Argent et patrimoine

Cryptomonnaies : pourquoi l’héritage de vos proches pourrait ne jamais vous parvenir

Des sommes considérables en cryptomonnaies deviennent inaccessibles chaque année faute de transmission des clés privées. Selon plusieurs études sectorielles, une large majorité des détenteurs n’ont prévu aucun dispositif pour leurs héritiers. Voici ce qu’il faut savoir pour éviter une perte définitive.


Par | Publié le 01/02/2026 à 10:08

Un patrimoine qui peut s'évaporer sans laisser de trace

Votre fils, votre conjoint ou un proche détient des bitcoins ou autres cryptomonnaies. En cas de décès, vous pensez naturellement hériter de ces actifs. Sauf qu'une réalité technique peut tout faire basculer : sans les codes d'accès, cet argent disparaît. Définitivement. Selon les données de Chainalysis, 3 à 4 millions de bitcoins sont aujourd'hui inaccessibles dans le monde. Une partie importante de cette fortune numérique appartient à des personnes décédées qui n'ont transmis aucune information à leurs proches.
Veuve découvrant que l'héritage crypto de son conjoint défunt est devenue inaccessible © SeniorActu
Veuve découvrant que l'héritage crypto de son conjoint défunt est devenue inaccessible © SeniorActu

La majorité des détenteurs n'ont rien prévu

Le problème est essentiellement technique. Contrairement à un compte bancaire que le notaire peut retrouver via le fichier Ficoba, les cryptomonnaies fonctionnent autrement. Elles sont protégées par une "phrase de récupération" de 12 ou 24 mots. Sans cette phrase, aucun tribunal, aucune institution, aucun notaire ne peut forcer la blockchain à débloquer les fonds. Même si vous connaissez l'existence du portefeuille, même si vous possédez l'ordinateur ou la clé USB du défunt : sans le code, l'argent reste bloqué à jamais.

Concrètement, voici ce que vous devez vérifier :
 
  • votre proche a-t-il stocké sa phrase de récupération quelque part ?
  • A-t-il informé quelqu'un de l'existence de ses cryptos ?
  • A-t-il pris contact avec un notaire spécialisé ?
 

Deux situations très différentes pour les héritiers

La récupération dépend entièrement du mode de stockage choisi par le défunt. Si les cryptomonnaies étaient détenues sur une plateforme d'échange (Coinbase, Binance, Kraken), la loi du 12 mars 2024 impose un délai maximum de 60 jours pour transférer les actifs aux héritiers, sur présentation d'un acte de notoriété. C'est la situation la plus favorable.

En revanche, si le défunt stockait ses cryptos sur un portefeuille personnel (clé Ledger, application MetaMask), la situation devient critique. Sans la phrase de récupération, les fonds sont définitivement perdus. Aucune procédure légale ne permet de les débloquer.
 
Possible Plateforme d'échange
📊
Exemples de plateformes
Coinbase, Binance, Kraken
⏱️
Délai légal de transfert
60 jours maximum
📄
Document requis
Acte de notoriété
Perdu Portefeuille personnel
📊
Exemples de portefeuilles
Ledger, Trezor, MetaMask
🔑
Condition d'accès
Phrase de récupération obligatoire
⚖️
Recours légal possible
Aucun

Des solutions existent, mais il faut anticiper

En France, les cryptomonnaies sont légalement des "biens meubles incorporels". Elles font partie de la succession et sont soumises aux droits de succession classiques, avec le même abattement de 100 000 euros par enfant. La valeur retenue est celle au jour du décès.

Depuis 2024, le Conseil Supérieur du Notariat a créé une certification "Notaire Expert en Actifs Numériques" (NEAN). Ces professionnels sont formés aux spécificités techniques des cryptomonnaies. Ils peuvent accompagner les détenteurs dans la mise en place d'un testament numérique ou d'un mandat posthume adapté. Des services spécialisés comme Legapass, labellisé par le Conseil Supérieur du Notariat, permettent également de sécuriser la transmission.

Ce que vous pouvez faire dès maintenant

Si vous êtes potentiel héritier, engagez la conversation avec vos proches détenteurs de cryptomonnaies. La question n'est pas intrusive : elle est protectrice. Demandez-leur s'ils ont pris des dispositions pour transmettre leurs codes d'accès.

S'ils ne l'ont pas fait, conseillez-leur de consulter un notaire certifié NEAN. La liste est disponible auprès de la Chambre des notaires de votre département. Un testament mystique (sous enveloppe scellée) permet de transmettre les informations d'accès sans les révéler de son vivant. C'est la solution recommandée par la profession notariale.

Le risque méconnu des héritiers seniors

Ce sujet concerne particulièrement les seniors. Les détenteurs de cryptomonnaies sont majoritairement âgés de moins de 45 ans. Or, l'âge moyen des personnes consultant un notaire pour un testament est de 60 ans. Ce décalage crée une zone d'ombre : des enfants ou petits-enfants détiennent des actifs numériques sans avoir pensé à leur transmission. Et leurs parents, futurs héritiers potentiels, ignorent souvent jusqu'à l'existence de ces avoirs.

Un bitcoin vaut aujourd'hui entre 65 000 et 85 000 euros en fonction des dernières fluctuations du cours à l'heure où nous rédigeons cet article. Quelques unités suffisent à représenter un patrimoine conséquent. L'enjeu n'est donc plus marginal.

Ce qu'il faut retenir

  1. Sans la phrase de récupération (12 ou 24 mots), les cryptomonnaies d'un défunt sont perdues définitivement
  2. 90% des détenteurs n'ont pris aucune disposition pour transmettre leurs codes d'accès
  3. Sur plateforme (Coinbase, Binance), les héritiers peuvent récupérer les fonds sous 60 jours avec un acte de notoriété
  4. Des notaires certifiés "NEAN" sont formés pour accompagner la transmission de ce patrimoine numérique
  5. Engagez la conversation avec vos proches détenteurs avant qu'il ne soit trop tard

Sources
- Fibo, Guide succession crypto, janvier 2026
- Legapass, partenariat Conseil Supérieur du Notariat, septembre 2025
- Étude ADAN/Deloitte "Web3 et crypto en France", avril 2025
- Chainalysis, rapport bitcoins perdus, 2025

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