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Grippe : pour la première fois, des chercheurs filment un virus attaquant une cellule

Par | Publié le 01/02/2026 à 12:11 | mis à jour le 12/02/2026 à 16:41

Une équipe de scientifiques suisses et japonais a réussi l'exploit d'observer en direct et en haute résolution un virus de la grippe en train de pénétrer dans une cellule vivante. Cette première mondiale révèle un phénomène inattendu : loin d'être passives, les cellules tentent activement de capturer le virus. Une découverte qui pourrait transformer notre compréhension des infections virales.


Ce qu'il faut retenir

  1. Des chercheurs suisses et japonais ont filmé pour la première fois un virus de la grippe attaquant une cellule vivante
  2. Ils ont inventé un nouveau microscope ultra-précis appelé ViViD-AFM, capable d'observer à l'échelle du nanomètre
  3. Découverte inattendue : les cellules ne sont pas passives, elles ondulent et tentent de capturer le virus
  4. Le virus "surfe" sur la surface de la cellule jusqu'à trouver le meilleur point d'entrée
  5. Cette technique pourrait aider à développer de nouveaux traitements antiviraux
Illustration d'un virus de la grippe à la surface d'une cellule humaine, montrant l'interaction entre les deux © SeniorActu
Illustration d'un virus de la grippe à la surface d'une cellule humaine, montrant l'interaction entre les deux © SeniorActu

Un exploit technologique pour observer l'invisible

C'est une première mondiale dans l'histoire de la science. Une équipe internationale de chercheurs, dirigée par le professeur Yohei Yamauchi de l'École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich) en Suisse, en collaboration avec l'Université d'Hokkaido au Japon, est parvenue à filmer en temps réel un virus de la grippe en train de pénétrer dans une cellule vivante. Un exploit qui semblait jusqu'ici hors de portée de la technologie moderne.

Leurs travaux, publiés dans la prestigieuse revue scientifique PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) en septembre 2025 et rendus publics début décembre, marquent une avancée majeure dans notre compréhension des mécanismes infectieux. Jusqu'à présent, observer ce phénomène relevait de l'impossible : les techniques existantes, comme la microscopie électronique, nécessitaient de tuer les cellules pour les examiner. On ne pouvait donc obtenir que des images fixes, comme des photographies figées d'un instant précis. Les autres méthodes disponibles, comme la microscopie à fluorescence, manquaient cruellement de précision pour distinguer des détails aussi infimes.

Pour contourner ces obstacles, les scientifiques ont dû inventer un nouvel outil révolutionnaire : le ViViD-AFM. Derrière cet acronyme anglais (Virus-View Dual confocal and Atomic Force Microscopy) se cache un système hybride combinant deux technologies complémentaires. D'un côté, la microscopie à force atomique, qui utilise une pointe ultra-fine pour palper délicatement la surface des cellules sans les endommager. De l'autre, la microscopie à fluorescence, qui utilise des marqueurs lumineux pour suivre le virus dans ses moindres déplacements. Résultat : une résolution à l'échelle du nanomètre, soit le milliardième de mètre. Pour donner une idée de cette échelle infinitésimale, un cheveu humain mesure environ 80 000 nanomètres d'épaisseur.

L'ETH Zurich a d'ailleurs mis en ligne une vidéo spectaculaire montrant cette "danse" entre le virus et la cellule, permettant à chacun de visualiser ce phénomène inédit :
Vidéo : virus de la grippe attaquant une cellule

▶ Cliquez pour voir la vidéo sur YouTube
Crédits : Nicole Davidson / ETH Zurich


Le virus "surfe" à la recherche du meilleur point d'entrée

Grâce à ce supermicroscope d'un nouveau genre, les chercheurs ont pu observer dans les moindres détails comment le virus de la grippe, une minuscule sphère de 90 à 100 nanomètres de diamètre, s'approche d'une cellule humaine et tente d'y pénétrer.

