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Fake news santé : les seniors quatre fois plus exposés que les jeunes

Par | Publié le 05/02/2026 à 09:28 | mis à jour le 13/02/2026 à 10:02

De nombreux retraités consultent chaque jour des sites de santé sans savoir que l'information qu'ils y trouvent peut être trompeuse. Une étude inédite publiée dans Nature Aging, fondée sur les données de navigation réelles de plus de 1 000 adultes, met en évidence une surexposition préoccupante.


Ce qu'il faut retenir

  1. Plus de 20 % des internautes de plus de 60 ans ont consulté au moins un site santé peu fiable en quatre semaines, contre 5 % chez les 18-29 ans
  2. L'écart ne s'explique pas par le temps passé en ligne : l'âge en lui-même est associé à une surexposition
  3. Sur YouTube, la proportion de contenus santé douteux visionnés par les seniors est plus élevée que chez les jeunes
  4. Les personnes qui croient déjà à de fausses affirmations santé rencontrent davantage de contenus peu fiables : un mécanisme de cercle vicieux
  5. En France, une stratégie nationale de lutte contre la désinformation en santé a été lancée le 12 janvier 2026
Un senior lit un article santé sur sa tablette © SeniorActu
Un senior lit un article santé sur sa tablette © SeniorActu

Une étude inédite mesure l'exposition réelle des seniors aux fausses infos santé

Sur internet, les fausses informations ne ciblent pas tout le monde de la même façon. Les personnes de plus de 60 ans seraient les plus exposées aux contenus santé douteux, selon une étude publiée mercredi 4 février 2026 dans la revue scientifique Nature Aging. Et le phénomène ne serait pas lié au simple fait de passer plus de temps en ligne.

L'équipe de chercheurs de l'Université de l'Utah (États-Unis), dirigée par le professeur Benjamin Lyons, spécialiste de la désinformation au Huntsman Cancer Institute, a analysé les habitudes réelles de navigation internet de 1 059 adultes américains pendant quatre semaines. Plutôt que de se fier aux déclarations des participants — la méthode habituelle des études sur le sujet —, les chercheurs ont directement examiné leur historique de navigation réel : sites web visités et vidéos YouTube regardées. Objectif : mesurer l'exposition concrète à des contenus santé jugés peu fiables, sans dépendre de ce que les gens disent faire en ligne. C'est la première étude à utiliser cette approche par traces numériques pour le domaine de la santé, ce qui en renforce considérablement la portée et la solidité.

Plus de 20 % des seniors exposés, contre 5 % chez les jeunes

Les résultats sont frappants. Plus de 20 % des internautes de plus de 60 ans ont consulté au moins un site santé considéré comme peu fiable sur cette période de quatre semaines. Chez les 18-29 ans, ce chiffre tombe à seulement 5 %. Les seniors se retrouvent donc environ quatre fois plus exposés que les jeunes adultes à des contenus médicaux douteux en ligne.
 
60+ Seniors
📊
Ont visité au moins un site santé peu fiable en 4 semaines (association)
Plus de 20 %
18-29 Jeunes adultes
📊
Ont visité au moins un site santé peu fiable en 4 semaines (association)
Environ 5 %


Les chercheurs apportent une précision essentielle : cet écart ne s'explique pas uniquement par le fait que les seniors naviguent davantage sur des sites de santé. Même en tenant compte du volume de consultation, les plus âgés restent surreprésentés parmi les visiteurs de sites peu fiables. L'âge en lui-même est associé à une plus grande exposition, indépendamment du temps passé en ligne.

YouTube, cercle vicieux et lien avec la désinformation politique

Le constat se retrouve principalement sur YouTube. Si les seniors y regardent globalement moins de vidéos que les plus jeunes, la proportion de contenus provenant de sources douteuses dans ce qu'ils visionnent est nettement plus élevée. Autrement dit, quand un senior regarde une vidéo santé sur YouTube, le risque qu'elle provienne d'une source peu fiable est supérieur à celui observé chez un jeune adulte. La plateforme vidéo, très populaire chez les retraités pour s'informer sur leur santé, présente donc un risque spécifique pour ce public.

L'étude met aussi en lumière un mécanisme préoccupant qui fonctionne comme un cercle vicieux. Les personnes qui croient déjà à des affirmations santé inexactes — par exemple, des croyances erronées sur certains traitements ou des théories non fondées sur l'alimentation — sont significativement plus susceptibles de tomber sur des contenus peu fiables. L'exposition n'est donc pas le fruit du hasard : elle est associée aux croyances préexistantes de l'internaute. Plus on croit à de fausses informations, plus on en rencontre, ce qui renforce ces croyances en retour.

Autre observation notable : les internautes qui consultent des sites d'actualité politique douteux ont également plus de chances de visiter des sites santé peu fiables. Pour les auteurs de l'étude, il existerait un profil de consommation partagé, qui dépasse les frontières entre les sujets et les plateformes. La désinformation politique et sanitaire toucherait en partie les mêmes personnes, selon les mêmes schémas de navigation.

La France lance une stratégie nationale contre la désinformation en santé

Cette étude observationnelle, menée sur un échantillon national américain, ne permet pas d'établir de lien de cause à effet entre l'âge et la consultation de sites douteux. Elle met toutefois en évidence une association statistique forte. Les chercheurs soulignent que les résultats appellent à des interventions adaptées aux publics plus âgés, en tenant compte de leurs habitudes numériques réelles plutôt que de simples déclarations.

En France, le sujet de la désinformation santé est devenu une priorité nationale. Un rapport d'expertise indépendante a été remis au ministère de la Santé le 12 janvier 2026, proposant neuf recommandations pour structurer la lutte contre les fausses informations médicales. Parmi les pistes : la création d'un Observatoire de l'information en santé et le développement d'un système de détection rapide des fausses informations émergentes, appelé « infovigilance ». Dans la foulée, Stéphanie Rist a officiellement lancé une stratégie de lutte contre la désinformation en santé. Selon un sondage Verian réalisé en décembre 2024 pour Harmonie Santé en partenariat avec l'Inserm, 47 % des Français déclarent avoir déjà été confrontés à une fausse information dans le domaine de la santé.

Pour les retraités et les seniors connectés, la vigilance reste le premier rempart. Les auteurs de l'étude rappellent que la formation aux compétences numériques spécifiquement adaptée aux publics âgés reste une piste jugée efficace pour réduire cette surexposition. En cas de doute sur une information santé trouvée en ligne, il est recommandé de vérifier la source, de consulter les sites officiels comme ceux du ministère de la Santé ou de l'Assurance maladie, et surtout d'en parler avec son médecin traitant avant de modifier un traitement ou une habitude de vie. Le réflexe le plus simple : quand un site promet des résultats miraculeux ou contredit votre médecin, c'est un signal d'alerte.

 
Sources :
- Nature Aging, 4 février 2026
- Huntsman Cancer Institute, Université de l'Utah, mai 2025
- Ministère de la Santé, janvier 2026
- Sondage Verian pour Harmonie Santé / Inserm, décembre 2024



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