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Espérance de vie : le poids des gènes réévalué à la hausse par une nouvelle étude

Par | Publié le 02/02/2026 à 10:24

Une étude publiée jeudi 29 janvier 2026 dans la revue Science observe que la génétique expliquerait environ 50 % de notre espérance de vie, soit deux fois plus que les estimations précédentes. Les chercheurs du Weizmann Institute of Science (Israël) rapportent cette association après analyse de données de jumeaux danois et suédois, sans établir de lien de cause à effet direct. Une découverte qui concerne directement les 17 millions de retraités français.


Ce qu'il faut retenir

  1. Selon une analyse statistique portant sur des données de jumeaux, les chercheurs observent que nos gènes pourraient expliquer jusqu'à 50 % de notre espérance de vie, soit deux fois plus que ce que les scientifiques estimaient jusqu'à présent.
  2. Les études précédentes sous-estimaient ce chiffre parce qu'elles ne distinguaient pas les décès liés au vieillissement biologique de ceux causés par des facteurs extérieurs (accidents, infections).
  3. La démence est la maladie la plus héréditaire (environ 70 % avant 80 ans), bien devant le cancer et les maladies cardiovasculaires.
  4. Les centenaires possèdent souvent des gènes protecteurs contre les maladies liées à l'âge.
  5. Le mode de vie (alimentation, activité physique, sommeil, lien social) compte toujours pour les 45 à 50 % restants.
  6. Connaître l'histoire de santé de sa famille reste un outil de prévention précieux, en particulier sur le risque de démence.
Trois générations de femmes assises ensemble sur un banc de jardin, illustrant la transmission génétique de la longévité © SeniorActu
Trois générations de femmes assises ensemble sur un banc de jardin, illustrant la transmission génétique de la longévité © SeniorActu

Vos gènes détermineraient la moitié de votre durée de vie

En France, l'espérance de vie à la naissance atteint 85,9 ans pour les femmes et 80,3 ans pour les hommes en 2025, selon le dernier bilan démographique de l'Institut National de la Statistique et des Études Économiques (INSEE). À 65 ans, selon les dernières données disponibles (2024), un homme peut encore espérer vivre 19,9 ans en moyenne, et une femme 23,6 ans. Mais derrière ces moyennes se cachent de grandes disparités entre les individus. Pourquoi certaines personnes vivent-elles bien au-delà de 90 ans quand d'autres s'éteignent plus tôt ? La réponse se trouve peut-être dans l'histoire familiale de chacun.

Une équipe de chercheurs du Weizmann Institute of Science, en Israël, dirigée par Ben Shenhar et le professeur Uri Alon, vient de publier des résultats qui bousculent les certitudes scientifiques. Leur étude, parue le jeudi 29 janvier 2026 dans la prestigieuse revue Science, observe que la part de notre longévité transmise par nos parents et grands-parents — ce que les spécialistes appellent « l'héritabilité » — serait d'environ 50 à 55 %. Autrement dit, la moitié de notre durée de vie serait liée à nos gènes.

Ce chiffre est considérable. Jusqu'à présent, les scientifiques estimaient que la part héréditaire de l'espérance de vie se situait entre 20 et 25 % seulement. Certaines études récentes, comme celle menée en 2018 par Calico Life Sciences (filiale d'Alphabet, maison-mère de Google), plaçaient même ce chiffre en dessous de 10 %. La nouvelle estimation est donc deux à cinq fois plus élevée que ce qui était admis.

Pourquoi les anciennes études sous-estimaient le poids des gènes

Comment les chercheurs sont-ils parvenus à cette conclusion ? L'équipe a utilisé des modèles mathématiques et analysé trois grandes bases de données de jumeaux, au Danemark et en Suède. Pour la première fois dans ce type de recherche, les scientifiques ont inclus des données sur des jumeaux élevés séparément. Des jumeaux identiques élevés dans des familles différentes partagent leurs gènes mais pas leur environnement. Cette approche permet de distinguer ce qui relève de la transmission familiale et ce qui relève du cadre de vie.

Le problème des études précédentes, selon les auteurs, est qu'elles ne faisaient pas la différence entre deux types de décès. D'un côté, les décès liés à des causes extérieures : accidents, maladies infectieuses, guerres ou conditions de vie difficiles. De l'autre, les décès liés au vieillissement biologique lui-même : déclin progressif des organes, maladies cardiovasculaires, cancers, maladies neurodégénératives. Or, les données utilisées dans les anciennes études remontaient souvent au XIXe siècle, une époque où les décès par causes extérieures étaient dix fois plus fréquents qu'aujourd'hui, principalement à cause de maladies infectieuses désormais guérissables. Ce « bruit » extérieur masquait la véritable influence des gènes.

