour ne plus se faire avoir l'année prochaine.

 
Sources :
- L'Assurance retraite (Cnav), Prélèvements sociaux en 2026 : augmentation des seuils, janvier 2026
- Agirc-Arrco, Calendrier des paiements 2026 et Hausse ou baisse des prélèvements sociaux, janvier 2026
- CFDT Retraités, Exonération de la CSG en 2026 pour les retraités, décembre 2025
- Agirc-Arrco, Communiqué de presse du 17 octobre 2025 (gel de la revalorisation)


Par | Publié le 21/02/2026 à 15:29

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