EHPAD et Résidences Seniors

Fin de vie en EHPAD : cette expérience unique en France pourrait tout changer pour des milliers de familles

Par | Publié le 04/01/2026 à 12:09

Depuis le 1er janvier 2026, l'EHPAD des Chênes aux Herbiers (Vendée) accueille la première unité de soins palliatifs intégrée à une maison de retraite en France. Une expérimentation de trois ans, financée par l'ARS, qui pourrait transformer l'accompagnement de la fin de vie pour les 150 000 résidents d'EHPAD qui décèdent chaque année dans l'Hexagone.

Résidente d'EHPAD accompagnée par une soignante  © SeniorActu
Résidente d'EHPAD accompagnée par une soignante © SeniorActu

Une première nationale pour accompagner la fin de vie sur place

Dix lits de soins palliatifs viennent d'ouvrir au sein de l'EHPAD territorial des Chênes, aux Herbiers. Une initiative sans précédent dans le paysage médico-social français.

« C'est la première unité de ce type en France pour un EHPAD public », confirme Christophe Hogard, maire de la commune vendéenne. L'objectif : permettre aux résidents en fin de vie de rester dans leur environnement familier, entourés de leurs proches, sans être transférés vers un hôpital parfois situé à plus de 30 minutes.

Concrètement, les équipes — aides-soignants et infirmiers — ont été formées dès l'hiver 2025 pour accompagner les patients jusqu'au bout. « Nous faisions déjà des soins palliatifs, mais jusqu'à un certain point. Désormais, nos équipes pourront suivre les résidents jusqu'à la fin de leur vie », précise le maire.

L'unité a été pensée pour offrir un cadre apaisant : espaces « très cocoon », ouverts sur les jardins, avec des salons d'accueil dédiés aux familles.

75 demandes non honorées chaque année : l'urgence d'agir

Ce projet n'est pas né du hasard. Sur le seul Pays des Herbiers, 75 demandes d'admission en soins palliatifs ne peuvent être honorées chaque année. Et selon les projections de la mairie, ce chiffre sera multiplié par quatre d'ici dix ans, sous l'effet du vieillissement de la population.

La fermeture, en septembre 2025, de l'unique service de soins palliatifs de Vendée — situé à La Roche-sur-Yon — a accéléré la prise de conscience. « Il n'y a pas d'hôpital aux Herbiers. Avant, les familles devaient envoyer leurs proches à Cholet, Nantes ou La Roche-sur-Yon », rappelle Magali Loiseau, adjointe aux affaires sanitaires et sociales.

Le projet, inscrit depuis 2022 dans le schéma gérontologique local, a finalement obtenu le feu vert de l'Agence régionale de santé des Pays de la Loire. « Cette unité répond à un besoin concret : accompagner les personnes en fin de vie, souvent dans la douleur, le mieux possible », résume Christophe Hogard.

Un enjeu national : 26 % des décès surviennent en EHPAD

L'expérimentation vendéenne intervient dans un contexte de tension croissante sur l'accompagnement de la fin de vie en établissement. Selon le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV), 26 % des décès en France concernent des personnes qui vivaient en EHPAD — soit environ 150 000 résidents chaque année.

Parmi eux, près d'un quart décèdent lors d'une hospitalisation, souvent dans l'urgence et loin de leur lieu de vie. Un constat qui interroge, alors que la majorité des Français souhaitent mourir à domicile ou dans un environnement familier.

Le manque de moyens est patent : seuls 15 % des médecins coordonnateurs d'EHPAD sont titulaires d'un diplôme universitaire en soins palliatifs. Et si deux tiers des établissements ont signé une convention avec une équipe mobile, les interventions restent ponctuelles et ne permettent pas un accompagnement continu jusqu'au décès.

Avec le vieillissement de la population — la part des plus de 75 ans passera de 9,3 % en 2020 à près de 18 % en 2070 selon l'INSEE — les besoins vont exploser.

Trois ans pour prouver que le modèle fonctionne

L'expérimentation est financée par l'ARS à hauteur de 200 000 euros par an pendant trois ans. Si elle s'avère concluante, le dispositif pourrait être généralisé à d'autres EHPAD territoriaux en France.

« L'objectif, c'est de montrer que dans les EHPAD publics, on est aussi capables de le faire », insiste Christophe Hogard. Une ambition qui dépasse largement les frontières de la Vendée : face à la fermeture de services hospitaliers et à la saturation des unités spécialisées, les maisons de retraite pourraient devenir un maillon essentiel de l'accompagnement de la fin de vie.

Pour les familles concernées, c'est surtout la promesse d'une fin de vie plus digne, sans déracinement de dernière minute. « Ne laisser personne finir sa vie loin des siens » : le slogan de la commune résume l'enjeu.

Sources
- Ville des Herbiers, communiqué officiel, janvier 2026
- Radio Alouette, 1er janvier 2026
- Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV), Atlas 2023
- DREES, Statistique annuelle des établissements de santé, décembre 2023



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