Une fois ces décès par causes extérieures correctement pris en compte, la part héréditaire de l'espérance de vie grimpe à environ 50 à 55 %. Ce chiffre rejoint d'ailleurs ce que l'on observe pour d'autres caractéristiques humaines comme la taille, la répartition des graisses corporelles ou la masse musculaire, toutes héritables à au moins 50 %.

La démence, bien plus héréditaire que le cancer ou les maladies cardiaques

L'étude révèle un autre résultat important pour les seniors : la part héréditaire n'est pas la même selon les maladies. Avant 80 ans, la part héréditaire du risque de démence atteindrait environ 70 %, selon les observations des chercheurs. C'est bien plus que pour le cancer ou les maladies cardiovasculaires, pour lesquels l'environnement et le mode de vie sembleraient peser beaucoup plus lourd.

Cette hiérarchie est essentielle à comprendre. Pour le cancer en particulier, les habitudes de vie — arrêter de fumer, limiter l'alcool, pratiquer une activité physique régulière, manger équilibré — restent des leviers de prévention majeurs, même si vos parents ont vécu très longtemps. Pour les maladies cardiovasculaires également, l'hygiène de vie joue un rôle déterminant. En revanche, face au risque de démence, le poids des gènes est nettement plus important, ce qui renforce l'intérêt de connaître ses antécédents familiaux sur ce point précis.
 
🧠 Démence / Alzheimer
📊
Part héréditaire observée avant 80 ans (association)
~70 %
⚠️
Levier prévention par le mode de vie
Plus limité
❤️ Maladies cardiovasculaires
📊
Part héréditaire observée (association)
Nettement inférieure à la démence
Levier prévention par le mode de vie
Important
🏥 Cancer
📊
Part héréditaire observée (association)
Nettement inférieure à la démence
Levier prévention par le mode de vie
Important

Les 45 % qui dépendent de vous : ce que les seniors peuvent faire

Si vos gènes comptent pour moitié, cela signifie aussi que l'autre moitié dépend de vous. Ben Shenhar, l'auteur principal de l'étude, insiste sur ce point. Les gènes ne sont pas une fatalité. Ils définissent un potentiel, une fourchette. Mais c'est le mode de vie qui détermine où l'on se situe dans cette fourchette.

Concrètement, si vos parents et grands-parents ont vécu longtemps, vous avez statistiquement plus de chances de vivre vieux vous aussi. Les centenaires, par exemple, possèdent souvent des gènes protecteurs qui les préservent des maladies liées à l'âge. Mais l'inverse est tout aussi vrai : même avec un bagage génétique favorable, une hygiène de vie dégradée peut réduire considérablement cet avantage.

Daniela Bakula et Morten Scheibye-Knudsen, deux chercheurs de l'Université de Copenhague qui ont commenté cette étude dans un article d'opinion également publié dans Science, soulignent que ces résultats ouvrent la voie à de nouvelles recherches. Identifier les gènes associés à la longévité permettrait de mieux comprendre les mécanismes du vieillissement et, à terme, de développer de nouvelles approches thérapeutiques.

En attendant ces avancées, les seniors peuvent retenir un message simple : interrogez votre histoire familiale. L'âge auquel vos parents, vos grands-parents se sont éteints est une information précieuse. Non pas pour se résigner, mais pour mieux cibler sa prévention. Si votre famille présente des antécédents cardiovasculaires ou de démence, la vigilance sur ces facteurs de risque est d'autant plus importante. Et dans tous les cas, les 45 à 50 % qui ne dépendent pas des gènes restent un levier considérable. L'activité physique régulière, une alimentation équilibrée, un bon sommeil et le maintien du lien social sont autant de facteurs sur lesquels chacun peut agir, quel que soit son patrimoine génétique.


Sources :
- Revue Science, « Heritability of intrinsic human life span is about 50% when confounding factors are addressed », Ben Shenhar et al., 29 janvier 2026
- Revue Science, « Rethinking the heritability of aging », Daniela Bakula et Morten Scheibye-Knudsen, 29 janvier 2026
- INSEE, Bilan démographique 2025, janvier 2026
- INED, Espérance de vie en France, données 2025



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