Le processus observé ressemble à une véritable chorégraphie microscopique. Tout commence lorsque le virus entre en contact avec la surface de la cellule. Il se fixe alors à des molécules spécifiques, appelées récepteurs, présentes sur la membrane cellulaire. Puis il se déplace, glissant d'un point à un autre dans un mouvement que les chercheurs comparent au surf sur une vague. Son objectif : trouver l'endroit idéal pour entrer, là où les récepteurs sont suffisamment nombreux et regroupés pour lui offrir la meilleure porte d'entrée possible.

Une fois ce point stratégique identifié, la cellule détecte la présence du virus fixé à sa surface. Une dépression, comme un petit creux, se forme alors à cet endroit précis. Cette cavité est structurée et stabilisée par une protéine spéciale appelée clathrine, qui agit comme une sorte d'échafaudage moléculaire. La poche ainsi formée s'agrandit progressivement jusqu'à englober complètement le virus, l'emprisonnant dans une vésicule qui l'emmène à l'intérieur de la cellule. C'est là, une fois à l'abri dans cette bulle protectrice, que l'infection commence véritablement et que le virus peut libérer son matériel génétique.

La découverte inattendue : les cellules ne restent pas passives

Mais la véritable surprise de cette étude réside ailleurs. Contrairement à ce que les scientifiques pensaient jusqu'ici, les cellules ne se laissent pas envahir sans réagir. Elles participent activement au processus, dans ce que le professeur Yamauchi décrit poétiquement comme "une danse entre le virus et la cellule".

Les images captées par le microscope ViViD-AFM montrent que la surface de la cellule ondule à l'endroit précis où le virus se trouve. Elle se bombe, s'étire, se déforme, comme si elle tentait de saisir l'intrus entre ses replis. Plus étonnant encore : ces mouvements membranaires s'intensifient lorsque le virus essaie de s'éloigner de la surface cellulaire. La cellule semble vouloir le retenir, le capturer activement.

Pourquoi un tel comportement alors que l'infection ne lui apporte strictement aucun bénéfice, bien au contraire ? L'explication est aussi simple que troublante : le virus détourne un mécanisme naturel de la cellule, essentiel à sa survie. Ce système d'absorption lui sert normalement à capter des substances vitales comme les hormones, le cholestérol ou le fer dont elle a besoin pour fonctionner. Le virus de la grippe a appris, au fil de l'évolution, à exploiter cette porte d'entrée à son avantage. La cellule, en quelque sorte, se fait piéger par ses propres réflexes de survie. Elle ne peut pas distinguer le virus d'une substance bénéfique.

Des perspectives prometteuses pour la recherche médicale

Au-delà de la prouesse technique et de la fascination qu'elle suscite, cette découverte ouvre des perspectives considérables pour la médecine et la recherche pharmaceutique. Le microscope ViViD-AFM permet désormais de tester en temps réel l'efficacité de médicaments antiviraux directement sur des cellules vivantes, en observant leur action au niveau le plus fondamental.

Les chercheurs pourront ainsi observer si un traitement potentiel empêche le virus de surfer sur la surface de la cellule, s'il bloque la formation de la poche d'absorption, ou s'il perturbe d'une manière ou d'une autre le processus d'infection. Cette approche pourrait considérablement accélérer le développement de nouveaux traitements contre la grippe saisonnière, une maladie qui touche chaque année des millions de personnes en France et cause plusieurs milliers de décès, principalement chez les personnes âgées.

Les auteurs de l'étude soulignent également que leur technique révolutionnaire n'est pas limitée au seul virus de la grippe. Elle pourrait être utilisée pour étudier le comportement d'autres virus, comme ceux responsables du rhume ou d'infections plus graves. Les chercheurs évoquent même la possibilité d'observer comment les vaccins interagissent avec nos cellules, offrant ainsi une compréhension inédite de leur mode d'action. Une nouvelle fenêtre s'ouvre sur le monde microscopique qui, chaque hiver, nous rend malades.

Sources :
- ETH Zurich, communiqué du 4 décembre 2025
- PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences), étude publiée le 18 septembre 2025



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